Le juge : la critique du film (1984)

Policier | 1h37min
Note de la rédaction :
6,5/10
6,5
Le juge, l'affiche du film de 1984

Librement inspiré de l’histoire du juge Michel, Le juge est un film-dossier plutôt réussi, porté par une bonne ambiance et des acteurs de premier ordre. Une bonne surprise issue des années 80.

Synopsis : Le juge Muller décide de s’attaquer à un réseau de trafiquants de drogue dans les Vosges. Sachant le puissant Rocca à la tête d’un gros commerce illégal, il s’octroie l’aide de son ami, le commissaire Inocenti, qui réussit à faire arrêter Rocca pour un délit mineur.

L’assassinat du juge Michel en ligne de mire

Critique : A l’époque de sa sortie, tout le monde a conscience que Le juge (1984) reconstitue en grande partie le parcours du juge Michel, de sa lutte contre la French Connection jusqu’à son assassinat intervenu en 1981. A l’époque, ce point ne fait aucun doute tant cette affaire est encore dans toutes les mémoires.

Ce juge s’est effectivement attaqué aux réseaux de proxénétisme, mais surtout de la drogue, tenus par des parrains présents à Marseille. L’homme était connu pour sa ténacité et sa volonté de s’attaquer aux gros bonnets et non seulement aux petits trafiquants de base. Il en a malheureusement perdu la vie.

Dès 1984, Philippe Lefebvre et Bernard Stora ont à cœur de rendre hommage à l’action de cet homme et s’inscrivent plutôt dans la mouvance du film-dossier comme a pu en livrer Francesco Rosi, et non dans celle du polar urbain plus en vogue au début des années 80. Toutefois, face à la complexité des faits et les flous concernant les détails de l’affaire, les auteurs ont préféré avoir recours à des simplifications, et parfois même à leur imagination. Ils ont ainsi fusionné plusieurs cas traités par le juge pour le réduire à un seul fil conducteur, plus simple à suivre pour le spectateur.

C’est ce que Philippe Lefebvre indique dans un entretien donné au Film français en 1984 où il déclare : « Le juge avait 130 dossiers en cours quand il est mort ; il fallait donc être sélectif. Enfin, par respect pour ses proches on ne pouvait prétendre à une reconstitution. J’ai donc adopté pour ce film ma démarche habituelle et celle que je préfère : à partir d’un fait réel construire un film de fiction qui soit avant tout un film d’action ». (Source : Film Français du 16 mars 1984)

Philippe Lefebvre signe un polar carré et bien conçu

Malgré cette prise directe avec l’actualité, le long-métrage a été un échec commercial, sans doute dû à son aspect démodé. C’est d’autant plus regrettable que Le juge tient plutôt bien la route à revoir aujourd’hui. Tout d’abord la réalisation est plutôt précise et efficace grâce à une bonne gestion de l’espace et une alternance correcte entre passage dialogués et moments de suspense. Ensuite, les acteurs assurent vraiment et on ne peut que saluer le sérieux d’un Jacques Perrin parfait en juge incorruptible. Il forme un duo charismatique avec le toujours excellent Richard Bohringer. Face à eux, Daniel Duval compose un truand parfaitement crédible, tandis qu’Andréa Ferréol est impeccable en femme rongée de l’intérieur par le doute. Enfin, Michael Lonsdale est tout bonnement excellent en trafiquant de drogue qui se donne des allures de bourgeois

Autre élément de satisfaction, la partition musicale de Luis Bacalov nous replonge avec bonheur dans cette période où la musique de film européenne était sous l’influence totale d’Ennio Morricone. C’est bien simple, à quelques notes près, on jurerait être face au célèbre thème du Professionnel, ce qui n’est pas un mince compliment. Cet enrobage musical contribue largement à créer une ambiance typique de cette époque que nous chérissons tant.

Quelques clichés compensés par une ambiance musicale prenante

Certes, le long-métrage n’est pas exempt de quelques scories, notamment quelques errements dans les localisations et une simplification abusive des mécanismes mafieux. Parfois, les auteurs succombent également aux clichés, notamment dans des dialogues peut-être un peu trop écrits. Toutefois, cela ne constitue en rien un élément rédhibitoire.

Malgré ses qualités réelles, le long-métrage n’a pas marqué les mémoires et, après une sortie en VHS, Le juge ne reparaît aujourd’hui que sur les plateformes de VOD qui nous permettent de le réévaluer. A noter d’ailleurs que l’histoire du juge Michel a également inspiré un deuxième film intitulé La French, réalisé par Cédric Jimenez, avec Jean Dujardin dans la peau du juge intrépide.

La fiche du film sur le site d’Unifrance 

Critique de Virgile Dumez

Box-office :

Avec une affiche très années 70, Le Juge n’a pas réussi à parler au public français, avec un total de 130 958 entrées en 9 semaines sur la capitale.

Sorti un 11 avril 84 peu encombré, où l’essentiel des grosses nouveautés étaient françaises (Aldo et Junior, Un Dimanche à la campagne), à l’exception de la sortie du film de Barbra Streisand, Yentl, Le Juge bénéficiait d’un solide circuit de 33 salles sur P.P. et a ouvert à 11 119 entrées pour son premier jour, loin derrière Aldo et Junior, et légèrement derrière Yentl qui ne bénéficiait pas d’autant d’écrans (seulement 19).

Avec 64 923 spectateurs, l’ouverture parisienne le pare d’une sixième place décevante par rapport à son potentiel. En province sur les villes clés, il entre encore plus bas, en 8e place.

Les cinémas le diffusant sur Paname sont le George V, le Marignan Pathé, le Gaumont Convention, le Nation, le Gaumont Richelieu, le Clichy Pathé, le Montparnasse Pathé, le Français Pathé, le Mayfair Pathé, le Quintette Pathé, le Mistral, le Forum Cinémas, le St. Lazare Pasquier, la Maxéville, le Fauvette et le 14 Juillet Beaugrenelle.

La chute du Juge sera spectaculaire en deuxième semaine, avec 24 891 sur Paris-Périphérie, et 11 905 spectateurs en 3e semaine. Il finira sa triste carrière sur les Grands Boulevard, au cinéma la Maxéville.

Les sorties de la semaine du 11 avril 1984

Le juge, l'affiche du film de 1984

© 1984 GEF Revcom – TF1 Films Production – Trinacra Films / Affiche : LPC / Jean-Claude Labret. Tous droits réservés.

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Le juge, l'affiche du film de 1984

Extrait musical Luis Bacalov : Le juge

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