Night Run : la critique du film (2015)

Polar, Thriller | 1h54min
Note de la rédaction :
6/10
6
Affiche de Night Run, avec Liam Neeson

  • Réalisateur : Jaume Collet-Serra
  • Acteurs : Liam Neeson, Common, Ed Harris, Vincent D’Onofrio, Joel Kinnaman, Beau Knapp
  • Date de sortie: 11 Mar 2015
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Run All Night
  • Titres alternatifs : The All Nighter (titre de travail), Une nuit pour survivre (Québec), Una noche para sobrevivir (Espagne), Noite Sem Fim (Brésil), Run All Night - Una notte per sopravvivere (Italie)
  • Année de production : 2015
  • Scénariste(s) : Brad Ingelsby
  • Directeur de la photographie : Martin Ruhe
  • Compositeur : Junkie XL (sous le nom de Tom Holkenborg)
  • Société(s) de production : Warner Bros. , RatPac-Dune Entertainment, Vertigo Entertainment, Energy Entertainment
  • Distributeur (1ère sortie) : Warner Bros
  • Éditeur(s) vidéo : Warner Bros Entertainment
  • Date de sortie vidéo : 29 juillet 2015 (DVD, Blu-ray, Digital)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 485 416 entrées / 153 584 entrées Paris-Périphérie
  • Box-office nord-américain / monde 26 461 644$ / 71 561 644$
  • Budget : 50 000 000$
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics, avec avertissement : "Certaines scènes de ce film sont de nature à heurter un jeune public".
  • Formats : 2.40 : 1 / Couleurs (35mm - Digital) / Son : Dolby Digital / Datasat
  • Crédits : Warner Bros
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Entre la mélancolie sombre de Balade entre les tombes et le jeu de massacre de John WickNight Run s’inscrit aisément parmi les spectacles de série B réjouissants.

Synopsis : Brooklyn, Jimmy Conlon, mafieux et tueur à gages qu’on surnommait autrefois le Fossoyeur, n’est pas au mieux de sa forme. Ami de longue date du caïd Shawn Maguire, Jimmy, qui a aujourd’hui 55 ans, est hanté par ses crimes – et traqué par un inspecteur de police qui, depuis 30 ans, n’a jamais renoncé à l’appréhender. Et ces derniers temps, il semble que le whisky soit le seul réconfort de Jimmy.
Mais lorsqu’il apprend que sa prochaine mission consiste à éliminer Mike, son fils qu’il n’a pas revu depuis des années, Jimmy doit choisir entre la « famille » mafieuse qu’il s’est construite et la vraie famille qu’il a abandonnée il y a bien longtemps. Tandis que Mike est en cavale, Jimmy comprend que pour racheter ses fautes passées, il lui faut sans doute protéger son fils du sort funeste qui l’attend lui-même désormais… Alors qu’il n’est plus en sécurité nulle part, Jimmy ne dispose que d’une seule nuit pour résoudre son conflit de loyautés et s’amender enfin.

Un pot pas si pourri du cinéma d’action de Liam Neeson

Critique : Ecrit par le scénariste de Les Brasiers de la colère, Brad Ingelsby, Night Run est donc une énième série B nerveuse et oppressante avec Liam Neeson.

Hanté par ses démons d’ancien tueur aux mains maculées d’un sang indélébile, son personnage ouvre le film alcoolisé. La scène est drôle. En père- Noël trash, Liam Neeson vient répéter ses tendances à incarner des personnages déprimés, dans le drame (PuzzleLe territoire des loups) ou l’action flick (Balade entre les tombesNon-stop).

Véritable medley pour l’acteur, Night Run fait écho à toute sa filmographie. Il démarre en film noir new-yorkais, à l’instar de Balade entre les tombes, avec Liam dans l’autodestruction ; on y retrouve une petite tendance à la multiplication des personnages comme dans Puzzle. C’est par ailleurs mis en boîte par Jaume Collet-Serra, qui avait dirigé la star dans Non-Stop et Sans identité, avec plein de scènes d’action à la Taken. Du pur Liam Neeson, donc.

