En même temps : la critique du film (2022)

Comédie politique | 1h48min
Note de la rédaction :
5/10
5
En même temps, l'affiche

Note des spectateurs :

En même temps démarre sur les chapeaux de roues avant de caler en cours de route, faute d’un script charpenté. Les acteurs, heureusement, sauvent en partie les meubles.

Synopsis : A la veille d’un vote pour entériner la construction d’un parc de loisirs à la place d’une forêt primaire, un maire de droite décomplexée essaye de corrompre son confrère écologiste. Mais ils se font piéger par un groupe de jeunes activistes féministes qui réussit à les coller ensemble. Une folle nuit commence alors pour les deux hommes, unis contre leur gré.

Un état des lieux humoristique de la politique française

Critique : A l’approche du premier tour des élections présidentielles, le fameux duo Benoît Delépine et Gustave Kervern revient mettre un grand coup de pied dans la fourmilière avec leur nouvelle comédie politique intitulée de manière ironique En même temps. La formule est généralement attribuée au président Emmanuel Macron qui s’est toujours présenté comme au-dessus des clivages partisans. Pourtant, la comédie n’est pas centrée sur le parti au pouvoir, mais bien sur l’opposition qui cherche à faire prévaloir ses idées dans une France minée par les extrêmes.

L’idée de départ, totalement absurde, a le mérite de l’originalité et de ne pas détonner au cœur du cinéma foutraque du duo : des militantes féministes parviennent à coller ensemble deux maires que tout oppose. L’un – excellent Jonathan Cohen – est un élu d’extrême droite qui veut construire un parc d’attraction à la place d’une forêt primaire, tandis que l’autre est un maire écologiste qui s’oppose farouchement au projet. Durant la première demi-heure, les deux cinéastes dressent un état des lieux de la politique française plutôt intéressant.

En même temps commence par flinguer tous les bords

Ils flinguent à tout va et critiquent aussi bien l’odieux personnage d’extrême droite (qui cumule tous les défauts, de menteur à infidèle en passant par raciste et insensible au malheur des autres) qu’une certaine gauche écolo peu affriolante. Incarné par un Vincent Macaigne égal à lui-même, le gauchiste écolo s’avère être un bien triste personnage qui fait passer son idéologie avant toute empathie envers les êtres humains. D’une tristesse manifeste, le personnage incarne à lui seul cette fameuse écologie punitive qui ne risque pas d’attirer les électeurs.

Face à eux, les citoyens sont de plus en plus vindicatifs, toujours prêts à critiquer les hommes politiques, sans jamais être une force réelle de proposition. En même temps critique donc sans contestation possible les élus, mais tente également de montrer la difficulté de leur action au quotidien, devant notamment surfer entre les différents mécontentements – souvent contradictoires. Enfin, la première partie moque également un certain activisme féministe outrancier, à travers un trio de jeunes femmes inconséquentes (très justes Doully, Jehnny Beth et India Hair).

Quand la comédie vire au tract militant

Durant cette première demi-heure, les deux compères tirent donc à boulets rouges de tous les côtés et parviennent à glisser çà et là quelques gags absurdes dont ils ont toujours eu le secret (toutes les scènes dans le bar nommé le FMI sont vraiment drôles). Malheureusement, une fois le pitch de départ enclenché, le scénario patine petit à petit et les auteurs s’embourbent progressivement dans un schéma narratif répétitif et surtout peu crédible sur le plan psychologique.

Ainsi, on imagine mal le maire d’extrême droite changer d’avis aussi vite et se ranger ainsi derrière la décision de l’écolo comme il le fait ici. Certes, le film semble militer pour une meilleure entente entre les diverses formations politiques, mais c’est un leurre puisque l’un des protagonistes doit pour cela opérer une conversion aux idées de l’autre. Si le long-métrage se veut donc ouvertement écologiste, il prend également parti pour ce groupe de féministes extrémiste lors d’un final militant dont on se serait volontiers passé. En fait, le problème d’En même temps vient du fait que les auteurs ont oublié petit à petit d’écrire une comédie pour faire de leur film un tract politique.

Un casting réjouissant pour une œuvre trop inégale

Dès lors, ils tombent justement dans le travers qu’ils dénonçaient en début de long-métrage en se faisant donneurs de leçons et moralisateurs. Alors que l’orientation politique des deux auteurs n’a jamais été un mystère, ils ont toujours su maintenir une certaine finesse d’analyse (hormis dans leur autre raté : Le grand soir) qui a tendance à s’étioler ici au profit d’un militantisme bas du front qui risque de leur aliéner une grande partie du public.

Si l’on met de côté l’aspect purement politique, En même temps est également une comédie mal fichue qui démarre sur les chapeaux de roue pour caler en cours de route et ne jamais tirer profit de sa situation initiale. D’où un sentiment de déception qui est heureusement en partie compensé par l’excellence de l’interprétation de l’ensemble du casting. Outre les deux acteurs principaux, on aime les apparitions de Yolande Moreau en tenancière d’un bar de province miteux, de Thomas VDB en vétérinaire ou encore de François Damiens en cowboy de bazar. Leurs interventions ont d’ailleurs lieu durant la première partie d’un film décidément très inégal et qui ne comptera pas parmi les réussites majeures d’un duo que l’on apprécie toujours, malgré ce faux pas.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 6 avril 2022

En même temps, l'affiche

© 2022 Ad Vitam Production – No Money Productions Affiche : Laurent Pons (photo) – Benjamin Seznec (design) – Troïka (agence). Tous droits réservés.

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François Damiens, Thomas Vandenberghe, Vincent Macaigne, Yolande Moreau, Gustave Kervern, Jonathan Cohen, Laetitia Dosch, Jehnny Beth, India Hair, Benoît Delépine, Anna Mouglalis, Doully Millet

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En même temps, l'affiche

Bande-annonce d'En même temps

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