Chef d’oeuvre instantané du film de guerre, Platoon livre une vision à la fois très documentée et très réaliste d’un conflit où les soldats n’ont plus le beau rôle. La fin de l’innocence, en somme.
Synopsis : Septembre 1967: Chris Taylor, dix-neuf ans, rejoint la compagnie Bravo du 25ème régiment d’infanterie, près de la frontière cambodgienne. Chris, jeune homme plein d’idéal issu d’une famille bourgeoise, s’est engagé volontairement et entend bien servir son pays. Mais la réalité est tout autre et ses illusions vont tomber les unes après les autres. Il sera également témoin de la rivalité sanglante qui oppose deux officiers qu’il admire.
Oliver Stone, du scénariste au cinéaste reconnu
Critique : Scénariste reconnu pour avoir écrit des films aussi marquants que Midnight Express, Conan le Barbare ou encore Scarface, Oliver Stone est considéré au milieu des années 80 comme un cinéaste de seconde zone n’ayant oeuvré que dans le genre horrifique. Les choses changent grâce au percutant Salvador en 1986 qui lui offre un solide succès critique et surtout grâce à Platoon en 1986 qui est également son premier vrai triomphe commercial.
Le script de Platoon, Oliver Stone le portait depuis 1976 ; il relatait son expérience traumatisante au Vietnam durant les années 60, mais, pendant dix ans, aucun studio n’y était favorable. C’est la puissante MGM et le producteur Arnold Kopelson, sans doute motivés par les succès remportés par des séries B d’action situées au Vietnam (Rambo 2 et autres films revanchards), qui donnent le feu vert à ce projet de sang et de fureur. Le studio octroie un budget d’environ 6 millions de dollars pour tourner cette plongée dans l’enfer vert d’une guerre perdue d’avance.

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Des jeunes acteurs voués à de grandes carrières
Réunissant un casting impeccable d’où émergent les figures de Charlie Sheen (hommage à la présence de son père Martin dans Apocalypse now), de Willem Dafoe et de Tom Berenger. Toutefois, le casting inclut également un certain nombre de visages alors peu connus et destinés à un grand avenir : on croise au détour des plans des interprètes aussi talentueux que Forest Whitaker, Johnny Depp, Tony Todd (futur Candyman) et bien d’autres.
La force de Platoon est de nous plonger durant deux heures au milieu de la jungle parmi des soldats tous aussi paumés que le spectateur. Selon un schéma classique, le réalisateur nous fait pénétrer dans cet univers masculin par le biais d’un nouvel arrivant idéaliste incarné avec talent par Charlie Sheen. Nous suivons ensuite son apprentissage du terrain et son glissement progressif vers une inhumanité nécessaire à la survie en territoire hostile.
Oliver Stone fait face à la mauvaise conscience américaine
Conscient du manque d’intérêt d’un personnage principal trop naïf, Oliver Stone le place au centre d’un conflit entre deux militaires chevronnés : l’un est devenu une implacable machine à tuer (Tom Berenger), tandis que l’autre incarne une sorte de rectitude militaire, à la fois soucieux de ses hommes et des droits de chacun (Willem Dafoe, véritable figure christique). Outre l’affrontement entre ces deux faces de l’humanité, cet antagonisme permet au réalisateur de montrer que le principal ennemi d’un être humain n’est autre que lui-même.

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Tout en manifestant un respect envers des hommes qui ont donné leur vie pour leur pays, Oliver Stone ose, à peine treize ans après la fin du conflit, montrer les débordements d’une armée américaine à l’attitude inadmissible vis à vis des populations locales. Il revient sur les viols, les tueries et autres vendetta qui tiennent lieu de batailles sans faire la moindre concession.
Platoon, un triomphe public et critique
Dans cette atmosphère tendue de fin du monde, la guerre apparaît dans toute son horreur, avant de retrouver dans un ultime plan les pleurs libérateurs du jeune soldat qui s’envole vers une vie à jamais marquée du sceau de l’indescriptible. Expérience traumatisante, Platoon a séduit les critiques et le public de l’époque au point de glaner quatre Oscars dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. En France, le long-métrage a attiré presque 3 millions de spectateurs et s’est hissé à la cinquième place du box-office national de l’année 1987. Un succès amplement mérité pour ce classique instantané.
Le Vietnam au cinéma

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Test blu-ray de Platoon (2007)
Une édition en haute définition qui tient la route, malgré quelques déceptions au niveau des suppléments.
Compléments : 3 / 5
Notons en premier lieu la présence du DVD du film offert comme bonus dans le boitier du Blu-ray. Toutefois, le gros bémol de cette section bonus tient en l’absence de sous-titres français sur de nombreux suppléments. Ainsi, les deux commentaires audio (celui du réalisateur Oliver Stone et du conseiller militaire Dale Dye) ne bénéficient d’aucun sous-titre, que ce soit sur le DVD ou sur le blu-ray. Le making of principal d’une durée de 50 minutes, absolument passionnant, n’est pas sous-titré sur le blu-ray, mais retrouve cette caractéristique sur la galette DVD, obligeant l’acquéreur à une valse constante entre les deux supports.
Sur le blu-ray, seuls deux suppléments bénéficient de sous-titres : deux documentaires interrogent à la fois Oliver Stone et des vétérans du Vietnam sur leur expérience de guerre. Ces derniers appuient ainsi les dires du réalisateur et montrent à quel point la vision de Stone est réaliste. Ils insistent aussi sur le racisme présent dans l’armée américaine et sur les exactions commises par certains camarades. Ces deux documents constituent un témoignage d’une demi-heure absolument indispensable. Malheureusement, tous les autres bonus (des mini-reportages, des bandes-annonces, des spots TV et les scènes coupées et commentées) ne sont pas disponibles dans la langue de Molière. De quoi être un peu irrité.
Image : 3 /5
Si la copie proposée ne représente pas le top de la haute définition, le résultat final se situe à plusieurs encablures au-dessus de l’ancienne édition DVD collector. Malgré la présence d’un certain grain cinéma (présent lors des nombreuses séquences nocturnes), l’image bénéficie d’une belle définition qui explose lors des quelques scènes en plan large (le parcours christique de Willem Dafoe s’en trouve sublimé). L’ensemble, sans être exceptionnel, constitue le meilleur moyen de visionner le film à l’heure actuelle.
Son : 4 / 5
Alors que la piste française est transcrite en simple DTS 5.1, la version originale (qui a notre préférence) a obtenu un label DTS HD Master-Audio. Etrangement, cette spatialisation ne sert pas tant l’immersion dans les batailles (les coups de feu et les bruits d’obus manquent de netteté) que dans l’univers confiné de la jungle. Outre la musique, les enceintes arrière accueillent essentiellement des bruits de feuilles battues par le vent, d’animaux et de craquements de brindilles. Le rendu est plus brouillon lors des embuscades.
Critique et test blu-ray de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 25 mars 1987

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Biographies +
Oliver Stone, Willem Dafoe, Johnny Depp, Tom Berenger, Forest Whitaker, Tony Todd, Charlie Sheen, Kevin Dillon