Dent pour dent : la critique du film (1984)

Action, Arts martiaux, Policier | 1h46min
Note de la rédaction :
4,5/10
4,5
Dent pour dent, l'affiche

  • Réalisateur : Steve Carver
  • Acteurs : Christopher Lee, Mako, Chuck Norris, Richard Roundtree, Matt Clark
  • Date de sortie: 11 Juil 1984
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : An Eye for an Eye
  • Titres alternatifs : Coups pour coups (titre québécois et VHS français) / Der Gigant (Allemagne) / Golpe por golpe (Espagne) / Olho por Olho (Portugal) / Oko za oko (Pologne) / Mr. Karate, el destructor (Mexique) / Triade chiama canale 6 (Italie) / Te nem lehetsz gyilkos (Hongrie) / Fighteren (Danemark) / O Ajuste de Contas (Brésil),
  • Année de production : 1981
  • Autres acteurs : Maggie Cooper, Rosalind Chao, Professeur Toru Tanaka
  • Scénaristes : James Bruner, William Gray
  • Monteur : Anthony Redman
  • Directeur de la photographie : Roger Shearman
  • Compositeur : William Goldstein
  • Chef maquilleur : -
  • Cheffe décoratrice : Sandy Veneziano
  • Directeur artistique : Vance Lorenzini
  • Producteur : Frank Capra Jr.
  • Producteur exécutif : Robert Rehme
  • Sociétés de production : Adams Apple Film Company, South Street Films, Wescom Barber International
  • Distributeur : UGC
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : Embassy (VHS, 1984) / Nelson Entertainment (VHS) / Atlantic Home Vidéo (VHS, sous le titre Coups contre coups) / TF1 Vidéo (VHS, 1992) / Une Vidéo (VHS, 1998) / Studiocanal (DVD, 2004)
  • Dates de sortie vidéo : 1984 (VHS) / 1992 (VHS) / 1998 (VHS) / 5 juillet 2004 (DVD)
  • Budget : 3 800 000 $ (soit 12 890 000 $ au cours de 2024)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 146 305 entrées / 33 499 entrées
  • Box-office nord-américain : 7 496 681 $ (soit 25 410 000 $ au cours de 2024)
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleur / Son : Mono
  • Illustrateur/Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Adams Apple Film Company, South Street Films, Wescom Barber International. All Rights Reserved. Tous droits réservés.
  • Tagline : Son arme à lui, c'est lui (VHS)
Note des spectateurs :

Dent pour dent n’est qu’un film d’action banal qui accumule les clichés et autres passages obligés dans une ambiance très seventies. L’ensemble demeure agréable à suivre malgré l’interprétation bancale de Chuck Norris.

Synopsis : Au cours d’une mission, le partenaire de l’officier Kane est abattu. Sous le choc, il apprend que la compagne de son partenaire a également été assassinée. Kane quitte alors la police de San Francisco et décide de travailler en solo pour éliminer le gang de trafiquants responsable des meurtres…

Chuck Norris, une valeur montante du film d’action

Critique : Champion du monde de karaté au début des années 70, l’Américain Chuck Norris peut s’enorgueillir d’avoir été choisi par Bruce Lee himself pour l’affronter dans son long-métrage La fureur du dragon (Bruce Lee, 1972). À la suite du succès phénoménal remporté par le film, le sportif a décidé de prendre des cours de comédie et a commencé à arpenter les terres du cinéma d’action de série B à la fin de la décennie. Parmi ses récents succès américains, on peut notamment compter La fureur du juste (Eric Karson, 1980) qui cumule près de 20 millions de dollars de l’époque pour un budget réduit de 4 millions de billets verts.

Oeil pour Oeil, affiche du film avec Chuck Norris (1983)

Chuck Norris et David Carradine s’affrontent pour Orion Pictures dans Oeil pour Oeil (Lone Wolf McQuade) Tous droits réservés.

Devenu bankable, Chuck Norris séduit de plus en plus les producteurs indépendants qui voient en lui un capital à faire fructifier. Ainsi, le producteur Frank Capra Jr., l’un des fils du célèbre réalisateur Frank Capra, décide de miser sur lui la somme de 3 800 000 $ (soit 12 890 000 $ au cours de 2024) pour financer un nouveau film d’action qui deviendra en France Dent pour dent (1981). Afin de mettre toutes les chances de son côté, le producteur engage le cinéaste de série B Steve Carver, connu pour être un technicien compétent, fiable et toujours dans les temps. Effectivement, celui-ci a fait ses classes chez Roger Corman pour lequel il a emballé de beaux succès comme Super nanas (1974) et Capone (1975), avec toujours à l’esprit des limites budgétaires contraignantes.

