Troisième volet de la saga, La Légende de Zatoïchi : Un nouveau voyage constitue l’un des sommets de la franchise grâce à un aspect crépusculaire et dramatique, sublimé par l’interprétation magistrale de Shintarô Katsu.
Synopsis : Zatoïchi tente de se retirer dans son village natal, mais la violence le rattrape lorsqu’il se retrouve mêlé à un conflit entre un clan de yakuzas et des villageois opprimés.
Retour aux sources pour Zatoïchi
Critique : Après l’énorme succès rencontré au Japon par les deux premiers volets de la saga La Légende de Zatoïchi, le studio Daiei a bien l’intention d’exploiter au maximum cette poule aux œufs d’or. Aussi, ils commandent aussitôt au scénariste Minoru Inuzuka – qui a déjà œuvré sur les deux précédents opus – une suite qui permettrait d’en connaître davantage sur ce personnage resté encore énigmatique.
Le scénariste a donc l’excellente idée de renvoyer Zatoïchi dans son village natal où il va retrouver la vieille femme qui l’a élevé, ainsi que son maître nommé Banno. Pourtant, ce retour aux sources ne va pas se passer comme prévu et Zatoïchi va devoir faire face au choix le plus important de sa vie lorsque la jolie Yayoi lui propose de l’épouser et donc d’abandonner sa vie d’errance liée à son statut de yakuza.
Le cinéaste Tokuzô Tanaka accentue l’aspect dramatique de la franchise
Avec La Légende de Zatoïchi : Un nouveau voyage (1963), l’auteur revient davantage à l’ambiance du premier volet en confrontant le personnage principal à un dilemme moral : doit-il abandonner son mode de vie et ainsi trouver la rédemption ou est-il condamné à errer sans fin, victime d’une malédiction tenace ?

© 1960 Kadokawa Corporation / Jaquette : Pénache pour Roboto Films. Tous droits réservés.
Afin de rendre palpable ces interrogations, les pontes de la Daiei choisissent de confier la réalisation de ce troisième épisode au cinéaste Tokuzô Tanaka. Celui-ci n’est pas un inconnu au Japon car il a participé à l’essor de la carrière de la star Shintarô Katsu en signant plusieurs épisodes de la saga des Akumyô, à partir de 1961. Le cinéaste est réputé pour son sérieux et pour posséder une sensibilité commune à celle de Kenji Misumi, auteur du magnifique premier épisode. D’ailleurs, ici, il parvient quasiment à en retrouver la saveur en accentuant l’aspect dramatique. Il utilise notamment à bon escient la très mélancolique musique de Akira Ifukube lors des passages émouvants, tandis qu’il s’abstient de tout ajout lors des combats, dont la violence suffit à animer l’écran.
Le premier Zatoïchi en couleurs
Bien entendu, l’ajout majeur de ce troisième volet vient de la couleur qui est également utilisée de manière à donner un aspect crépusculaire à l’intrigue. En fait, le retour de Zatoïchi dans son village natal ressemble davantage à un long chemin de croix puisqu’il va notamment devoir affronter les conséquences de ses actes, tout en se rendant compte de la duplicité et de la rouerie de son ancien maître. Petit à petit, les nœuds de l’intrigue se resserrent autour des protagonistes et amène le long métrage sur les terres de la tragédie pure et simple.
Pour cela, le drame bénéficie d’une réalisation maîtrisée de Tokuzô Tanaka. Ce dernier sait parfaitement équilibrer les moments de tension et d’émotion. Il est aidé en cela par des acteurs au meilleur de leur forme. Shintarô Katsu connaît désormais par cœur le personnage qu’il incarne et qui va marquer à jamais sa vie. Face à lui, le maître fourbe est interprété par l’excellent Seizaburô Kawazu, déjà vu chez des maîtres comme Mizoguchi, Kurosawa et Kenji Misumi. Celui-ci parvient à rendre son personnage complexe, à la fois attachant par certains côtés, mais aussi haïssable par d’autres. Enfin, l’actrice Mikiko Tsubouchi incarne avec vigueur la sœur de l’antagoniste qui tombe amoureuse de Zatoïchi et qui pense pouvoir le réformer. Elle contribue beaucoup à la crédibilité de cette sous-intrigue sentimentale touchante.
Un film resté longtemps inédit en France
Alternant scènes de combats efficaces, moments intimistes poignants et même une réflexion plutôt approfondie sur la possibilité ou non d’une rédemption pour des criminels professionnels, La Légende de Zatoïchi : Un nouveau voyage est assurément un très bel épisode et peut aisément compter parmi les moments forts de la saga. Pourtant, il n’est jamais sorti en France, ni au cinéma, ni en vidéo, et ceci jusqu’à sa récente publication au sein du coffret Zatoïchi – Les Années Daiei – Volume 1 édité par Roboto Films en 2025.
Critique de Virgile Dumez
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Tokuzô Tanaka, Shintarô Katsu, Mieko Kondô, Mikiko Tsubouchi, Seizaburô Kawazu
Mots clés
Cinéma japonais, Franchise : Zatoïchi, Les handicapés au cinéma, La cécité, Les samouraïs au cinéma
