Le détective : la critique du film (1968)

Policier, Drame | 1h54min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche de Le Détective de Gordon Douglas

  • Réalisateur : Gordon Douglas
  • Acteurs : Robert Duvall, Frank Sinatra, Lee Remick, Jacqueline Bisset, Tom Atkins, Tony Musante, Ralph Meeker, Jack Klugman
  • Date de sortie: 31 Oct 1968
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Detective
  • Titres alternatifs : Der Detektiv (Allemagne) / Inchiesta pericolosa (Italie) / El detective (Espagne) / El investigador (Mexique)
  • Année de production : 1968
  • Scénariste(s) : Abby Mann, d'après le roman de Roderick Thorp
  • Directeur de la photographie : Joseph F. Biroc
  • Compositeur : Jerry Goldsmith
  • Société(s) de production : Arcola Pictures, Arcola-Millfield Productions
  • Distributeur (1ère sortie) : 20th Century Fox
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : RCV (VHS) / 20th Century Fox (DVD)
  • Date de sortie vidéo : 7 juin 2006 (DVD)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 525 682 entrées / 171 171 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : 4,4 M$
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : Bris Grinsson
  • Crédits : Copyright Twentieth Century Fox
Note des spectateurs :
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Profondément ambigu, Le détective brouille les pistes en suivant les pas de personnages complexes et particulièrement bien écrits. Une œuvre qui va bien au-delà du simple polar de série.

Synopsis : Le corps mutilé et sans vie, le fils du banquier Leikman est retrouvé dans son luxueux appartement. Chargé de mener l’enquête, le détective Joe Leland soupçonne et capture très vite un nommé Félix Tesla, jeune homosexuel désaxé qui était l’ami de Leikman Junior. Joe obtient la confession de Tesla qui est condamné à mort…

Un sujet délicat tourné par un vétéran de Hollywood

Critique : Adapté du tout premier roman de Roderick Thorp intitulé The Detective, publié en 1966, Le détective (1968) a bénéficié d’une excellente adaptation de la part du scénariste Abby Mann (Jugement à Nuremberg et La nef des fous de Stanley Kramer). Effectivement, le roman d’origine est réputé pour sa grande complexité psychologique et surtout son absence totale d’action. Il fallait donc parvenir à retranscrire cette profondeur psychologique des personnages, tout en tenant le spectateur éveillé. L’heure était effectivement à des polars plus nerveux dans le style de Bullitt (Yates, 1968) et donc Le détective courait le risque d’être immédiatement ringardisé en tant que symbole d’un cinéma « à l’ancienne ».

Initialement prévu pour être tourné par Mark Robson, le projet échoue finalement entre les mains du vétéran Gordon Douglas par la volonté de Frank Sinatra. Non seulement Robson et lui s’étaient mal entendus sur L’express du colonel von Ryan (1965), mais Sinatra souhaitait surtout retrouver le réalisateur qui a tourné avec lui le succès Tony Rome est dangereux (1967). La star de la chanson s’est sentie en confiance avec ce vieux routier qu’il connaît bien et en qui il a toute confiance, par rapport au traitement d’un sujet délicat.

Une vision de l’homosexualité bien de son temps

Effectivement, Le détective présente peut-être un style old school, mais son sujet est autrement plus sulfureux que ce qui se pratiquait à l’époque. N’est-il pas question ouvertement d’homosexualité et de nymphomanie, et ceci dans une production hollywoodienne cossue ? Présenté comme homophobe par ses détracteurs et comme progressiste par ses défenseurs, Le détective est surtout une œuvre complexe et ambigüe, et c’est justement cette indécision qui en fait un polar plus intéressant que la moyenne.

Tout d’abord, il faut préciser que l’homosexualité y est bien présentée de manière frontale comme une sorte de maladie qui toucherait un certain nombre d’individus. Si la victime est homosexuelle, précisons toutefois que le coupable l’est également et que ce personnage rejoint le long cortège des criminels gays qui ont hanté le cinéma hollywoodien depuis ses débuts. Certes, le personnage de flic incarné par Sinatra ne condamne jamais verbalement cette orientation sexuelle et va jusqu’à tabasser un policier homophobe, mais cela rachète à peine toutes les séquences où il erre dans des lieux de drague en se pinçant le nez.

Un film sur la corruption, des corps et des esprits

Notons également que l’homosexualité est mise au même niveau que la nymphomanie du personnage féminin incarné par Lee Remick. Il s’agit dans les deux cas d’un désordre mental qui pourrait éventuellement être soigné. Enfin, dans la description de cette société en déliquescence, les deux dérives sexuelles sont associées à l’idée de corruption (à la fois des corps et des esprits, donc).

Pourtant, ce qui sauve Le détective d’une condamnation sans appel vient justement de l’ambiguïté dégagée par le personnage principal. Celui-ci ne cesse de discourir en faveur de ceux qui sont rejetés par la bonne société et malgré sa volonté de rester droit dans un monde oblique, il est lui aussi contraint de se laisser corrompre. Ainsi, il n’hésite pas à faire condamner un innocent pour recevoir une promotion, tandis que la séquence de l’interrogatoire du présumé coupable est délicieusement retorse. On y voit notamment Sinatra en train de caresser les poignets de l’homosexuel afin de l’amadouer. Il n’est toutefois pas interdit d’y voir une tentation de la part du flic. Après tout, sa virilité supposée n’est pas si clairement établie puisque sa femme éprouve le besoin régulier de se réfugier dans les bras d’autres conquêtes.

Réalisation classique pour script exemplaire

Alternant donc tirades progressistes et vieux réflexes réactionnaires, Le détective va en tout cas bien au-delà d’un simple film policier et s’impose comme une œuvre complexe et écrite avec une réelle maestria. On peut sans doute regretter que la réalisation très classique de Gordon Douglas ne soit pas toujours au niveau des enjeux. Les nombreux regards-caméra des acteurs peuvent même s’avérer maladroits par instants.

Sans doute décontenancé par le contenu pour le moins ambigu du long-métrage, le public américain ne s’est pas rendu en masse voir ce nouveau Sinatra, alors même que l’acteur-chanteur était au top de sa notoriété. En France, Le détective n’a enthousiasmé que 525 682 spectateurs, ce qui est toutefois légèrement supérieur aux autres films du duo Gordon Douglas – Sinatra. A revoir de nos jours, il est à coup sûr le plus intéressant du lot, ne serait-ce que pour son ambiance torve et son discours complexe et nuancé.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 30 octobre 1968

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Le détective de Gordon Douglas

Illustrateur © Boris Grinsson

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Affiche de Le Détective de Gordon Douglas

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