Le trou noir : la critique du film (1980)

Science-Fiction, Aventures | 1h38min
Note de la rédaction :
5,5/10
5,5
Le trou noir, l'affiche

  • Réalisateur : Gary Nelson
  • Acteurs : Anthony Perkins, Maximilian Schell, Ernest Borgnine, Robert Forster, Yvette Mimieux
  • Date de sortie: 15 Oct 1980
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Black Hole
  • Scénaristes : Jeb Rosebrook, Bob Barbash, Richard H. Landau, Gerry Day
  • Directeur de la photographie : Frank V. Philips
  • Compositeur : John Barry
  • Distributeur : Walt Disney Pictures
  • Editeur vidéo : Walt Disney Home Vidéo (VHS) / Walt Disney France (DVD)
  • Budget : 20 M$ (+6 M$ de promotion)
  • Box-office USA : 35,8 M$
  • Box-office France / Paris-périphérie : 1 401 484 entrées / 383 720 entrées
  • Récompenses : Nomination à l'Oscar de la meilleure photographie pour Frank V. Philips. / Nomination à l'Oscar des meilleurs effets visuels pour Peter Ellenshaw, Art Cruickshank, Eustace Lycett, Danny Lee, Harrison Ellenshaw, Joe Hale.
  • Format : 2.35 : 1 / Son : Dolby
  • Crédits visuels : © 1979 Disney Enterprises Inc. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :
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Premier grand space opéra de la firme Disney, Le trou noir tente de surfer maladroitement sur le succès de Star Wars au lieu de développer son univers propre. On retiendra toutefois des effets spéciaux convaincants et une ambiance sympathique.

Synopsis : C’est la fin du XXe siècle. Au cœur d’une lointaine galaxie, à bord du vaisseau d’exploration Palomino qui retourne vers la Terre, le robot Vincent détecte la présence d’un puissant « trou noir », le phénomène le plus mystérieux et terrifiant de l’univers, capable d’engloutir à tout jamais planètes et étoiles, et d’emprisonner la lumière pour la nuit des temps. A bord du gouffre, une gigantesque station spatiale qu’une zone de non gravité protège du trou noir : l’USS Cygnus, disparue en mission vingt ans plus tôt. Tandis que Palomino s’en approche, le vaisseau fantôme s’illumine soudain…

Un projet au long développement

Critique : Au début des années 70, les exécutifs de la maison de production Disney envisagent de profiter de la vogue du film catastrophe en créant de toute pièce une histoire qui se situerait dans l’espace. Pourtant, le projet se heurte à plusieurs problèmes dont le principal vient d’un script qui ne convainc personne. Longtemps attaché au projet, le réalisateur John Hough finit par abandonner et les premières ébauches finissent au fond d’un tiroir.

Ce n’est que vers 1976 que Le trou noir refait surface, cette fois-ci avec cette fameuse manifestation cosmique au centre d’un récit qui ne fédère pas encore toute l’équipe artistique. Disney approche pourtant le réalisateur Gary Nelson qui refuse de s’engager à cause d’un script jugé trop faible. En 1978, le scénariste Gerry Day remanie une dernière fois le scénario écrit par Jeb Rosebrook et reçoit enfin l’agrément du studio, ainsi que celui de Gary Nelson.

Une production ambitieuse et luxueuse

Walt Disney Productions, qui était le pendant cinéma du célèbre studio d’animation, décide d’engager une somme colossale – 20 millions de dollars de budget, auxquels il faut ajouter 6 millions pour la promotion – afin de profiter de la nouvelle mode du space opéra initiée par le triomphe de La guerre des étoiles (pour mémoire, les gains furent de plus de 300 millions de dollars rien qu’aux Etats-Unis lors de la première exploitation pour un budget de 11 millions). Le phénomène Star Wars a suscité de nombreuses convoitises et Le trou noir envisageait de concurrencer le film de George Lucas en proposant notamment des effets spéciaux encore plus performants.

La compagnie Disney joue effectivement gros en cette fin de décennie qui a vu la plupart de ses films live être des déceptions artistiques et commerciales. Les successeurs de Walt Disney – mort en 1966 – semblent alors incapables de retrouver le feu sacré et la plupart des œuvres produites à cette époque semblent déjà démodées, avant même leur sortie. Le trou noir est donc une tentative malhabile de revenir au centre du jeu à l’heure où des petits nouveaux comme George Lucas fédèrent la nouvelle génération.

