Eva de Benoît Jacquot : la critique du film (2018)

Thriller | 1h40min
Note de la rédaction :
5.5/10
5.5
Affiche de Eva, avec Isablle Huppert - un film de Benoît Jacquot

  • Réalisateur : Benoit Jacquot
  • Acteurs : Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel, Richard Berry, Julia Roy, Marc Barbé
  • Date de sortie: 07 Mar 2018
  • Nationalité : Français
  • Année de production : 2017
  • Scénariste(s) : Benoît Jacquot, Gilles Taurand
  • Directeur de la photographie : Julien Hirsch
  • Compositeur : Bruno Coulais
  • Société(s) de production : EuropaCorp, Macassar Productions
  • Distributeur (1ère sortie) : EuropaCorp Distribution
  • Éditeur(s) vidéo : EuropaCorp
  • Date de sortie vidéo : 13 septembre 2018
  • Box-office France / Paris-périphérie : 153 638 entrées / 45 825 entrées
  • Budget : 5 240 000€
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : 5.1
  • Festivals et récompenses : Sélection officielle Berlin 2018
  • Illustrateur / Création graphique : Rysk
  • Crédits : 2017 Macassar Productions - EuropaCorp - Arte France Cinéma - NJJ Entertainment - Scope Pictures
Note des spectateurs :
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Eva offre un nouveau rôle vénéneux à Isabelle Huppert qui retrouve L’école de la chair, à l’occasion d’un suspense séduisant, autour de cet obscur objet du désir. Au-delà de quelques errances scénaristiques, le cinéaste Benoit Jacquot se prête plutôt bien aux codes du polar ténébreux, quoique déroutant.

Synopsis : Tout commence par une tempête de neige. Eva, troublante et mystérieuse, fait irruption dans la vie de Bertrand, écrivain prometteur. Cette rencontre va bouleverser Bertrand jusqu’à l’obsession et le fera glisser jusqu’à sa perte.

Critique : Eva de Benoit Jacquot n’est pas celui de Joseph Losey, avec Jeanne Moreau. Différent, non antinomique pour autant, même si leurs intrigues suivent des pistes libres différentes. La belle Eva, dans les deux cas, est issue de l’imaginaire foisonnant du romancier britannique, James Hadley Chase, qui publia le roman éponyme en 1946. Oui, déjà.

Fasciné par le bouquin, Benoit Jacquot s’écarte donc de son cinéma habituel, fait de spectacles vivants filmés, de drames naturalistes, d’introspections de femmes tempétueuses, d’adaptations de classiques en costume, pour un genre hitchcockien, où l’on avait retrouvé Ozon quelques mois plus tôt auparavant (L’amant double), au risque de déconcerter.

Huppert et l’école de la chair de Benoit Jacquot

Point fédérateur pour l’auteur, la présence au générique de sa muse, Isabelle Huppert qu’il retrouve, encore et toujours, après des rôles forts dans Les ailes de la colombe (1981) ou Villa Amalia (2009). Pour son vingt-cinquième long, celui qui entraîna l’actrice dans L’école de la chair (1998) lui confère cette fois-ci un nouveau rôle ambigu, sorte d’icône létale que peut représenter la femme fatale. Huppert en diamant brut, vénéneuse pour l’homme qui s’y frotte d’un peu trop près. Elle est aussi le portrait d’une certaine bourgeoisie déchue, à la vertu à louer, pas aussi indépendante des hommes qu’elle le prétend au premier abord, puisque c’est bien un homme qui la tient par la laisse. Paradoxalement, on parle ici du joug de l’amour, de la passion…

Peu éloignée de l’univers provincial chabrolien, qui avait le mérite de la constance, la peinture brossée par Jacquot cherche à perdre le spectateur dans des circonvolutions séduisantes, mais pas forcément toujours abouties (la disparition inexpliquée du personnage de Richard Berry !).

Le personnage masculin central, joué par Gaspard Ulliel, impeccable dans sa présence de moins en moins gamine, glissant dangereusement entre différents mondes, n’est pas des protagonistes centraux les plus charismatiques ; il rend même toute identification, voire empathie, impossible. Son rapport méprisant et distant à l’autre, homme ou femme, déstabilise. Et pourtant, il faudra se contenter de son regard, de ses fantasmes et de son goût inné pour l’autodestruction. Son passé peu reluisant de petite frappe opportuniste, son présent d’usurpateur de carrière, gloire sans talent d’un soir dans un microcosme artistique tout aussi vain, évolue dans des milieux où l’argent dicte sa loi, se joue, flambe. Il offre un pouvoir déstabilisant pour celui qui ne sait pas où arrêter ses délires, précipitant les rares personnages équilibrés à leur perte.

Eva, entre Chabrol et Hitchcock déroute

La contrepartie féminine d’Ulliel est jouée par Huppert, ténébreuse, affranchie de toute morale, incarnant un âge fascinant aux yeux d’un jeune homme qui y voit son reflet, la mère à tuer, la femme à aimer, du moins à désirer à en mourir. Huppert, toujours à l’aise dans un cinéma borderline, convoque une légère teinte d’érotisme, d’autodérision également, jusque dans les tenues pas toujours très classe qu’affectionne la clientèle. L’actrice joue, avec un détachement presque comique, tout en gardant le voile de mystère qui rend le suspense haletant. Mais, dans le bestiaire des femmes fatales, est-elle la garce attendue ?

Dans ce jeu complexe du manipulateur manipulé, on aime se laisser bercer. Le thriller noir façonne son suspense autour de cet obscur objet du désir et de la convoitise de ce qui est inaccessible. On marche souvent, même si la fin abrupte déroute plus qu’elle ne convainc. Benoit Jacquot en prétendant aux codes d’un certain cinéma de genre a donc ses limites, celui de l’auteur qui ne tient pas à s’effacer derrière de trop grosses ficelles. C’est tout à son honneur, mais plus d’un spectateur en ressortira dérouté.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 7 mars 2018

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Affiche de Eva, avec Isablle Huppert - un film de Benoît Jacquot

Affiche : Rysk – Copyrights : 2017 Macassar Productions – EuropaCorp – Arte France Cinéma – NJJ Entertainment – Scope Pictures

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