Qui a tué le chat ? : la critique du film (1978)

Comédie | 1h49min
Note de la rédaction :
7/10
7
Qui a tué le chat? Affiche de la reprise 2019

Note des lecteurs

Ce film méconnu démarre comme une comédie satirique et se poursuit en enquête souvent savoureuse. Peut-être pas une réussite majeure, mais une œuvre féroce qui égratigne la société dans son ensemble.

Synopsis : À la mort de leur père, Amedeo et sa soeur Ofelia, célibataires avides et frustres, héritent d’un immeuble délabré dans le coeur de Rome. Un promoteur propose de le racheter à prix d’or à condition qu’il soit vide de ses occupants. Ils se décident à employer tous les moyens pour expulser les locataires.

Pochade réjouissante et féroce

Critique : Juste avant de tourner Le grand Embouteillage, Comencini a commis cette pochade réjouissante, qui sonne comme un adieu à la comédie italienne déjà mal en point en 1978, et qu’il conduit vers des chemins déroutants. De la comédie Il Gatto emprunte l’acidité : la galerie de portraits est féroce, tous les locataires d’Amedeo et Ofelia, frère et sœur unis par la haine et la mesquinerie, cachent de lourds secrets ; le scénario n’y va pas avec le dos de la cuiller : chantage, trafic de drogue, prostitution, meurtre, tout se passe comme si l’Italie du vice s’abritait dans un seul et même immeuble. Et comme les propriétaires veulent se débarrasser des occupants pour vendre l’immeuble, leur affaire semble bien engagée.

Parodie grinçante du film policier

Le film fait de ce microcosme le reflet d’une société peu reluisante, absorbée par des appétits sordides. Il n’est pas jusqu’au prêtre qui ne soit « coupable » d’écrits dérangeants. Certes, il y a longtemps que les Italiens nous ont habitués à cette vision noire, leurs comédies servant souvent à débusquer chez l’homme ce qu’il y a de plus bas, et Comencini lui-même a prouvé, par exemple avec L’Argent de la Vieille, qu’il savait manier le ton grinçant. Mais ici, si on assiste à un jeu de massacre habituel, très vite l’intrigue s’oriente vers la parodie de film policier, dans laquelle le frère et la sœur, en enquêtant sur la mort de leur chat, mettent à jour un ensemble de méfaits.

Les références à Hitchcock ou à Agatha Christie n’empêchent pas une distance constante, celle de l’humour, qui transforme la chasse au meurtrier en une suite de déboires souvent ridicules. On ne frémit jamais, ce n’est pas le but, mais on s’amuse de voir le commissaire (Michel Galabru, plutôt sobre) accumuler les gaffes et les déconvenues. Quand Ofelia s’improvise détective, elle lui dame le pion avec aplomb : il faut dire qu’elle dévore des romans policiers. À chaque séquence ou presque, Comencini glisse une pique, un trait drolatique, mais sans appuyer : c’est le tribunal tout entier qui se balance au gré d’un enregistrement musical, c’est un groupe qui remue son café en cadence, etc. Car si le film se prête à la caricature, le cinéaste s’emploie à le truffer de petites notations discrètes et délicates.

Critique reprise qui a tué le chat

Crédits Tamasa

Des (anti-) héros mesquins, obsédés et chargés de tares cocasses

La caricature, la vraie, il la réserve essentiellement à ses deux anti-héros, qu’il charge de tares diverses : mesquins, obsédés (lui par la ravissante locataire, elle par le prêtre), haineux, curieux au point de fureter dans les appartements quand ils sont vides, ils sont, bien qu’ils révèlent les turpitudes des autres, les vrais affreux. Comencini leur réserve donc les séquences les plus féroces et les plus drôles : leur amour-détestation s’exprime aussi bien au restaurant, quand ils se disputent les hamburgers et les sauces, que par de menus détails saugrenus (il lui arrache les dernières pages des romans policiers et les mange). Mais ce sont aussi des répliques amusantes (le « c’est dommage » à chaque fois qu’ils échappent à la mort) qui font le sel de cette comédie fondée en grande partie sur un duo d’acteurs imparables : il faut voir Tognazi coiffé de bigoudis ou le numéro de charme de Mariangela Melato dans la chambre du prêtre pour comprendre à quel point l’art de la caricature est subtil et ne supporte pas l’à-peu-près.

Joyeux règlement de comptes sans complexe, hilare et amusé

Certes, on trouvera quelques longueurs dans la traque des meurtriers potentiels, et les gags ne sont pas toujours de la meilleure eau. Le film fait même une part un peu trop belle à des histoires confuses de mafia. Mais pour l’essentiel, il demeure un témoignage pertinent d’un genre perdu, mordant, incisif, méchant, et dans lequel Comencini nage comme un poisson dans l’eau. On savourera donc ce joyeux règlement de comptes sans complexe, hilare parfois, amusé le plus souvent.

Reprise en mai 2019, chez Tamasa

Critique de François Bonini

Qui a tué le chat? Affiche de la reprise 2019

Trailers & Vidéos

trailers
x
Qui a tué le chat? Affiche de la reprise 2019

Qui a tué le chat?

Comédie

x