Grâce à un sens de l’épure remarquable, L’évadé d’Alcatraz peut être considéré comme un modèle de série B et sans doute l’un des meilleurs films de prison de tous les temps.
Synopsis : Frank Morris s’est évadé de plusieurs prisons. En 1960, il est écroué et transféré au célèbre pénitencier d’Alcatraz construit sur un piton rocheux face à la côte. Il réussira, une nouvelle fois avec deux complices, à s’évader de la prison la plus surveillée des Etats-Unis.
Clint Eastwood sur CinéDweller
Critique : Dopée par le triomphe obtenu par L’inspecteur Harry (1971), la carrière du réalisateur de série B Don Siegel connaît une seconde naissance au cours des années 70. On lui propose enfin des scripts à sa mesure, dont celui de Richard Tuggle basé sur le livre de J. Campbell Bruce qui raconte l’incroyable évasion de Frank Morris de la prison d’Alcatraz en 1960. Dès que le metteur en scène se retrouve attaché au projet, il en informe son vieux complice Clint Eastwood qui accepte immédiatement le rôle principal. Le film est tourné dans la foulée avec une grande rapidité d’exécution dans l’enceinte même de la prison d’Alcatraz, pourtant fermée depuis 1963. Il a d’ailleurs fallu dépenser une petite fortune pour restaurer l’ensemble des bâtiments qui tombaient alors en ruine. Mais ces dépenses ne furent pas inutiles puisque L’évadé d’Alcatraz tire parfaitement partie de son impressionnant décor naturel et donne une vision assez juste des déplorables conditions d’emprisonnement des détenus.

Illustrateur : © Birney Lettick. © 1979 Paramount Pictures Corp. Tous droits réservés / All rights reserved
Ce qui frappe dès les premières minutes du film, c’est cette formidable capacité du réalisateur à ne filmer que l’essentiel sans jamais s’attarder sur des fioritures. Cadré avec un soin maniaque, chaque plan va droit au but. Cette capacité à atteindre une certaine forme d’épure se retrouve également dans les dialogues – souvent laconiques – qui sont relayés avec talent par un jeu constant sur les regards. Il suffit de quelques minutes au cinéaste pour poser ses personnages, faire comprendre leurs motivations et leurs antagonismes. Si Don Siegel ne nous épargne aucun des passages obligés du film de prison (le directeur forcément sadique interprété avec talent par Patrick McGoohan, les luttes de pouvoir entre prisonniers, les têtes de turc qui pètent un plomb et le mitard inhumain), il parvient à sublimer chaque élément par la précision de sa mise en scène. L’air de rien, le film dénonce les conditions de détention scandaleuses de ces hommes qui ne sont pas tous de dangereux criminels et que Donald Trump rêvera de recréer des décennies plus tard, avec son “Alcatraz des alligators“. En cela, la première moitié du film se révèle exemplaire.
Box-office de L’évadé d’Alcatraz
Une fois que l’évasion se prépare, L’évadé d’Alcatraz perd de cette dimension humaine qui le rendait jusqu’alors poignant pour se concentrer davantage sur l’action proprement dite. Sans doute plus classique, cette seconde partie fait preuve d’une indéniable maîtrise du suspense par un réalisateur rompu à l’exercice. Le spectateur est alors en totale empathie avec les trois évadés dont on ne saura jamais s’ils ont survécu à la traversée ou s’ils se sont noyés comme le pensent les autorités et les experts.
Brillante série B devenue depuis la matrice de bon nombre de films de prison, L’évadé d’Alcatraz a permis au duo Siegel / Eastwood de connaître leur dernier succès commun. Effectivement, le film a glané plus de 43 millions de dollars de recettes rien qu’aux Etats-Unis et a connu un bel accueil en France avec 929 197 entrées, soit le plus gros succès personnel de Clint Eastwood depuis Sierra torride en 1970, déjà réalisé par Don Siegel.
A Paris, notre Evadé sort pendant les vacances de la Toussaint. Il doit affronter Moonraker, indétrônable en 4e semaine, Le Toubib avec Delon, encore solide second, La Dérobabe avec Miou-Miou, puissante en 3e semaine, le chef d’œuvre de Polanski, Tess, avec Nastassia Kinski qui débute, Les Charlots en délire alors en semaine 2, Courage Fuyons en 3e semaine… Les temps sont très chargés.
A Paris, Clint Eastwood se contente de la 5e place en première semaine, avec 88 166 spectateurs dans seulement 21 salles. Il s’offre à lui une excellente moyenne au sein du circuit Paramount qui est à la production et à la distribution via Cinéma International Corporation. Il cartonne en particulier au Paramount Opéra, avec 13 217 spectateurs en huit jours, et au Mercury qui accueille 11 392 amateurs de thrillers insulaires.
Face à lui en première semaine, le prestigieux Tess entre en 4e place (91 000 entrées). La nuit des excitées (un porno diffusé dans 7 salles) réalise tout de même 15 919 entrées. Laura Gemser dans Emmanuelle et les filles de Madame Claude (titre éblouissant de putasserie) éclabousse 7 205 spectateurs dans cinémas. Dragon tatoué contre boxer thaï éclate 8 440 amateurs de kung-fu dans 2 salles. C’est presque autant que L’arme secrète de Shaolin qui, sur un seul site, électrocute 7 692 spectateurs. Le film d’horreur Le manoir des fantasmes cale à 5 382 tickets dans 5 cinémas. Triste sort pour le cinéma de l’Est : Camouflage de Krzysztof Zanussi étonne 2 117 spectateurs dans 3 cinémas. La Caméra d’Or du Festival de Cannes, Northern Lights, éclairait à peine 1 906 spectateurs dans 3 cinémas. Enfin, dernier en terme de nouveautés, Go Johnny Go faisait danser 1 568 nostalgiques des années 50 dans 2 salles.
En 2e semaine, Clint Eastwood divertit 53 101 spectateurs, puis 32 107 spectateurs en 3e semaine. Il frôle les 200 000 entrées en 4e semaine, avec 24 864 entrées.
Solide sur la durée, L’évadé d’Alcatraz est encore diffusé dans 10 cinémas à Paris-Périphérie en 5e semaine, avec 15 745 entrées. A la fin de l’année 1979, dans deux salles, 2 630 retardataires se confrontent à son magnifique suspense. Il finira sa cavale en 1980 où il trouvera 8 000 spectateurs supplémentaires.
Les sorties de la semaine du 31 octobre 1979

Illustrateur : © Birney Lettick. © 1979 Paramount Pictures Corp. Tous droits réservés / All rights reserved
Biographies +
Don Siegel, Clint Eastwood, Danny Glover, Patrick McGoohan, Fred Ward, Carl Lumbly
Mots clés
Cinéma américain, Films de prison, Les évasions au cinéma, Les films sortis en 1979