Le Fossoyeur : la critique du film (1971)

Western | 1h43min
Note de la rédaction :
6/10
6
Le fossoyeur : affiche

  • Réalisateur : Giuliano Carnimeo
  • Acteurs : Klaus Kinski, Frank Wolff, Gianni Garko, Ettore Manni, Gordon Mitchell, José Torres, Sal Borgese
  • Date de sortie: 17 Nov 1971
  • Nationalité : Italien
  • Titre original & alternatifs : Sono Sartana, il vostro becchino, Je suis Sartana, l'ange de la mort I Am Sartana Your Angel of Death, Sartana-Töten war sein täglich Brot (Allemagne), Sartana está de volta (Portugal) ,Yo soy vuestro verdugo (Espagne)
  • Année de production : 1969
  • Scénaristes : Tito Carpi, Enzo Dell'Aquila, Ernesto Gastaldi
  • Compositeurs : Vasili Kojucharov ( Vasco), Elsio Mancuso
  • Société de production : Ambrosiana Cinematografica S.p.A.
  • Distributeur : Cocinor
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs - 35 mm, Eastmancolor / Son : Mono
  • Crédits visuels : © 1971 Ambrosiana Cinematografica S.p.A., Cocinor. Tous droits réservés
  • Box-office France / périphérie : 347 773 entrées / 16 836 entrées
  • Franchise : 2e segment de la franchise en 5 épisodes
Note des spectateurs :

Ce deuxième volet de la saga Sartana commence par un postulat intéressant, mais finit par vite perdre le spectateur, du fait d’un scénario trop tortueux. Il n’en demeure pas moins un agréable divertissement.

Synopsis : un homme mystérieux, vêtu d’une cape noire, mène a bien un braquage avec ses complices. Sa tête est immédiatement mise a prix. Sartana a-t-il vraiment pu se rendre coupable d’un tel méfait?

Un nouveau réalisateur pour un nouveau Sartana

Critique : Seulement un an après le premier Sartana, Gianni Garko endosse de nouveau le costume du personnage dans Le Fossoyeur. Giuliano Carnimeo, qui a déjà fait ses preuves dans le western avec le sympathique Le moment de tuer, vient prendre le relais de Gianfranco Parolini suite à des différends avec les producteurs. En résulte une mise en scène beaucoup plus audacieuse, qui pourra néanmoins agacer certains. Carnimeo use de cadrages déstructurés et d’une caméra à l’épaule, pour un résultat que n’aurait pas renié le Japonais Kinji Fukasaku. Des zooms et un usage pertinent de la vue subjective dynamisent également le métrage.

L’autre conséquence de ce changement d’équipe réside dans le personnage de Sartana lui même. Il est désormais beaucoup moins fantomatique et irréel. Il conserve néanmoins sa capacité à surgir de nulle part, son élégance et son goût pour les gadgets, qui ne fera que s’accroître au fil des deux épisodes suivants. Garko peaufine son interprétation et démontre une fois de plus son aisance dans ce rôle taillé sur mesure.

Des débuts prometteurs

Le fossoyeur commence en grande pompe avec un générique très stylisé mettant en valeur la garde robe et l’arsenal du héros. La musique de Vasco et Mancuso se révèle beaucoup plus convaincante que celle du précédent film. Elle demeure néanmoins très générique et ne restera pas dans les mémoires. A noter que  chaque film de la série propose un thème bien distinct. Un choix qui laisse assez circonspect, sûrement en raison de l’absence d’un compositeur attitré, à part pour les épisodes trois et quatre, mis en musique par Bruno Nicolai. Dommage, car un tel personnage aurait mérité un thème récurrent et accrocheur.

Passé ce générique efficace, le film continue sur sa lancée avec une scène d’introduction très accrocheuse. On suit les pérégrinations d’un homme habillé comme Sartana, dont le visage n’apparaît jamais dans le champ. La tension est à son paroxysme lorsqu’il braque une banque. Notre héros aurait-il définitivement sombré du côté obscur dans cette suite ?

Sartana et ses scénarios, tout une histoire

Malheureusement, la tension entretenue par cet excellent début va vite finir par retomber. Pire encore, le film finira par se révéler par moments très ennuyeux, la faute à un scénario une nouvelle fois alambiqué. Certaines scènes sont, il faut l’avouer, superflues. On pense aux scènes de casino, qui, si elles supposent un nouveau clin d’œil à l’inspiration “bondienne” de la saga, ne servent pas vraiment l’intrigue.  Il est d’autant plus étonnant que cette suite retombe dans les même travers que le précédent film du fait que l’équipe de scénaristes a changé. Cette volonté de conférer un scénario tortueux à tous les films de la saga semble être une marque de fabrique qui relève in fine de l’erreur récurrente.

Ainsi, on s’aperçoit très vite que derrière cette apparente complexité, le scénario n’est qu’un prétexte au massacre mettant en valeur les aptitudes de Sartana. Et quoi qu’il arrive, il ne fait aucun doute que ce dernier finira gagnant de ce jeu de dupes. La multiplicité de personnages, d’alliances et de trahisons finit par perdre le spectateur, comme l’atteste par exemple le personnage de Gordon Mitchell. En effet, on nous présente ce dernier en début de film, pour le ressortir seulement quelques minutes avant la fin, de telle sorte qu’un duel ait lieu. Ce genre de personnages et de situations mal développés peine à maintenir l’implication émotionnelle du spectateur.

Le fossoyeur, nadir de la saga Sartana ?

Outre ce problème de scénario, le film se veut tout aussi limité en terme de budget que le précédent. Les décors ne sont, une fois de plus, pas spectaculaires. Si la photographie de Giovanni Bergamini est agréable, le travail sur l’ambiance et les éclairages est nettement moins marquant que celui de Sandro Mancori pour le premier film, qui se distinguait par son ambiance gothique. Cette suite se veut malheureusement moins généreuse en scènes d’action. Cela est d’autant plus dommage que Carnimeo maîtrise ce type de passages, en mettant en scène avec talent un Sartana astucieux et virevoltant.

Enfin, l’interprétation est peut-être un peu moins convaincante que dans le premier film. Cette assertion ne s’applique en aucun cas à Gianni Garko, qui est ici encore impeccable, mais plutôt à Klaus Kinski, qui semble s’être déjà lassé de la saga, au vu de son manque apparent d’implication. De fait, il n’apparaîtra plus dans les films suivants. Fort heureusement, le film nous propose une belle galerie de seconds couteaux qui ravira les fanatiques du genre. En outre, Frank Wolff tire ici son épingle du jeu, en tant que sidekick du héros. On regrette enfin que le film ne propose pas de réel personnage féminin.

Un épisode de transition

En définitive, si Le fossoyeur est loin d’être un mauvais film, il apparaît comme l’épisode le moins convaincant de la saga, en dépit d’une entrée en matière très prometteuse qui lorgne du côté du film de détective. Las, on n’y retrouve pas la flamboyance gothique de son prédécesseur. Il s’agit en quelque sorte d’un film de transition, le temps que Carpi et Carnimeo s’approprient le personnage et le dédramatisent. De fait, ils opteront pour un ton de plus en plus léger au gré des épisodes suivants, qui comptent parmi les plus divertissants.

Critique : Kevin Martinez

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