Dans Night Run (qui n’est pas le titre original, ndlr), la star se retrouve dans un tête-à-ètête assez costaud face à Ed Harris, le seul pote qui soit resté à ses côtés pendant ses années de dérive. Harris, qui aime bien les rôles ambigus, est à la tête d’un consortium mafieux ; il est obligé de buter le fils de son pote pour sauver la peau de son propre rejeton. Pour Neeson et ses fans, ce challenge est l’opportunité gagnante pour que la machine à tuer à la retraite, reprenne les armes, et regagne l’estime de son engeance, consciente de son passif meurtrier, qui refuse de lui parler depuis des années…

Avec tous les flics de la ville à leurs trousses, et toute la puissance de frappe du chef de malfrats qu’incarne le toujours très digne dans la froideur, Ed Harris, la traque de cette famille recomposée se poursuit non-stop. Le père et son fils, joué par Joel Kinnaman (Easy Money), ont la nuit pour ne pas succomber dans cette poudrière qu’est devenue la cité et régler leurs propres comptes familiaux, alors que le poids de la rédemption et des valeurs morales qui ont jadis fait défaut au tueur à gages et ont anéanti sa famille, reprennent le dessus, dans la nécessité viscérale d’épargner sa chair et son sang.

Night Run, un opus de complicité entre Collet-Serra et sa star

Armé comme une série B new-yorkaise sait l’être, avec une mise en scène des quartiers iconiques qui ont de la gueule, forts de moments de suspense et de scènes d’action intenses, Night Run est un pur divertissement noir qui ne viendra pas faire de l’ombre au sommet de noirceur qu’était Quand vient la nuit de Michaël R. Roskam, avec Tom Hardy, sorti peu avant. Si les enjeux sont proches, dans cette dualité entre le bien et le mal qui titille les mâles de ces zones viriles, la réalisation de Collet-Serra s’assimile volontiers à l’effet pop récréatif, avec un montage qui aime abuser d’effets un peu clinquants, mais pas forcément désagréables dans ce contexte précis.

A l’instar des deux autres collaborations entre le cinéaste et sa muse masculine, Night Run saisit chaque opportunité pour bomber le torse et opère sur le mode de l’efficacité et du rythme, avec une pointe de noirceur bienvenue. Le milieu crapuleux, lui, évoque souvent le jouissif John Wick dans son entièreté de cinéma.

Bref, Night Run est vraisemblablement une assez bonne surprise dans la carrière de Neeson et l’on soulignera que Warner communiqua peu à sa sortie faute d’une grande confiance dans le produit. D’ailleurs, pour Neeson, qui sortait du triomphe commercial de Taken 3, distribué deux mois plus tôt, le film sera vécu comme un échec, avec des recettes américaines peinant à atteindre la moitié du budget de production. En France, avec 485 000 entrées en seulement cinq semaines à l’affiche, malgré une combinaison costaude de 406 cinémas, le film n’a pas fait de miracle ; toutefois l’Hexagone s’est retrouvé parmi les meilleurs marchés au monde les plus accueillants. L’effet Taken très vraisemblablement.

Liam Neeson dernier héros incarné ?

En 2018, avec The Passenger, Liam Neeson et Jaume Collet-Serra se retrouveront une quatrième fois pour clore une décennie de complicité in fine largement supérieure qualitativement, aux trois opus produits par EuropaCorp. Pourtant, ce seront bien ces derniers qui auront fait de Liam Neeson une vedette bankable auprès de spectateurs plus jeunes qui ne connaissaient rien des biopics et films académiques à statuettes auquel l’acteur irlandais était habitué dans les années 90 ou 2000.

Night Run se redécouvre avec plaisir et nostalgie face à ce qui est déjà une époque révolue. Et pourtant Neeson est toujours balaise dans sa filmographie. Durant la crise du coronavirus, il parviendra à se hisser avec deux films en première position du box-office américain, éjectant même Wonder Woman 1984 de la première place. Nostalgie visiblement partagée par certains Américains en manque de (super-)héros un peu plus incarnés.

Critique de Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 11 mars 2015

Affiche de Night Run, avec Liam Neeson

© Warner Bros

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