Ne faisant pas partie de la célèbre saga, Les Origines de Zatoïchi : le Bandit aveugle est un prototype inversé qui met pour la première fois en vedette l’acteur Shintarô Katsu dans un rôle de masseur aveugle. Le résultat, très différent, n’en demeure pas moins excellent.
Synopsis : Suginoichi est un bandit aveugle froid et ambitieux, prêt à tout pour s’emparer du pouvoir, au détriment de ceux qui l’entourent…
Avant la saga Zatoïchi…
Critique : Il est tout d’abord indispensable de préciser que le titre français vidéo Les Origines de Zatoïchi : Le Bandit aveugle est erroné et qu’il désigne en réalité le film Shiranui kengyô (Kazuo Mori, 1960) qui n’appartient aucunement à la célèbre saga en 26 films connue sous le nom de La Légende de Zatoïchi. L’unique point commun tient en la présence au générique de l’acteur Shintarô Katsu qui joue pour la première fois de sa carrière le rôle d’un masseur aveugle. Mais il interprète ici un personnage prénommé Suginoichi et non Zatoïchi.

© 1960 Kadokawa Corporation. Tous droits réservés.
En fait, plus qu’un véritable prototype de la future franchise, Le Bandit aveugle peut être considéré comme l’antithèse de ce que sera la saga. Ainsi, le personnage principal atteint de cécité n’est aucunement un homme sage désireux de rétablir la justice, mais bien plutôt un filou qui cherche à se venger de la société de son temps en devenant son propre maître.
De la comédie noire au drame le plus pur
Ainsi, par des manœuvres frauduleuses qui passent par le vol, le chantage, la manipulation, mais aussi le viol et le meurtre, Suginoichi entend devenir un kengyô, c’est-à-dire le maître de la guilde des aveugles qui existait bel et bien durant l’ère d’Edo (1603-1868). A cette époque, les gens atteints de cécité étaient généralement cantonnés dans des activités de massage auprès de grands seigneurs, ce qui était réglementé par une guilde du métier.
Voici donc notre anti-héros Suginoichi à la conquête du pouvoir, alors même que sa cécité devrait l’en empêcher. Toutefois, les auteurs ne cherchent aucunement à rendre ce protagoniste sympathique, bien au contraire. L’homme est veule, uniquement intéressé par son ascension sociale et par l’argent. Si ses premiers méfaits peuvent faire sourire grâce à un ton de comédie noire, le protagoniste devient clairement un monstre lorsqu’il viole une jeune fille qu’il pousse ensuite au suicide.
Un personnage à l’opposé de celui de Zatoïchi
La scène est d’autant plus choquante que Suginoichi n’éprouve absolument aucune empathie envers la victime de ses agissements. Par la suite, il ira également jusqu’au meurtre pour se débarrasser de certains rivaux gênants. Et ceci jusqu’à l’ascension suprême qui verra ensuite sa chute inexorable, lors d’une scène finale particulièrement efficace.
Quand on connaît bien la saga Zatoïchi, Le Bandit aveugle étonne d’autant plus car il propose une vision diamétralement opposée d’un personnage apparemment proche dans ses caractéristiques. Il convient d’ailleurs de saluer en premier lieu l’interprétation démentielle de Shintarô Katsu qui était jusque-là un comédien de seconde zone que la firme Daiei décide de promouvoir le temps d’un film pour voir s’il est digne de leur confiance.
Un film typique de la firme Daiei
Le comédien s’avère parfaitement à l’aise dans un rôle d’aveugle peu évident à rendre crédible. Certes, il a tendance ici à surjouer encore un peu, mais son charisme à l’écran est indéniable. De quasiment tous les plans, l’acteur est absolument sensationnel et il irradie chaque scène où il apparaît. Il est également secondé par l’excellente Tamao Nakamura, qui deviendra d’ailleurs son épouse deux ans plus tard. Leur duo fonctionne magnifiquement à l’écran.

© 1960 Kadokawa Corporation / Jaquette : Pénache pour Roboto Films. Tous droits réservés.
Inspiré d’un roman de Nobuo Uno, Le Bandit aveugle dispose d’un script parfaitement maîtrisé, tandis que la réalisation a été confiée par le studio à l’un de ses exécutants les plus prolifiques, à savoir Kazuo Mori dont nous croiserons à nouveau la route durant La Légende de Zatoïchi, puisqu’il a réalisé trois épisodes de la célèbre saga. Son travail est ici très professionnel, grâce à une bonne gestion de l’espace, mais aussi une excellente direction d’acteurs. Toutefois, il est important de signaler que Le Bandit aveugle n’est aucunement un film de sabre, mais bien un drame mâtiné d’humour noir.
Le Bandit aveugle fut un succès au Japon, initiant le futur cycle Zatoïchi
Le résultat final, souvent jubilatoire, a connu un très beau succès au Japon lors de sa sortie, faisant de Shintarô Katsu une vedette de premier plan. Il attendra tout de même encore deux ans avant qu’on lui propose de redevenir un masseur aveugle, cette fois-ci en tant que représentant du Bien, dans La Légende de Zatoïchi : Le Masseur aveugle (Kenji Misumi, 1962). Là, le triomphe sera tellement important qu’une saga totalisant 26 titres en sera issue. Désormais, Shintarô Katsu devient une star incontournable, et ceci malgré ses excès d’humeur, son alcoolisme avéré et ses addictions à la drogue qui entameront petit à petit sa notoriété.
Film rare, mais d’excellente tenue, Les Origines de Zatoïchi : le Bandit aveugle a été intégré au coffret Zatoïchi – Les Années Daiei – Volume 1 édité par Roboto Films. Il s’agit assurément d’une belle découverte, même si très éloignée de la saga culte.
Critique de Virgile Dumez
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Kazuo Mori, Shintarô Katsu, Tamao Nakamura, Mieko Kondô
Mots clés
Cinéma japonais, Les handicapés au cinéma, Le viol au cinéma, La violence faite aux femmes, La cécité
