La rumeur : la critique du film (1962)

Drame psychologique, Gay Lesbien | 1h44min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
La rumeur (The Children's hourà, affiche reprise 2009

  • Réalisateur : William Wyler
  • Acteurs : Shirley MacLaine, Audrey Hepburn, Miriam Hopkins, Fay Bainter
  • Date de sortie: 25 Avr 1962
  • Nationalité : © 1961 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. Tous droits réservés.
  • Scénariste : John Michael Hayes, d'après la pièce de Lillian Hellman
  • Directeur de la photographie : Franz Planer
  • Compositeur : Alex North
  • Société de production : The Mirisch Corporation
  • Distributeur : Les Artistes Associés (France, 1962) / Lost Films (Reprise, 8 juillet 2009) / United Artists (USA)
  • Editeur vidéo : Wild Side Vidéo
  • Date de sortie vidéo : 24 juin 2020
  • Box-office France / Paris-périphérie : : 323 880 entrées / 128 387 entrées - 5 796 entrées France (reprise 2009)
  • Box-office USA : 3 000 000$ (approximatif)
  • Budget : 3 600 000$
  • Crédit photo : © 1961 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. Tous droits réservés.
  • Format : 1.85 : 1 / Mono
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans à sa sortie en 1962 - Tous publics après révision contemporaine
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La Rumeur de William Wyler en blu-ray chez Wild Side

© 1961 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. Tous droits réservés.

Plombé par son échec commercial, La rumeur demeure une œuvre méconnue de William Wyler, mais une référence historique dans le traitement hollywoodien de l’homosexualité à l’écran. Casting et réalisation sont au diapason pour ce drame trouble.

Synopsis : Amies depuis les bancs de la faculté, Karen et Martha ont réalisé leur rêve en ouvrant un pensionnat de jeunes filles. Avec l’aide de la tante de Martha, Lily, elles dirigent un établissement qui jouit d’une bonne réputation. Fiancée au charmant docteur Cardin, Karen culpabilise à l’idée de quitter l’école et diffère la date de son mariage. Malgré tout, la vie s’écoule paisiblement et l’avenir semble radieux. Mais cette promesse de bonheur va être anéantie par le machiavélisme de Mary, une écolière tourmentée. Ses mensonges seront le début d’un engrenage funeste…

La rumeur avec Audrey Hepburn et Shirley MacLaine

LA RUMEUR – credit photo : © 1961 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. Tous droits réservés.

2020 : La rumeur circule toujours très bien

Critique : Deuxième adaptation de la pièce de Lillian Hellman après Ils étaient trois que William Wyler avait lui-même réalisé en 1936, La rumeur permet au cinéaste de coller au plus près du sujet du matériau original, la perception de l’homosexualité dans une Amérique puritaine. Le film de 1936, prude, ne faisait que des allusions à l’homosexualité, ne pouvant en faire un sujet.

En 1961, alors considérée comme une perversion, l’orientation sexuelle entre deux individus du même sexe devient enfin une thématique que l’on peut ouvertement aborder au cinéma aux USA, puisque le système d’autocensure que s’imposait Hollywood, appelé le Production Code, a banni l’homosexualité de la longue liste de sujets strictement interdits par ce Code Hayes (1930-1968). Un relâchement précipité par des changements sociétaux et le lobbying des cinéastes et auteurs s’intéressant à l’Amérique de leur époque, dans sa complexité. Ils étaient las de devoir contourner le Production Code par le sous-texte, les inférences et les métaphores.

Lesbien raisonnable ?

Malheureusement, La Rumeur, bien que précurseur, n’ira pas aussi loin et son traitement du désir saphique, bien que novateur, sera jugé trop timoré par la critique de l’époque et même par Shirley MacLaine, formidable en héroïne tourmentée par ses propres désirs, qui regrette des coupes dans le montage final. On évoque des rapports qui vont à l’encontre de la nature (l’emploi de l’adjectif « unnatural » en version originale).

Pour notre part, on ne peut que trouver ce film audacieux, avec le recul des décennies, tant les productions en noir et blanc (choix esthétique payant, tant les images sont sublimement habillées) ou plus généralement celles des années 50 et du début des années 60 sont rares à avoir su montrer autant de délicatesse dans le traitement psychologique du personnage homosexuel. Celui-ci, notamment dans Soudain l’été dernier (1959) d’après Tennessee Williams, était devenu régulièrement dépeint comme un prédateur malveillant, cliché qui demeurera pendant des décennies dans le cinéma commercial nord-américain.

Shirley MacLaine et Audrey Hepburn dans La Rumeur

© 1961 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. Tous droits réservés.

Wyler s’est surtout vu reprocher son incapacité à réécrire la pièce d’origine et de ne pas avoir pris des libertés avec le texte et des situations des années 30, voire même, dans sa réalisation, de s’être contenté d’une mise en image très théâtrale du classique.  La dramaturge, à qui il demanda de rédiger le scénario, n’en avait pas le temps et le cinéaste lui-même en manquait clairement pour la préparation. Il sortait épuisé du succès historique de la fresque Ben-Hur, qui marquait une parenthèse commerciale improbable dans sa carrière et que certains ne lui pardonneront pas. William Wyler n’a jamais cherché à devenir le nouveau Cecil B. DeMille, décédé d’ailleurs quelques mois avant le péplum avec Charlton Heston.

