Pâtissant d’un scénario trop alambiqué, La Légende de Zatoichi : Le Fugitif n’en demeure pas moins un quatrième volet intéressant grâce à une dernière demi-heure fort réussie. Il s’agit du plus gros succès commercial de la franchise.
Synopsis : À son arrivée dans la ville de Shimonita, Ichi apprend qu’un chef yakuza local a mis sa tête à prix. Pris au piège, il découvre qu’un ancien amour a été assassiné. Dévoré par la colère, il part affronter les meurtriers : un rōnin mercenaire et son clan.
Zatoïchi se paye un nouveau scénariste
Critique : Jusqu’alors toujours scénarisée par Minoru Inuzuka, la saga Zatoïchi connaît un tournant important en 1963 puisque c’est Seiji Hoshikawa qui signe pour la première fois le script du quatrième opus intitulé La Légende de Zatoïchi : Le Fugitif. L’auteur est davantage spécialisé dans les histoires de yakuzas complexes et tortueuses et il a eu tendance à gommer l’aspect quelque peu mélodramatique de la franchise.

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Pourtant, lors de la validation de son scénario, les producteurs ont exigé une réécriture par Minoru Inuzuka afin qu’il réintroduise le personnage d’Otane, l’ancien amour de Zatoïchi, toujours interprétée par la charismatique Masayo Banri. Cela constitue sans aucun doute la meilleure idée de l’épisode qui gagne en puissance grâce à la fin malheureuse de ce beau personnage, donnant ainsi davantage d’ampleur à la vengeance du masseur aveugle.
Une intrigue plus confuse que d’habitude
Toujours réalisé par Tokuzô Tanaka qui a effectué un travail remarquable sur le précédent épisode, Le Fugitif lui est toutefois nettement inférieur à cause d’un scénario inutilement complexe et que l’on peut même qualifier de confus. En multipliant le nombre de personnages secondaires et les sous-intrigues, le scénariste Seiji Hoshikawa perd parfois le fil de son histoire et rend la projection cryptique à plusieurs moments.
D’ailleurs, la pédale douce a été également mise sur l’action puisque la première heure espère nous passionner avec une intrigue de palais où des chefs yakuzas tentent de posséder le territoire d’un jeune héritier inexpérimenté et naïf. Zatoïchi, dont la tête a été mise à prix, se retrouve donc dans ce village au milieu d’un panier de crabes. Ses interventions ne sont pas toujours compréhensibles, de même que les raisons profondes de certains protagonistes secondaires.
La dernière demi-heure réhausse le niveau
Pâtissant d’une écriture mal maîtrisée, La Légende de Zatoïchi : Le Fugitif compense cette évidente faiblesse par une dernière demi-heure bien plus convaincante. Ainsi, l’attaque finale d’une trentaine d’hommes dans la grange abandonnée – superbe décor au passage – possède une belle énergie et démontre que le cinéaste Tokuzô Tanaka n’est pas un manchot, même si son style est nettement moins flamboyant que celui de Kenji Misumi. Enfin, le duel final entre Zatoïchi et son antagoniste joué à merveille par Jutarô Kitashiro est un beau moment de cinéma qui anticipe les instants suspendus qui feront la gloire du western italien quelques temps plus tard, preuve de l’influence majeure du cinéma japonais sur l’œuvre de Sergio Leone.

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Enfin, le long métrage ne serait pas aussi agréable à suivre sans le jeu toujours aussi magistral de Shintarô Katsu, décidément en pleine possession de ses moyens dans ce rôle iconique. Il est soutenu ici par la jeune Miwa Takada qui allie grâce et charme dans une sous-intrigue à la Roméo et Juliette. Le résultat constitue un épisode de qualité, même si on est en droit de le trouver plus faible à cause d’une histoire trop compliquée.
Le plus gros succès japonais de la franchise
Cela ne l’a pas empêché de connaitre un énorme succès commercial au Japon, atteignant des recettes records qui en ont fait l’épisode le plus lucratif de toute la saga. A partir de ce quatrième film, il était certain que la firme Daiei n’allait pas abandonner ce personnage lui rapportant gros à chaque itération. De manière étonnante, le métrage n’est jamais sorti en France et n’a même pas eu droit à une redécouverte en DVD lors de la parution de la fausse intégrale chez Wild Side Vidéo. Il a donc fallu attendre décembre 2025 pour découvrir le long métrage en France dans le coffret Zatoïchi – Les Années Daiei – Volume 1 édité par Roboto Films.
Critique de Virgile Dumez
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Biographies +
Tokuzô Tanaka, Shintarô Katsu, Masayo Banri, Miwa Takada, Jutarô Kitashiro (Jutarô Hôtô)
Mots clés
Cinéma japonais, Franchise : Zatoïchi, Les handicapés au cinéma, La cécité, Les samouraïs au cinéma

