Plus centré sur l’action, La Légende de Zatoïchi : Le Secret gagne en efficacité ce qu’il perd en émotion. Toutefois, la maestria des acteurs et le scénario qui approfondit le passé des personnages compensent en partie ce défaut.
Synopsis : Un an après, Zatōichi retourne dans la ville proche du temple Joshoji pour se recueillir sur la tombe d’Hirate, le samouraï qu’il a tué. Trois brigands l’attaquent alors qu’il fait sécher ses vêtements et sont mis hors d’état de nuire par un épéiste manchot. Plus tard dans la journée, Zatōichi est engagé pour masser un puissant seigneur qui, à l’insu de tous sauf de ses plus proches serviteurs, est fou. Zatōichi constate l’instabilité mentale du noble, et les serviteurs décident de le tuer…
La suite directe du premier opus
Critique : A la sortie de La Légende de Zatoïchi : Le Masseur aveugle (Kenji Misumi, 1962), le succès populaire est immédiat au Japon et la firme Daiei commande immédiatement une suite qui devra être à nouveau écrite et tournée à toute vitesse afin de pouvoir sortir sur les écrans nippons au mois d’octobre 1962. Le studio demande donc au scénariste du premier volet Minoru Inuzuka d’inventer une suite directe qui reprendrait même quelques personnages apparus dans le précédent volet, tout en accentuant la dimension martiale du récit.

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Si la Daiei parvient à conserver le même scénariste, le réalisateur Kenji Misumi est déjà sur le tournage de Tuer (1962) et il ne peut donc être reconduit dans ses fonctions de metteur en scène. Le studio propose donc le projet au cinéaste Kazuo Mori, choix logique si l’on considère qu’il a déjà dirigé Shintarô Katsu dans le rôle d’un masseur aveugle dans l’excellent Le Bandit aveugle (1960), sorte de matrice de la franchise Zatoïchi.
D’anciens personnages reviennent hanter cette suite
C’est ainsi que La Légende de Zatoïchi : Le Secret (1962) est mis en chantier aussi rapidement. L’intrigue concoctée par Minoru Inuzuka se situe donc un an après les événements du premier épisode, lorsque Zatoïchi tient sa promesse de venir sur la tombe de Miki Hirate, le samouraï qu’il a tué. Dès lors, le masseur revient sur les terres qui ont vu le drame se nouer précédemment. Il y retrouve notamment la femme qu’il a abandonné (toujours excellente Masayo Banri), mais aussi le parrain local toujours interprété par Eijirô Yanagi.
Pourtant, lors de son périple, le masseur fait la rencontre d’une jolie prostituée (très juste Yaeko Mizutani) qui lui rappelle son premier amour. Parallèlement, il croise un mystérieux samouraï manchot devenu hors la loi, joué avec majesté par Tomisaburô Wakayama (le propre frère de Shintarô Katsu et futur interprète de Baby Cart). Au fur et à mesure du récit – qu’on vous laisse découvrir – on apprendra quels sont les liens qui unissent les deux hommes.
Le Secret pousse plus loin le curseur de l’action
Ce deuxième épisode tranche sérieusement avec le précédent puisqu’il offre un rythme beaucoup plus soutenu avec un nombre conséquent d’affrontements et de morts. Ainsi, Le Secret gagne en efficacité ce qu’il perd en émotion forte, et ceci malgré une dernière partie plus dramatique.

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Certes, cela correspond sans aucun doute à une demande du studio, mais cela vient également de la réalisation de Kazuo Mori, plus fonctionnelle que celle de Kenji Misumi. En fait, le nouveau cinéaste entend livrer un récit compact (72 minutes, soit une durée parmi les plus courtes de la saga) qui se traduit même par un final audacieux puisqu’interrompu en pleine action.
Le personnage de Zatoïchi s’épaissit
Avec son montage très découpé, La Légende de Zatoïchi : Le Secret offre donc les premiers grands affrontements de la saga, faisant quasiment du héros un homme invincible. Toutefois, l’auteur a eu l’intelligence d’ajouter des éléments dramatiques qui permettent d’approfondir le passé nébuleux du personnage principal. Lors d’une séquence plus intimiste, Kazuo Mori arrive même à retrouver durant un court instant la magie qui faisait tout le sel du premier. Cela ne dure toutefois pas longtemps et l’action reprend vite ses droits.
A cela, il convient d’ajouter la présence de la musique composée cette fois par Ichirô Saitô qui insiste davantage sur l’aspect sec et brut du long métrage. Finalement, La Légende de Zatoïchi : Le Secret n’émarge plus du côté du grand art, mais il est un segment fondamental car il amène la saga vers une dimension plus commerciale qui ira en s’accentuant au cours de la vingtaine de films suivants.
Un épisode inédit en France jusqu’à nos jours
Malgré son impact important au sein de la franchise, ce second volet est resté inédit dans les salles françaises et même en vidéo au cours des années 2000, malgré la parution d’une (fausse) intégrale chez Wild Side Vidéo. Ainsi, il a fallu attendre sa sortie en blu-ray au sein du coffret Zatoïchi – Les Années Daiei – Volume 1 édité par Roboto Films en 2025 pour le découvrir.
Critique de Virgile Dumez
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Biographies +
Kazuo Mori, Shintarô Katsu, Masayo Banri, Yaeko Mizutani (Yoshie Mizutani), Tomisaburô Wakayama
Mots clés
Cinéma japonais, Franchise : Zatoïchi, Les handicapés au cinéma, La cécité, Les samouraïs au cinéma