En guise de clin d’œil à Ils étaient trois, il réemploie le casting original : la comédienne Miriam Hopkins qui interprétait la sulfureuse Martha est rétrogradée dans le rôle de la tante Lily. Un rôle qu’elle tient formidablement, dans tout ce qu’il peut avoir d’opportuniste et de pathétique. Fay Bainter incarne Mrs. Tilford, la vieille dame rigide par qui La rumeur destructrice va commencer à circuler. Sa présence dramatique est imposante. C’est une comédienne immense, qui sera nommée à l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle.

Des actrices magistrales

Dans les deux rôles principaux, on retrouve Audrey Hepburn, toute fraîche du succès de Diamants sur canapé, et Shirley MacLaine, qui sortait de La garçonnière. Les deux actrices, si différentes,  abandonnaient la comédie pour l’ambiguïté psychologique d’un drame sombre et troublant abordant frontalement les thèmes du mensonge et du saphisme. Hepburn avait un potentiel dans ce cinéma-là, elle l’avait démontré chez Zinnemann dans Au risque de se perdre, dans lequel elle incarnait une nonne en proie aux remises en question. Tout en nuance, magnifique dans la portée de son regard, Hepburn dévoile un talent insoupçonné dans un univers très noir.

La Rumeur avec Miriam Hopkins

© 1961 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. Tous droits réservés.

Sortant du blockbuster Ben-Hur aux onze statuettes, Wyler considéra longtemps avoir raté son coup et regretta même avoir tourné The Children’s Hour. La réception du film se solda par un échec aux USA et quelques mois plus tard en France, où il ne dépassera même pas les 400 000 entrées. Même si encore aujourd’hui La rumeur est considéré comme une œuvre mineure dans la filmographie de son auteur, il s’agit là d’une référence historique quant au traitement passé de l’homosexualité à l’écran qui mérite bien le détour pour l’interprétation magistrale de Shirley MacLaine dans un rôle d’écorchée tragique, la clairvoyance d’Audrey Hepburn, et le brio de la réalisation dans un décor pointilleux qui confine à l’enchantement cinéphilique.

Un grand film.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 25 avril 1962

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La rumeur (The Children's hourà, affiche reprise 2009

Le test blu-ray

Une édition digibook superbe livrée par Wild Side. Un formidable boulot pour un collector qui se mérite. Test réalisé à partir de l’édition définitive.

Compléments & packaging : 4.5/5

Il s’agit d’un digibook combo DVD-blu-ray absolument sublime dans son esthétique. Grain agréable de la cover, solide, objet épais, avec un design harmonieux signé par Les Aliens, l’édition est vraiment de toute beauté. Le jeu de regard sur les deux disques, les photos très nombreuses, qui incluent des affiches, des photos d’exploitation restaurées…, tout confine à l’objet collector qu’il est précieux de posséder. Le livret contient une très longue remise en contexte du film, qui est expliqué, analysé… Comment La rumeur est passé d’œuvre mineure à film respecté et défendu. Ce petit livre de 68 pages donne la parole à la fille de William Wyler qui revient notamment sur la dévotion de Steven Spielberg pour son père et comment ils se sont rencontrés quand le futur réalisateur des Dents de la mer était inconnu. La carrière de Wyler est par ailleurs largement évoquée. La partie physique est un sans-faute.

Scénographie du blu-ray-dvd collector de La Rumeur de Wild Side

© 1961 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. Tous droits réservés.

Les bonus audiovisuels proposent la bande-annonce VO d’époque et se déclinent autour de deux interviews. L’une du fils d’Audrey Hepburn et Mel Ferrer (15 minutes), l’autre par l’actrice Veronica Cartwright, la jeune kleptomane du film qui enchaînera avec Les oiseaux d’Hitchcock (24 pages). Dans les deux cas, les entretiens sont riches, appropriés face à des figures historiques – directement ou indirectement – de ce film. Chacun porte son regard sur le casting, le réalisateur, le défi du sujet, avec délicatesse et une vraie dévotion pour les monstres de cinéma auxquels ils sont affiliés.

Cette partie audiovisuelle manque toutefois d’un petit plus de par le sujet du film, l’homosexualité à Hollywood ou le poids du mensonge (avec le contexte de la chasse aux sorcières) si cher à Wyler, puisqu’il fut très actif contre le maccarthysme.

Image : 5 /5

Superbe ! Soixante ans après, La Rumeur circule dans une copie au master troublant de beauté, avec un contraste qui rend la profondeur de champ, la gestion de l’espace (intérieurs, jardin), les jeux d’ombre, absolument sublimes. Les noirs sont pointus donnant un caractère hypnotisant à ce film contemporain d’un autre classique en noir et blanc qui a su troubler en son temps, Les innocents de Jack Clayton.

Son : 4.5/5

On vous déconseille la VF. Certes, elle est accentuée par un DTS HD Master Audio, inhérent au support HD, mais elle est sourde et les voix manquent de clarté. Il faut donc se diriger vers la piste originale qui a tous les atouts du classique traité avec respect et dévotion. Le son est propre, équilibré, les voix parfaitement audibles. Tout rend cette œuvre vintage parfaitement adaptée à nos exigences contemporaines. Cette œuvre dramatique, aux beaux éclats dans les dialogues, diffuse une magnifique ambiance par cette piste sonore irréprochable.

Test vidéo : Frédéric Mignard

Wild Side Vidéo : les films de l'éditeur

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