Une enfilade de clichés

En tout cas, avec Dent pour dent, le producteur n’a pas dû payer très cher les scénaristes James Bruner et William Gray tant ils paraissent en mode écriture automatique sur ce script. Ainsi, ils semblent accumuler tous les clichés du genre au cœur de la même histoire. Cela commence par le meurtre du partenaire du policier tête brûlée incarné sans charisme par un Chuck Norris imberbe, suscitant chez lui un naturel désir de vengeance. Par la suite, le flic baroudeur et adepte des arts martiaux ne reçoit aucun soutien de la part de sa hiérarchie (Richard Roundtree en chef de brigade bougon) et va devoir démissionner pour pouvoir approcher les méchants à sa manière inimitable, c’est-à-dire à coup de tatane dans la tronche.

Bien entendu, le grand méchant trafiquant de drogue est aussi un magnat de la presse (toujours impérial Christopher Lee, même lorsqu’il cachetonne comme ici) et le flic le plus proche de Chuck s’avère être le traitre à l’origine du meurtre initial. Rien de bien neuf sous le soleil dans cette série B qui déroule son script de manière très mécanique et prévisible.

Une petite pincée d’arts martiaux et une grosse louche de fusillades

Seule petite originalité de Dent pour dent, les affrontements et autres fusillades sont entrecoupées de combats d’arts martiaux. Cela permettait de surfer sur la vague du film de kungfu qui a déferlé sur le monde dans les années 70, tout en profitant des réelles capacités physiques de Chuck Norris.

Pourtant, le résultat n’a rien d’exceptionnel puisque les combats sont généralement courts et finalement très peu chorégraphiés. En ce sens, on préfère largement les passages où les belligérants font parler la poudre. On reconnaît alors le talent des Américains pour mettre en scène des moments proches du western. Ils paraissent nettement moins inspirés quand ils se frottent aux arts martiaux asiatiques – qu’ils accompagnent d’une horripilante musique singeant les airs traditionnels chinois.

Affiches, VHS et Blu-ray internationaux de Dent pour Dent de Steve Carver, avec Chuck Norris

Affiches, VHS et Blu-ray internationaux de Dent pour Dent de Steve Carver, avec Chuck Norris © 1981 Adams Apple Film Company – Major Studio Partners – South Street Films – Wescom Barber International. Tous droits réservés.

Dent pour dent a encore un pied dans les années 70

On peut d’ailleurs remarquer que Dent pour dent (1981), malgré son positionnement au début des années 80, ressemble davantage à un film des années 70 par son esthétique. Que ce soit dans sa photographie naturaliste, sa musique symphonique proche des téléfilms de l’époque ou encore par ses costumes à patte d’éléphant, Dent pour dent n’a pas encore pris acte de l’esthétisation des pubs et des clips vidéo, industrie alors en plein développement. Steve Carver est bel et bien un technicien des années 70 et cela se ressent dans la forme adoptée pour sa série B.

Agréable à regarder pour peu que l’on éprouve une petite nostalgie envers cette époque, Dent pour dent est loin d’être un incontournable du genre, sans doute à cause de la médiocrité du jeu de sa star, décidément en recherche de charisme devant la caméra. Toutefois, le métrage a rapporté un peu d’argent aux States avec 7 496 681 $ (soit 25 410 000 $ au cours de 2024) et surtout de bonnes ventes en VHS. Pas suffisamment en tout cas pour être vendu en France, du moins sur le moment.

Une exploitation à la faveur du sacre de Chuck Norris comme star du cinéma d’action

Il faut attendre la sortie française à succès d’Œil pour œil (Steve Carver, 1983) au mois de juillet 1983 (et ses 741 408 entrées), pour que Dent pour dent arrive sur nos écrans au mois de juillet 1984, soit trois ans après sa réalisation. Preuve de la confusion totale qui règne au sein de l’exploitation française, An Eye for an Eye (1981) ne peut être traduit littéralement par le distributeur qui doit se résoudre à utiliser Dent pour dent. Effectivement, l’année précédente, le film Lone Wolf McQuade (1983) a été exploité sous le titre Œil pour œil. De quoi y perdre son latin, surtout lorsque l’on constate que les deux films sont signés Steve Carver.

Afin de compliquer encore la donne, sachez que Dent pour dent a également été exploité en VHS sous le titre Coups pour coups par un éditeur peu scrupuleux qui en a repris la dénomination québécoise et où Chuck Norris apparaît barbu sur la jaquette. Toute une époque !

