Comment tuer un juge : critique du film et test blu-ray (1977)

Policier, Politique | 1h50min
Note de la rédaction :
7/10
7
Comment tuer un juge, l'affiche italienne

  • Réalisateur : Damiano Damiani
  • Acteurs : Françoise Fabian, Franco Nero, Giorgio Cerioni, Marco Guglielmi, Renzo Palmer, Damiano Damiani, Claudio Gora, Claudio Nicastro, Elio Zamuto
  • Date de sortie: 05 Oct 1977
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : Perché si uccide un magistrato
  • Titres alternatifs : How to Kill a Judge (titre international) / Warum mußte Staatsanwalt Traini sterben? (Allemagne) / Por qué se asesina a un magistrado (Espagne) / Porque Se Mata Um Magistrado (Portugal) / Śmierć sędziego (Pologne) / La muerte de un fiscal (Colombie) / Como Matar um Juiz (Brésil)
  • Année de production : 1975
  • Autres acteurs : Mico Cundari, Ennio Balbo, Giancarlo Badessi, Pierluigi Aprà, Luciano Catenacci, Eva Czemerys, Tano Cimarosa
  • Scénaristes : Damiano Damiani, Enrico Ribulsi, Fulvio Gicca Palli
  • Directeur de la photographie : Mario Vulpiani
  • Compositeur : Riz Ortolani
  • Monteur : Antonio Siciliano
  • Producteurs : Mario Cecchi Gori
  • Sociétés de production : Capital, Rizzoli Film
  • Distributeur : Film inédit en France, sauf dans le sud de la France
  • Éditeur vidéo : Artus Films (coffret DVD et blu-ray, 2023)
  • Date de sortie vidéo : 2 mai 2023
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Box-office nord-américain / monde : -
  • Budget : -
  • Classification : -
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs (Eastmancolor) / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique Benjamin Mazure (design coffret 2023) © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : Capital, Rizzoli Film © Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Comment tuer un juge est un film politique pertinent qui renvoie dos à dos les extrêmes pour tenter de faire ressortir la vérité des faits évoqués. Le tout est magnifiquement servi par Franco Nero et Françoise Fabian. A découvrir.

Synopsis : Un cinéaste décide de mener l’enquête sur la mort d’un juge sicilien, survenue dans des circonstances identiques à une scène de son dernier film.

Un autoportrait de Damiano Damiani ?

Critique : Grand spécialiste du film de dénonciation politique, le réalisateur italien Damiano Damiani a déjà signé quelques œuvres majeures comme Confession d’un commissaire de police au procureur de la République (1971) et Nous sommes tous en liberté provisoire (1971), tous deux avec son acteur-fétiche Franco Nero, lorsqu’il aborde une nouvelle fois le genre avec Comment tuer un juge (1975). Pour l’occasion, il fait de l’acteur son alter ego puisque Franco Nero incarne un cinéaste qui vient de signer une œuvre polémique mettant en cause de manière détournée un haut magistrat qu’il accuse d’être de connivence avec la mafia.

Autant dire que Damiano Damiani s’est donc projeté dans son œuvre en réfléchissant sur sa propre action au cœur d’une société italienne minée par ce que l’on appelé les années de plomb. Il insiste notamment sur la responsabilité d’un artiste, mais aussi sur celle des journalistes qui ont à cœur de jeter à la vindicte populaire certaines personnalités influentes sans avoir réellement de preuves de ce qu’ils avancent. Comme à son habitude, Damiano Damiani débute son film en plantant le décor d’une situation apparemment claire. D’un côté se trouvent les élites corrompues qui sont en affaire avec la mafia, de l’autre les intellectuels se font les chantres de la vérité et des droits humains. Une position typique de nombreux artistes de l’époque sous l’influence de l’extrême gauche.

Un point partout, la balle au centre!

Pourtant, la grande force du cinéaste est de ne jamais se laisser abusé par cette simplification outrancière de la réalité. Ainsi, désireux d’accéder à la vérité crue, le réalisateur joué avec conviction par le toujours juste Franco Nero mène sa propre enquête et va ainsi découvrir la complexité de notre monde. Pour cela, il fait la rencontre de la veuve du juge assassiné interprétée par la superbe Françoise Fabian, au jeu suffisamment mature pour incarner une forme d’ambiguïté. Certes, Damiani ne va pas jusqu’à faire du juge un saint et la Sicile qu’il décrit est bien gangrenée par le crime organisé, mais il ose attaquer son propre camp de la gauche moralisatrice.

Effectivement, alors que l’enquêteur découvre une vérité bien plus prosaïque qu’une quelconque théorie complotiste – que nous ne révélerons pas afin de garder le suspense – les forces d’extrême gauche préfèrent balayer d’un revers de main cette réalité car elle ne sert en aucun cas leurs intérêts. Dès lors, le dernier plan qui voit Franco Nero s’avancer au milieu des mafieux, puis des journalistes et autres forces de gauche sans s’arrêter en dit long sur l’état d’esprit d’un auteur qui renvoie dos à dos les opposants. Il se fait ainsi le chantre de la vérité et non d’une quelconque idéologie.

