La grande frousse (La cité de l’indicible peur) : la critique (1964)

Comédie, Fantastique, Policier | 1h20min / 1h34min
Note de la rédaction :
7/10
7
La grande frousse, l'affiche

  • Réalisateur : Jean-Pierre Mocky
  • Acteurs : Bourvil, Francis Blanche, Jean Poiret, Véronique Nordey, Jacques Dufilho, Jean-Louis Barrault, Victor Francen, Raymond Rouleau
  • Date de sortie: 28 Oct 1964
  • Nationalité : Français
  • Titre original : La grande frousse (titre cinéma 1964) / La cité de l'indicible peur (titre voulu par Mocky et récupéré en 1972)
  • Titres alternatifs : The Big Scare (Titre international) / O Inspector Original (Portugal) / Angst in der Stadt (Allemagne)
  • Année de production : 1964
  • Scénariste(s) : Jean-Pierre Mocky, Gérard Klein d'après le roman de Jean Ray, La Cité de l'indicible peur / Dialogues : Raymond Queneau
  • Directeur de la photographie : Eugen Schüfftan
  • Compositeur : Gérard Calvi
  • Société(s) de production : A.T.I.C.A., Société Nouvelle de Cinématographie (SNC), Raimbourg
  • Distributeur (1ère sortie) : Consortium Pathé
  • Distributeur (reprise) : Castor Films
  • Date de reprise : 28 juin 1972 (sous le titre La cité de l'indicible peur)
  • Éditeur(s) vidéo : Pathé (DVD, 2005) / ESC Editions (DVD et Blu-ray, 2019)
  • Date de sortie vidéo : 7 mai 2019 (blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 679 693 entrées / 150 377 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.66 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : Vanni Téaldi
  • Crédits : Mocky Delicious Products
Note des spectateurs :
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Œuvre iconoclaste, La grande frousse ou La cité de l’indicible peur mélange farce burlesque, fantastique et critique de la bourgeoisie dans un grand bain anarchisant plutôt réjouissant. Un bon Mocky.

Synopsis : Le candide inspecteur Triquet, à la poursuite d’un dangereux faussaire, est conduit par son enquête dans une sinistre ville d’Auvergne où tout n’est que mensonge, hypocrisie et dissimulation. Les habitants, terrorisés par une bête mystérieuse, ont tous un comportement étrange alors que les meurtres se multiplient…

Un projet iconoclaste mené conjointement avec Raymond Queneau

Critique : En 1963, le réalisateur Jean-Pierre Mocky obtient un énorme succès populaire avec son cinquième long-métrage intitulé Un drôle de paroissien. Bien que très contestataire, le long-métrage a bénéficié de l’énorme popularité du comique Bourvil qui a apporté à Mocky le plus grand succès de sa carrière avec 2,3 millions de spectateurs sur toute la France. Désormais choyé par les producteurs, Mocky cherche à se diversifier et à aborder un genre alors peu couru en France, à savoir le fantastique. Raymond Queneau lui conseille notamment de lire les œuvres de l’écrivain belge Jean Ray.

La cité de l'indicible peur, jaquette blu-ray

© 1972 Mocky Delicious Products / © 2019 ESC Editions. Tous droits réservés.

Mocky se déplace jusqu’en Belgique pour rencontrer l’auteur et parvient à lui arracher les droits d’adaptation de son roman La cité de l’indicible peur publié en 1943. Cette œuvre prenait pour cible la bourgeoisie belge (même si l’action était déplacée en Ecosse), ce qui était finalement facilement transposable en France et rejoignait les obsessions contestataires du jeune réalisateur. Une fois les droits dans la poche, Mocky a travaillé sur le scénario avec Gérard Klein, tout en collaborant avec Raymond Queneau pour les dialogues. Dès lors, le projet a pris des allures de plus en plus absurdes jusqu’à transformer l’œuvre en une comédie délirante et quasiment surréaliste.