Les sous-Rambo, Mission Finale et Tonnerre./

Deux ersatz de Rambo à l’affiche en juillet 1984. Copyrights : All Rights Reserved.

Chuck Norris… avant la Cannon

Lorsqu’il paraît sur les écrans parisiens le 11 juillet 1984, Dent pour dent bénéficie de 18 salles à Paris et en périphérie, aidé par la force de frappe d’UGC qui distribue la série B opportuniste. Il décroche la 11ème place hebdomadaire à Paris-périphérie avec 18 020 bourrins dans les salles.

On peut le voir à l’UGC Ermitage, au Rex, à l’UGC Convention/Montparnasse/Boulevard/Gare de Lyon, aux 3 Secrétan, au Publicis St Germain, et aux Paramount Galaxie et Montmartre, ainsi que dans 8 salles de périphérie.

Dent pour Dent est victime du succès relatif d’une série B ultra bis, vendue sur le modèle de Rambo, le fameux Tonnerre de Fabrizio de Angelis (sous le pseudo de Larry Ludman) avec Mark Gregory. Présent dans 24 cinémas, le nanar du réalisateur de Karaté Warrior s’installe devant Chuck Norris en 10e place, avec 19 318 nostalgiques de Sylvester Stallone. Par ailleurs, parmi les nouveautés de la semaine à Paris, Vendredi 13 chapitre final trouve 29 000 entrées et se positionne en 5e place. Ironie de la situation, le film d’horreur est réalisé par Joseph Zito qui proposera un an plus tard, en juin 1985, Portés disparus avec un certain Chuck Norris, le fameux film de la Cannon qui propulsera Norris dans la catégorie des poids lourds de l’action belliqueuse. On notera également les sorties de L’homme à femmes (23 000 entrées pour la comédie de Blake Edwards, avec Burt Reynolds et Julie Andrews).

En semaine 2, Dent pour Dent s’effondre puisqu’il ne comptabilise plus que  5 703 spectateurs. Et pout cause, il ne dispose désormais que de 8 écrans, dont 4 en intra muros. Seul le Rex lui accorde plus de 1 000 spectateurs sur son site. Au moins passe-t-il devant Tonnerre qui chute à 4 916 entrées. Il faut dire que les salles doivent accueillir pléthore de nouveautés comme Les guerriers de la nuit de Walter Hill en reprise, New York deux heures du matin d’Abel Ferrara, la reprise du Faux coupable, X-Tro, Hercule de Luigi Cozzi et de la Cannon et Les branchés du bahut qui prennent d’assaut tous les 6 le top 15. On n’oubliera pas de mentionner l’apparition décevante des Exterminateurs de l’an 3000 (15 salles, 7 631 entrées en première semaine) et du Chevalier du monde perdu (15 salles, 8 460 entrées).

En 3e semaine, Chuck Norris s’isole dans l’angoisse de la disparition immédiate : 1 salle à Paris (le Rex), 3 écrans en banlieue… Le film UGC agonise à 1 739 spectateurs quand apparaissent la reprise des Seigneurs de la route (Stallone) et le sous Rambo Mission Finale, grosse sortie dans 22 salles par Parafrance (Paramount, donc).

Dent pour Dent est néanmoins récupéré par un cinéma de quartier pour 2 632 spectateurs en 4e semaine (le Gaîté Boulevard). La copie file au Paris Ciné, autre “cinéma bis” de la capitale, en 5e semaine, pour 2 119 spectateurs supplémentaires. Enfin, la semaine du 15 août, le film voyage au Gaîté Rochechouart, dans un autre quartier populaire de la ville, pour 3 286 spectateurs. Le film est devenu de la pelloche pour les classes populaires, et s’éteint donc en à 33 499 entrées.

En province, Dent pour dent va circuler en France durant tout l’été 1984, cumulant 146 305 amateurs de spectacle burné. Un score peu enthousiasmant, mais qui sera compensé par une exploitation vidéo imposante, avec de multiples sorties à la clé. Chuck Norris devra patienter encore une année pour devenir une vraie star internationale grâce à son contrat le liant à la firme Cannon. Mais ceci est une autre histoire.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 11 juillet 1984

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Dent pour dent, l'affiche

© 1981 Adams Apple Film Company – Major Studio Partners – South Street Films – Wescom Barber International. Tous droits réservés.

Biographies +

Steve Carver, Christopher Lee, Mako, Chuck Norris, Richard Roundtree, Matt Clark

Mots clés

Nanars d’action des années 80, Ciné kung-fu, La drogue au cinéma

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