Ringo au pistolet d’or : la critique du film (1967)

Western | 1h27min
Note de la rédaction :
6/10
6
affiche du film Ringo au pistolet d'or

  • Réalisateur : Sergio Corbucci
  • Acteurs : Ettore Manni, Mark Damon, Franco De Rosa, Mauro Mannatrizio, Giovanni Cianfriglia
  • Date de sortie: 19 Juil 1967
  • Nationalité : italien
  • Titre original : Johnny Oro
  • Année de production : 1966
  • Scénaristes : Adriano Bolzoni, Franco Rossetti
  • Compositeur : Carlo Savina
  • Directeur de la photographie : Riccardo Pallottini
  • Distributeur : MGM
  • Box-office France : 586 199 entrées / 141 317 entrées
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Crédits visuels : © 1967 MGM/Joseph Fryd/Sanson Film . Tous droits réservés.
  • Format : 1.66:1 / Couleurs / Mono
Note des spectateurs :

Si Ringo au pistolet d’or est un film mineur dans l’œuvre de Sergio Corbucci, il constitue tout de même un intéressant prélude aux excès baroques de Django.

Synopsis : Johnny Ringo, un chasseur de primes, élimine les frères Perez, recherchés mort ou vifs. Il laisse toutefois le benjamin en vie, et sa vengeance sera terrible.

Critique : Comme le suggère son titre français, ce troisième western de Sergio Corbucci se situe dans la droite lignée d’Un pistolet pour Ringo de Duccio Tessari, avec Giuliano Gemma. En effet, Ringo au pistolet d’or tire ses influences de la série B américaine, développant toutefois un esprit semi-parodique, sans oublier d’inclure des éclats de violence annonçant l’évolution future du genre. Cet aspect hybride est particulièrement manifeste dans la confrontation des deux protagonistes du film. Johnny Ringo, avec sa désinvolture et son cynisme, incarne le western italien. Le shérif renvoie quant à lui aux stéréotypes du western américain. En effet, il s’agit d’un bon père de famille prêt à mourir au nom de la loi.

Ringo au pistolet d’or ne cache pas ses influences.

Ce classicisme se ressent notamment au niveau du scénario, qui renvoie à des monuments du western américain tels que Le train sifflera trois fois de Fred Zinnemann ou Rio Bravo de Howard Hawks. A noter que l’affiche de ce dernier a de plus fortement influencé celle du film qui nous intéresse ici. De fait, Ringo au pistolet d’or délaisse très vite la thématique du chasseur de primes pour se concentrer sur une poignée d’individus qui se voient contraints de défendre un village fui par ses habitants. Ce script in fine assez simple se révèle plutôt efficace car il maintient une certaine tension. Néanmoins, le film souffre de certaines longueurs, et le fait que Johnny Ringo passe un bon tiers du film en prison y est sûrement pour beaucoup. Fort heureusement, les dialogues efficaces et cyniques ainsi que des touches d’humour plutôt bien senties permettent de contrebalancer ce choix discutable.

Un casting efficace.

Ringo au pistolet d’or nous présente ainsi une galerie de portraits assez éclectique, à la faveur d’une interprétation de qualité. Mark Damon incarne le personnage titre et se révèle plutôt charismatique même si certains pourront le trouver agaçant. En effet, son sourire, sa petite moustache, ses accessoires en or et son maquillage lui donnent un air de bellâtre, voire de sous-Zorro, qui ne plaira pas à tout le monde. A noter que selon certaines sources, l’idée du costume noir renverrait davantage au Paladin de la série télévisée américaine Have Gun-Will Travel qu’à l’ennemi juré du sergent Garcia.

Le vétéran du péplum Ettore Manni incarne un shérif inflexible et plutôt crédible. Pippo Starnazza campe quant à lui un old timer tout droit issu du western américain, dont le potentiel comique se révèle toujours aussi efficace. Enfin, Franco De Rosa est un antagoniste efficace, accompagné d’un Giovanni Cianfriglia plutôt correct en chef Apache, en dépit de son physique occidental.

Ringo au pistolet d’or est une vitrine du savoir-faire de grands noms du western italien

Outre son scénario et ses acteurs, Ringo au pistolet d’or brille également de par son budget maîtrisé, notamment grâce au talent de Carlo Simi. Ce dernier excelle une fois de plus dans ses choix de costumes et de décors, qui ont le cachet des grands westerns spaghetti. La photographie de Riccardo Pallottini est maîtrisée, et les scènes de nuit sont bien éclairées. La réalisation de Corbucci est très efficace, notamment lors des scènes d’action. Une caméra mobile et un usage maitrisé du zoom viennent magnifier ces passages. La scène finale se révèle très impressionnante, grâce à des cadrages habiles et des explosions spectaculaires.

Malheureusement, elle manque quelque peu de vraisemblance, puisque les protagonistes ne sont que très peu atteints par les balles d’un ennemi en surnombre.  De plus, cette bonne réalisation n’est pas une constante du métrage. En effet, Corbucci s’est très vite désintéressé du film pour s’atteler à la réalisation de Django, et une tierce personne a dû achever ce Ringo au pistolet d’or.

Ringo au pistolet d’or trouve son identité dans sa violence et sa bande-son

Le film se veut assez violent par moments car il n’hésite pas à montrer le massacre d’innocents. On retiendra également un lancer de hache en plein visage, qui préfigure Navajo Joe. Le fait que Ruggero Deodato, futur auteur de Cannibal Holocaust, soit ici assistant réalisateur a sûrement eu un impact sur ces choix esthétiques qui distinguent ce film de ses modèles américains. Enfin, le tout est magnifié par une partition assez sympathique de Carlo Savina, qui met les trompettes en avant, renforçant l’identité propre du film. Le thème principal est plutôt accrocheur. Il est toutefois regrettable que le seul passage chanté du film soit aussi mal synchronisé.

En définitive, Ringo au pistolet d’or est un brouillon de Django souffrant de nombreux défauts, mais qui se laisse regarder avec un certain plaisir. Même s’il a été réalisé avant, le film sortira quelques mois après le chef-d’œuvre de Corbucci. A noter enfin, pour l’anecdote, que Mark Damon était le premier choix de Corbucci pour interpréter Django. Mais l’histoire en a décidé autrement…

Critique : Kevin Martinez

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