Mocky mélange acteurs de cabaret et de théâtre classique

Histoire de donner à son film une tonalité encore plus étrange, Jean-Pierre Mocky décide de mêler un casting de jeunes espoirs issus du cabaret comme Jean Poiret ou Francis Blanche, avec des grosses pointures du théâtre français, considérés comme passés de mode par les spectateurs d’alors. On compte parmi eux des sommités du théâtre comme Jean-Louis Barrault, Victor Francen ou encore Raymond Rouleau. Trônant au sommet de ce casting quatre étoiles, Bourvil est incontestablement la star sur laquelle le projet entier a été monté.

A revoir de nos jours, on se dit qu’il a sans doute fallu batailler pour imposer un tel projet, totalement iconoclaste aux producteurs. Bourvil a certainement pesé lourd dans la balance. Effectivement, le long-métrage ne correspond à rien de définissable au sein de la production française de l’époque. Ainsi, l’intrigue mélange de manière étrange comédie loufoque, fantastique barge et dénonciation franche de l’hypocrisie bourgeoise.

Le charme discrètement meurtrier de la bourgeoisie

Il faut tout d’abord s’habituer au jeu totalement caricatural de l’ensemble du casting. Chaque personnage est ainsi affublé d’un tic (Bourvil possède une démarche stupide, Poiret et Rouleau ont des tics verbaux, Francis Blanche arbore un accent ridicule), ce qui peut s’avérer un peu lourd au bout d’un moment. Toutefois, cette plongée dans le pur burlesque outrancier a le mérite de nous précipiter au cœur d’une œuvre qui ne sera jamais celle à laquelle on s’attend. Ainsi, l’intrigue policière n’est jamais guidée par un impératif narratif, mais bien par les hasards qui font que l’inspecteur nigaud incarné par Bourvil tombe sur des éléments essentiels.

Si l’inspecteur est bien envoyé dans ce village perdu pour résoudre une affaire, il ne fera que déterrer les cadavres enfouis par une bourgeoisie locale inquiète de maintenir son influence sur la populace. Alors que l’enquêteur cherche surtout à éviter les drames, il en provoque un nombre conséquent par sa gaucherie et sa simple présence. L’occasion pour Mocky de dénoncer une fois de plus l’hypocrisie de la bourgeoisie de province et de souligner la médiocrité inhérente de cette élite locale.

Un film coupé par les producteurs

Certes, tous les passages ne se valent pas et Mocky se prend parfois les pieds dans le tapis de la farce (en allant trop loin, ce qui deviendra son péché mignon), mais il livre tout de même de beaux moments de cinéma. D’abord parce qu’il bénéficie de la très belle photographie d’Eugen Schüfftan – on pense beaucoup aux Yeux sans visage de Franju ou encore au Diabolique docteur Orlof de Franco – mais aussi parce qu’il se sert au mieux de son décor principal. Les amateurs de cinéma bis apprécieront également les interventions drolatiques de la fameuse bête, franchement Z, ainsi qu’une certaine ambiance fantastique que Mocky retrouvera plus tard dans son curieux Litan (1982).

Une fois le tournage achevé, les producteurs ont malheureusement repris la main sur le produit fini. Ils ont notamment décidé de changer le titre en La grande frousse qui leur paraissait plus vendeur. Enfin, ils ajoutent un prologue pour guider le spectateur et coupent plus de dix minutes du film. Furieux de ces décisions unilatérales, Raymond Queneau a demandé que son nom n’apparaisse plus au générique.

La sortie ratée et la renaissance progressive d’une comédie ambitieuse

Sorti en octobre 1964, La grande frousse déçoit les attentes des producteurs et peut être considéré comme un gros échec pour une œuvre avec Bourvil. Mais l’histoire du long-métrage ne s’arrête pas là puisque Jean-Pierre Mocky est parvenu à en récupérer les droits au début des années 70. Il choisit de remonter le tout et de redonner au film son titre d’origine, à savoir La cité de l’indicible peur. Le métrage est de retour dans les salles en juin 1972 et obtient cette fois-ci des critiques plus positives que lors de sa sortie initiale.

Désormais, le film est disponible en blu-ray chez ESC Editions dans cette version complète d’une durée d’une heure et trente-quatre minutes, bénéficiant d’une copie d’excellente tenue.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 28 octobre 1964

Les sorties de la semaine du 28 juin 1972

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La grande frousse, l'affiche

© 1972 Mocky Delicious Products / Affiche : © Vanni Téaldi. Tous droits réservés.

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