L’orchestre rouge : la critique du film (1989)

Historique, Biopic, Drame | 2h03min
Note de la rédaction :
4,5/10
4,5
L'orchestre rouge, l'affiche

Description minutieuse d’un fait historique aujourd’hui contesté, L’orchestre rouge est avant tout un film ennuyeux, plombé par un casting international peu crédible et une réalisation amorphe.

Synopsis : L’Orchestre rouge qui se produit au cœur de l’Allemagne nazie est en fait un réseau d’espionnage. Il a été constitué, à la demande de Berzine, chef des services secrets soviétiques, par le Juif d’origine polonaise Léopold Trepper.

Un biopic sur Léopold Trepper, espion soviétique dont les actes sont désormais contestés par les historiens

Critique : En 1989, le réalisateur Jacques Rouffio décide de rendre hommage aux combattants de l’ombre qui ont permis de renverser le IIIème Reich durant la Seconde Guerre mondiale. Il adapte donc le livre L’orchestre rouge de Gilles Perrault qui décrit par le menu les activités de ce groupe d’espions soviétiques qui agissent en Belgique et en Allemagne afin de livrer des secrets militaires importants aux Alliés et donc à l’URSS. Ce réseau est d’ailleurs monté de toute pièce par les Soviétiques afin de déstabiliser le Reich de l’intérieur.

Toutefois, Gilles Perrault s’est appuyé sur les mémoires de Léopold Trepper pour construire son roman. Cette version des faits a été depuis largement contestée par l’historien Guillaume Bourgeois qui, en 2015, a publié un ouvrage où il accuse Trepper d’avoir été un menteur compulsif, et pire, d’avoir livré aux nazis son propre réseau. De quoi sérieusement mettre à mal la crédibilité du film de Rouffio, d’autant que le passage où Trepper fait semblant de collaborer avec les Allemands n’est pas du tout crédible à l’écran. On se dit notamment à plusieurs reprises que les nazis sont décidément bien crétins pour ne pas comprendre son double jeu.

Une réalisation académique, trop proche du téléfilm de luxe

Si Jacques Rouffio s’applique à décrire chaque étape de la vie de ce réseau d’espionnage, il ne parvient pas vraiment à lui donner vie, à cause notamment d’une réalisation désincarnée, très proche du téléfilm de luxe. Certes, il dispose d’acteurs chevronnés (Claude Brasseur occupe l’écran de sa présence magnétique), mais il oublie de leur donner un semblant de psychologie. Uniquement préoccupé par leurs actes quotidiens, Rouffio se perd dans des détails insignifiants et oublie de traiter l’essentiel : le drame humain.

Il a beau multiplier les plans sur les tortures effectuées par la Gestapo sur les membres du réseau qui ont été arrêtés, le spectateur n’arrive pas à s’impliquer émotionnellement dans ce qui se déroule à l’écran. Même les stratagèmes de Trepper pour blouser les Allemands paraissent peu crédibles.

Des Européens qui parlent tous le français

Enfin, le film perd beaucoup de sa véracité par l’emploi systématique de la langue française. On a ainsi beaucoup de mal à accepter qu’un général soviétique soit incarné par Roger Hanin, même si celui-ci tente de gommer au maximum son accent pied-noir. De même, tous les Allemands s’expriment en français, et ceci jusque dans le QG d’Hitler. A chaque fois, on les affuble d’un pseudo accent allemand qui achève de rendre l’ensemble passablement ridicule. Ce n’est certes pas le seul film à avoir recours à ces facilités, mais cela choque d’autant plus ici qu’il s’agit d’une œuvre où les nationalités ne cessent de se croiser.

Un échec public en pleine crise du cinéma

Au lieu d’être un film historique de premier plan – au discours désormais contestable – L’orchestre rouge apparaît comme un téléfilm de luxe qui provoque un ennui poli, mais incontestable. Pas étonnant que le long-métrage se soit écrasé au box-office avec seulement 263 771 spectateurs sur toute la France. Ce fut d’ailleurs le dernier film réalisé par Jacques Rouffio pour le cinéma, avant de tourner quelques téléfilms et de prendre une retraite bien méritée. Pour Claude Brasseur aussi, L’orchestre rouge sonne la fin d’une époque où il pouvait porter un film sur ses seules épaules pour attirer le public en salles.

Finalement, le long-métrage apparaît comme déjà anachronique lors de sa sortie en 1989. Il représente un certain cinéma français qui est alors en train de mourir, faute de spectateurs dans les salles.

Box-office :

Sorti le 8 novembre, le même jour que Les Indians (16 salles sur P.P.), La loi criminelle (11), Noce blanche (17) et Une saison blanche et sèche (19), L’orchestre rouge était la plus exposée des nouveautés du mercredi avec 22 écrans. Elle réalise logiquement le 2e meilleur démarrage du jour sur paname, avec 4 619 entrées, derrière Noce Blanche (7 638), marqué par le phénomène Vanessa Paradis.

En première semaine parisienne, Claude Brasseur ouvre en 4e place, derrière Indiana Jones et la dernière croisade, Noce Blanche et Hiver 54. Ses 42 448 entrées restent acceptables dans un contexte tendu pour le cinéma français. C’est au Pathé Marignan que la production hexagonale se démarque, suivi du Pathé Français, du Pathé Montparnasse, du Mistral et de l’UGC Odéon. On pouvait également découvrir cette page d’histoire au Pathé Clichy, aux Forum Horizons, à la Nouvelle Maxéville, le Fauvette, le Mistral, l’UGC Convention, l’UGC Lyon Bastille et le Gambetta.

En deuxième semaine, Jacques Rouffio pâtit du bouche à oreille négatif autour du film qui glisse en 8e place, avec 27 826 spectateurs. La dégringolade se poursuit en 3e semaine (12e, 17 000 entrées) et le fléchissement le fait passer sous les 10 000 en 4e semaine (9 090, total de 96 406).

Pour sa 5e semaine, 5 sites le diffusent encore, si l’on prend en compte la banlieue pour un total très médiocre de 3 596 / 100 002.

La fiche du film sur le site Unifrance

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 8 novembre 1989

L'orchestre rouge, l'affiche

© 1989 Mod Films / Illustrateur : Philippe. Tous droits réservés.

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