Drame de la maladie d’une justesse remarquable, Nino de Pauline Loquès est une réussite en tout point, magnifié par le jeu de Théodore Pellerin, une sacrée révélation.
Synopsis : Dans trois jours, Nino devra affronter une grande épreuve. D’ici là, les médecins lui ont confié deux missions. Deux impératifs qui vont mener le jeune homme à travers Paris, le pousser à refaire corps avec les autres et avec lui-même.
Nino, un premier film très personnel
Critique : Ancienne rédactrice culturelle pour la radio et la télévision, Pauline Loquès a ensuite choisi de suivre une formation de scénariste, puis a écrit et réalisé le court métrage La Vie de jeune fille (2018) qui a été acheté par Arte. A cette occasion, la cinéaste a fait la rencontre de la productrice Sandra da Fonseca qui l’a encouragée à passer au format long, s’engageant à le produire si le script lui paraissait intéressant. A cette même époque, Pauline Loquès venait tout juste de perdre un proche décédé à 37 ans d’un cancer agressif, un certain Romain auquel le film est d’ailleurs dédié.

© 2025 Blue Monday Productions. Distributeur : Jour2Fête. Tous droits réservés.
A partir de ce drame affreux qui la frappe de plein fouet, Pauline Loquès s’est lancée dans l’écriture de Nino (2025) qui confronte un jeune homme de vingt-neuf ans à un cancer de la gorge. Toutefois, la réalisatrice ne voulait pas tourner un drame sur la mort et le deuil, mais au contraire sur la résilience. Elle a donc fait ici le pari de la vie qui s’illustre également par le fait que le jeune homme doit impérativement conserver ses spermatozoïdes pour espérer avoir un jour une descendance, car son futur traitement le rendra définitivement stérile.
Trois jours pour faire le point sur sa vie
De manière très originale, le scénario se concentre donc sur les trois jours qui précèdent le début du traitement et sur la notion d’horloge biologique qui, généralement affecte davantage les femmes. Dès lors, Nino est construit comme un film d’errance où le jeune homme, d’abord sidéré par la nouvelle, semble incapable de la partager avec ses proches. Il doit également régler ses problèmes psychologiques liés à la disparition de son père lorsqu’il était enfant.
Outre la nécessité de remplir le petit récipient donné par l’hôpital avec sa semence – un défi quand l’esprit n’est pas à la bagatelle – il doit aussi impérativement trouver une personne de confiance pour l’accompagner lors de sa première séance de chimiothérapie. Cela amène le jeune homme à faire le tour de ses relations, entre ancienne petite copine et amis de toujours, sans savoir si ceux-ci seront à la hauteur. L’occasion de faire le point sur une vie pourtant très courte.
Beaucoup de tendresse dans cette ode à la vie
Si le début du film embrasse le drame de l’annonce de la maladie et de la sidération qui s’ensuit avec force, Nino ne cherche jamais à plomber le spectateur par une ambiance lourde et mortifère. Bien au contraire, il se dégage une immense tendresse entre tous les personnages qui bénéficient du regard empathique d’une cinéaste naissante. On adore notamment les scènes entre le jeune homme et sa mère (formidable Jeanne Balibar), mais aussi des apartés plus comiques lors de la scène des bains publics où Mathieu Amalric interprète un personnage foncièrement décalé.
La réalisatrice parvient aussi à signer des moments de pure intensité lorsque Nino rencontre une ancienne camarade de classe qui va lui offrir la possibilité d’accomplir l’une de ses tâches à l’aide d’un babyphone. On ne dira rien de plus, mais la séquence bénéficie d’une certaine poésie dans son approche des relations potentiellement amoureuses. Enfin, le final à l’hôpital est encore une bien belle réussite, mêlant à la fois une puissante émotion et une sensation de plénitude qui indique au spectateur que le héros se battra jusqu’au bout car il a fait le choix de la vie.
