Kung-fu comédie totalement délirante, Dragons Forever bénéficie de scènes de combats dantesques et de moments désopilants qui sont la marque des grandes réussites dans un genre bis souvent médiocre.
Synopsis : Des pêcheurs ayant porté plainte contre une usine chimique locale polluante, la mystérieuse société embauche l’avocat Jackie Lung pour trouver des informations qui les discréditent. Il fait appel à son ami Wong, le marchand d’armes, pour qu’il fasse la cour à la propriétaire de l’entreprise de pêche, Mlle Yip, et tente de la convaincre de renoncer au procès. Lung fait aussi appel à Tung, inventeur farfelu et délinquant professionnel, pour mettre sur écoute son appartement.
Le retour d’un trio à succès
Critique : Durant leur formation à l’Académie d’étude du théâtre chinois, Jackie Chan, Sammo Hung, Biao Yuen et Corey Yuen ont bénéficié de l’enseignement du même maître à la discipline de fer. Ils ont ainsi développé une camaraderie qui s’est mue en amitié, et plus tard, en collaboration sur le plan artistique. Ainsi, le trio formé par Jackie Chan, Sammo Hung et Biao Yuen a connu de beaux succès au cours des années 80 avec des œuvres comme Le Marin des mers de Chine (Jackie Chan, 1983), Le Flic de Hong-Kong (Sammo Hung, 1985), Le Flic de Hong Kong 2 (Sammo Hung, 1985) et Action Force 10 / Le Marin des mers de Chine 2 (Jackie Chan, 1987).
Ces réussites commerciales successives poussent donc la Golden Harvest à investir dans Dragons Forever (1988), conçue comme une kung-fu comédie destinée à cartonner partout en Asie. Le producteur Raymond Chow engage donc le scénariste Gordon Chan pour tisser un canevas simple qui met une petite entreprise de pêche à la merci de gangsters se servant d’une usine polluante afin de masquer un trafic de drogues. Toutefois, le scénariste propose aux trois comédiens des contre-emplois qui vont s’avérer meurtriers sur le plan commercial.
Des acteurs dans des contre-emplois étonnants
Ainsi, Jackie Chan interprète un avocat sans scrupule qui travaille pour des crapules, tout en étant un dragueur invétéré. Biao Yuen joue un abruti congénital, alors qu’il est généralement abonné aux rôles de victimes. Enfin, Sammo Hung troque son personnage timide pour un homme plutôt entreprenant. Il est évident que les acteurs s’en sont donnés à cœur joie dans des emplois qu’ils n’ont pas l’habitude de tenir d’ordinaire. Cela fait assurément toute l’originalité de ce Dragons Forever qui a juste eu la témérité de prendre le public hongkongais à rebrousse-poil.

© 1988 Fortune Star Media Limited / © 1999 René Chateau Vidéo. Tous droits réservés.
A revoir de nos jours, le long métrage peut pourtant être considéré comme l’une des plus belles réussites du trio. Tout d’abord parce que les scènes humoristiques s’avèrent souvent très drôles, voire franchement hilarantes. Ainsi, le choix de mêler burlesque comme au temps du cinéma muet et vaudeville avec quiproquos et portes qui claquent fait oublier le jeu outré des comédiens – une caractéristique locale. En fait, le montage très dynamique offre à la comédie un tempo frénétique qui emporte tout sur son passage.
Des scènes martiales à couper le souffle
A cela, il faut ajouter la contribution majeure du réalisateur et cascadeur Corey Yuen qui livre un nombre impressionnant de combats tous plus dingues les uns que les autres. Bien entendu, l’agilité de Jackie Chan nous laisse encore pantois, mais ses partenaires ne sont pas en reste et on se demande encore comment certains comédiens ont pu se relever après de telles cascades. Certes, le scénario n’est qu’un simple prétexte pour multiplier les combats et les situations comiques, mais l’efficacité de la réalisation de Sammo Hung et Corey Yuen balaie toute résistance face à un spectacle totalement régressif, souvent très bis jusque dans l’emploi d’une musique kitsch assez ridicule.
Sublimé par un montage d’une énergie folle, Dragons Forever peut aussi compter sur la parfaite alchimie entre des comédiens acrobates qui se connaissent fort bien et dont la complicité dans la vie rejaillit inévitablement à l’écran. Fort de ses scènes d’action spectaculaires, de ses moments de comédie hilarants et d’un dynamisme rarement égalé, Dragons Forever avait tous les atouts pour cartonner en salles. Pourtant, ce ne fut aucunement le cas lors de sa sortie, aussi bien à Hong Kong qu’au Japon où les résultats furent décevants. Le public asiatique n’a apparemment pas apprécié que ses stars incarnent des personnages trop éloignés de leur image habituelle. D’ailleurs, l’échec fut tel que le trio formé par Jackie Chan, Sammo Hung et Biao Yuen ne s’est jamais reformé par la suite.
Un échec commercial asiatique qui a condamné le film en France
Cela explique sans doute sa sortie française plutôt compliquée. Si l’on en croit le site Encyclociné et l’existence d’une affiche cinéma, Dragons Forever a bien été projeté dans des salles françaises de province, le tout sous la houlette de René Chateau. Le métrage n’a pourtant jamais été distribué à Paris et sa date de sortie en province demeure mystérieuse, quelque part entre 1989 et 1990. Finalement, René Chateau a édité cette rareté en VHS à partir de 1993 dans une collection consacrée à Jackie Chan, puis en DVD en 1999.
Depuis cette époque, le métrage a été récupéré par HK Vidéo qui l’a édité en DVD en 2009, avant que Metropolitan Vidéo ne s’empare des droits pour l’inclure dans un de ses coffrets de 10 films consacrés au petit dragon. On notera que si la kung-fu comédie a eu le droit à une sortie blu-ray à l’étranger, il n’en est toujours pas question chez nous.
Critique de Virgile Dumez
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Corey Yuen, Jackie Chan, James Tien, Biao Yuen, Sammo Hung, Dick Wei, Roy Chiao, Fruit Chan
Mots clés
Cinéma hongkongais, Kung-fu Comédie, Comédie d’action, Les avocats au cinéma, Les gangsters au cinéma