De beaux effets spéciaux au service du vide

Que reste-t-il aujourd’hui de cette tentative de modernisation de la firme aux grandes oreilles ? Assurément, le spectateur contemporain peut encore admirer le superbe travail effectué par les équipes techniques, que ce soit au niveau des maquettes, des matte paintings, mais aussi des décors et des costumes – plutôt sobres. C’est assurément la partie la plus réussie d’un long-métrage qui tient encore la route sur le plan visuel.

Par contre, Le trou noir souffre bel et bien de décisions malheureuses, dont certaines semblent avoir été dictées par des exécutifs sans complexes. Ainsi, la présence des robots V.I.N.CENT et B.O.B. ne se justifie que pour plaire aux gamins, dans le sillage du R2-D2 de La guerre des étoiles. La copie est aussi évidente que maladroite dans sa tentative de récupération. Ce n’est pas le seul défaut de cette œuvre qui pâtit également d’un script un peu anémique. Après une première demi-heure qui joue à fond le jeu du mystère autour d’un vaisseau spatial fantôme, le long-métrage s’enlise quelque peu à cause d’un recours un peu trop systématique à des conversations pseudo-scientifiques oiseuses.

Un résultat banal qui ne dépasse pas le stade de la série B

L’ennui affleure donc à plusieurs reprises, avant que la plongée au cœur du trou noir ne vienne ranimer la flamme de l’aventure. Las ! Alors que Kubrick parvenait à traduire le voyage au cœur du temps et de l’espace d’une manière visuelle et révolutionnaire, Gary Nelson se contente de quelques effets de distorsion et de ralentis disgracieux. Il gâche donc en grande partie une fin qui semble vouloir rétablir une certaine morale chrétienne puisque le méchant est envoyé dans un espace infernal, tandis que les bons abordent ce qui semble être la planète Terre.

Entre-temps, le spectateur aura assisté à une œuvre plutôt sympathique, mais terriblement routinière dans son déroulement de série B. Si Maximilian Schell incarne avec talent une sorte de version spatiale du capitaine Nemo de 20 000 lieues sous les mers (Fleischer, 1954) également produit par Disney, on peut regretter la fadeur générale d’un casting qui n’y croit pas vraiment. Anthony Perkins ne force pas son talent, Ernest Borgnine est inconséquent, Robert Forster tout bonnement transparent et Yvette Mimieux se révèle incapable d’exprimer les tourments de son personnage. Ils renforcent donc un peu plus le sentiment d’assister à un spectacle appliqué, mais lisse et superficiel.

Une réalisation télévisuelle sans réelle ampleur

Cela n’est guère aidé par la réalisation télévisuelle de Gary Nelson qui semble s’être reposé sur les épaules de l’équipe technique. Toutefois, on peut mettre au crédit du film une très agréable partition musicale de John Barry.

Sans être un mauvais bougre, Le trou noir est donc un film plutôt moyen, qui promet beaucoup et ne donne pas entière satisfaction. Malgré un classement PG – une première pour un produit Disney – Le trou noir reste marqué au fer rouge par la volonté des exécutifs d’en faire une œuvre destinée à un jeune public.

Le trou noir a aspiré les spectateurs

La sauce n’a d’ailleurs pas vraiment prise puisque le grand public n’a pas fait du Trou noir un phénomène. Avec 35,8 millions de dollars amassés sur l’Amérique du Nord, le long-métrage a déçu les attentes de ses producteurs. En France, le film a attiré 1,4 million de spectateurs – dont votre serviteur alors très jeune – pour une 26ème place annuelle. Cela ne permettra pas de mettre sur pied une suite, mais le studio a continué à s’inscrire dans une forme de modernité en produisant peu de temps après le révolutionnaire Tron (Lisberger, 1982) qui tentait, lui, de développer un univers visuel et des techniques qui lui étaient propres.

Critique de  Virgile Dumez 

Les sorties de la semaine du 15 octobre 1980

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Le trou noir, l'affiche

© 1979 Disney Enterprises Inc. Tous droits réservés.

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