Quelques errances narratives, mais au service d’un discours pertinent

Pour arriver à cette conclusion, le cinéaste déploie une intrigue qui n’est pas la plus convaincante au sein de sa riche filmographie. En fait, on ne comprend pas toujours l’intérêt de certaines séquences, notamment lorsqu’elles se déroulent au cœur de l’Organisation. Certes, l’auteur démontre ici que la mafia est elle-même traversée par des luttes intestines, mais cela ne sert pas vraiment la progression dramatique de l’œuvre.

Malgré ces quelques errements narratifs, Comment tuer un juge passe très vite par la grâce d’un montage très habile d’Antonio Siciliano. On peut aussi saluer la partition musicale de Riz Ortolani qui s’impose à plusieurs reprises sur les belles images de la Sicile photographiées par Mario Vulpiani. Zébré d’éclairs de violence, Comment tuer un juge est donc un film policier valeureux, doublé d’un propos politique pertinent. Malheureusement, le métrage n’a pas connu le succès escompté en Italie malgré la présence de la star Franco Nero et est donc resté inédit sur de nombreux marchés. En France, le métrage serait sorti en octobre 1977 dans le sud de la France selon le site Encyclociné. Toutefois, il aura fallu attendre 2023 pour que l’éditeur Artus Films nous le propose au sein d’un superbe coffret consacré au cinéaste.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 5 octobre 1977

Acheter le coffret DVD / Blu-ray sur le site de l’éditeur

Coffret Damiano Damiani, détails

© 2023 Artus Films / Design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

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Françoise Fabian, Franco Nero, Giorgio Cerioni, Marco Guglielmi, Renzo Palmer, Damiano Damiani, Claudio Gora, Claudio Nicastro

Mots clés

Polars italiens des années 70, Films sur la Mafia, La Sicile au cinéma

 

Le test blu-ray

Artus Films édite pour notre plus grand plaisir un superbe coffret contenant trois œuvres de Damiano Damiani (Nous sommes tous en liberté provisoire, Comment tuer un juge, Goodbye & Amen) sous le titre Justice, Politique, Corruption, la trilogie de Damiano Damiani. A partir du coffret finalisé, nous traiterons chaque film du coffret séparément.

Compléments & packaging : 4,5 / 5

Le coffret – superbe – se divise en deux parties : d’un côté le livre Damiano Damiani, un cinéaste se rebelle d’Emmanuel Le Gagne et de l’autre un digipack qui se déplie en trois volets et offre plusieurs superbes affiches du film. Le tout est extrêmement soigné. Le livre revient notamment sur l’ensemble de la carrière du cinéaste, film par film, mais classés de manière thématique. Cela permet à l’auteur de peindre le portrait d’un cinéaste engagé, mais qui n’a jamais accédé au rang des grands auteurs à cause de son implication dans un cinéma de genre à vocation populaire. Le bouquin de 96 pages est en outre richement illustré.

Sur la galette proprement dite, l’acquéreur retrouvera d’abord une présentation de Curd Ridel (12min) où celui-ci évoque essentiellement les carrières des seconds couteaux vus dans le métrage. L’ensemble, très factuel, est un peu court et manque de profondeur dans l’analyse. On préfère largement l’entretien de 25min avec le monteur Antonio Siciliano qui se souvient de ses débuts et surtout de sa collaboration très riche avec le réalisateur Damiano Damiani dont il a monté une dizaine de films, parmi ses meilleurs. L’homme fait preuve d’une grande humilité et rend un bel hommage au cinéaste qu’il semble avoir beaucoup apprécié.

Après ce beau document, il reste à visionner un court diaporama avec des affiches étrangères du film et des photos d’exploitation.

L’image du blu-ray : 4 / 5

Très belle restauration pour ce long-métrage que l’on peut qualifier d’inédit sur notre territoire. La définition s’avère irréprochable, les couleurs sont belles et chatoyantes, tandis que les noirs sont bien gérés. L’ensemble est donc tout à fait probant.

Le son du blu-ray : 4 / 5

Attention, comme pour les autres films du coffret, il n’y a pas de version française, mais une unique piste en italien, sous-titrée français. L’ensemble est bien équilibré, sans souffle désagréable, et avec une bande musicale qui ne sature jamais et n’agresse pas l’auditeur. Un beau rendu général, plutôt équilibré, dans les limites d’un mono classique.

Test du blu-ray et du coffret : Virgile Dumez

Coffret Damiano Damiani

© 2023 Artus Films / Design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

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Comment tuer un juge, l'affiche italienne

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