La révélation Théodore Pellerin
Bien entendu, Nino ne serait pas aussi intense sans la flamme qui émane du comédien québécois Théodore Pellerin. Le spectateur ressent absolument tous les sentiments de son personnage pourtant du genre taiseux. Il lui suffit d’un simple regard ou d’un petit geste pour nous impliquer pleinement dans son parcours psychologique, d’une grande profondeur. De chaque plan, le comédien arrive à faire ressentir sa solitude, y compris au milieu d’un groupe de potes.
Pour entourer ce jeune comédien d’exception, Pauline Loquès a déniché des actrices et acteurs qui dégagent tous une forme de tendresse touchante. On apprécie notamment la fausse nonchalance de William Lebghil, ainsi que le regard plein de bienveillance de Salomé Dewaels. Jamais dans le jugement, mais toujours à hauteur de personnages, le scénario est un modèle d’équilibre et de finesse psychologique, ce qui est relayé par une réalisation d’une belle fluidité.
Un petit film miraculeux
Pour accompagner cette dérive des sentiments, Pauline Loquès s’est appuyée sur la douce photographie de Lucie Baudinaud, ainsi que sur les espaces sonores éthérés de l’artiste québécoise Flore Laurentienne. Enfin, la cinéaste filme Paris de manière simple, mais en parvenant à en faire un personnage à part entière, et non un décor sans signification particulière. Nino appartient donc à ces premières œuvres miraculeuses où tous les astres semblent s’être alignés pour faire du long métrage une impressionnante réussite.

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Ce premier opus impeccable et très encourageant a bénéficié d’une première exposition lors du Festival de Cannes 2025 lors de la Semaine de la Critique où il a gagné le prix du meilleur espoir pour Théodore Pellerin. Par la suite, le métrage a été distribué par Jour2fête à partir du mercredi 17 septembre 2025, soit la même semaine que bien d’autres films d’auteur qui pouvaient attirer le même public. Parmi eux, on citera notamment Les Tourmentés (Lucas Belvaux), Oui (Navid Lapid) et L’Intérêt d’Adam (Laura Wandel), également situé dans le milieu hospitalier.
Box-office de Nino
Avec 184 salles d’art et essai pour sa semaine inaugurale, Nino est parvenu à entrer 8ème du box-office hebdomadaire avec 47 041 entrées (dont environ 3 000 en avant-première). Ce départ encourageant, largement soutenu par la critique et un excellent bouche à oreille, offre au drame des écrans supplémentaires en deuxième semaine (219) et une chute modérée de 34 % des entrées (soit 30 835, total de 77 876).
En troisième tournée, le distributeur ajoute encore des salles à un parc qui s’élève désormais à 345 écrans. La chute est donc à nouveau de 30 % pour un résultat de 21 364 malades et un total qui tutoie les 100 000 admissions. Nino a continué son bout de chemin jusqu’à la fin du mois de novembre où il a pu compter sur 138 211 amis pour le soutenir dans sa quête. Un beau succès pour une première œuvre sans aucune star à l’affiche.
Le long métrage a poursuivi sa belle histoire en obtenant le prix du meilleur premier film aux Lumières 2026, puis en décrochant ce même prix aux César 2026, ainsi qu’un César du meilleur espoir masculin fort mérité pour Théodore Pellerin. Ce parcours salue de manière remarquable la force et la beauté de ce premier long admirable.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 17 septembre 2025
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Artwork Silenzio – Copyrights : Blue Monday Productions. Distributeur : Jour2Fête. Tous droits réservés.
Biographies +
Pauline Loquès, Théodore Pellerin, Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, William Lebghil, Estelle Meyer, Camille Rutherford, Nahéma Ricci, Salomé Dewaels, Alexandre Desrousseaux
Mots clés
Cinéma français, Premier film, La maladie au cinéma, L’hôpital au cinéma, Festival de Cannes 2025, César 2026