Anora : la critique du film (2024)

Comédie dramatique, Romance | 2h19min
Note de la rédaction :
6/10
6
Affiche d'Anora de Sean Baker (2024)

  • Réalisateur : Sean Baker
  • Acteurs : Darya Ekamasova, Alexeï Serebriakov, Mikey Madison, Ella Rubin, Mark Eydelshteyn (Mark Eidelstein), Yuri Borisov (Iouri Borissov)
  • Date de sortie: 30 Oct 2024
  • Année de production : 2024
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Anora
  • Titres alternatifs :
  • Casting (par ordre d'apparition) : Mikey Madison, Paul Weissman, Lindsey Normington, Emily Weider, Luna Sofía Miranda, Vincent Radwinsky, Brittney Rodriguez, Sophia Carnabuci, Mark Eydelshteyn, Anton Bitter, Ella Rubin, Ross Brodar, Zoë Vnak, Vlad Mamai, Maria Tichinskaya, Ivy Wolk, Karren Karagulian, Vache Tovmasyan, Morgan Charlton, Nazar Khamis, Charles Jang, Lana Svidonovich, Yuri Borisov, Masha Zhak, Sebastian Conelli, Irina Finley, Mariana Orozco Arango, Artyom Trubnikov, Michael Sergio, Charlton Lamar, Darya Ekamasova, Aleksey Serebryakov, Mickey O'Hagan, Fred Berman, Marko Caka, Patrick Sean Clark, Paolo Fulgencio, Alena Gurevich, Jada Henriques, Bob Leszczak, Ben Levin, Mike Malvagno, Marija Mauer, David Francisco Ortiz, David A. Sweet, Edie Turquet, Abigail Kathryn Wilson
  • Scénariste : Sean Baker
  • Monteur : Sean Baker
  • Directeur de la photographie : Drew Daniels
  • Compositeur : Joseph Capalbo
  • Cheffe Maquilleuse : Annie Johnson
  • Chef décorateur : Stephen Phelps
  • Directeur artistique : Ryan Scott Fitzgerald
  • Producteurs : Sean Baker, Alex Coco, Samantha Quan, avec Elizabeth Siegal
  • Producteurs exécutifs : Glen Basner, Alison Cohen, Ken Meyer, Clay Pecorin, Milan Popelka
  • Sociétés de production : Cre Film, FilmNation Entertainment
  • Distributeur : Le Pacte
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : Le Pacte (DVD et blu-ray, 2025)
  • Date de sortie vidéo : 12 mars 2025
  • Budget : 6 000 000 $
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 653 546 entrées / 258 959 entrées
  • Box-office nord-américain / monde : 20 474 295 $ / 57 395 612 $
  • Rentabilité :
  • Classification : Interdiction aux -12 ans
  • Formats : 2.39 : 1 / Couleurs / Son : Dolby Digital
  • Festivals : Festival de Cannes 2024 : en compétition officielle
  • Nominations : César 2025 : Meilleur film étranger / Golden Globes 2025 : Meilleur film musical ou comédie ; Meilleure réalisation ; Meilleure actrice dans un film musical ou comédie pour Mikey Madison ; Meilleur acteur dans un second rôle pour Iouri Borissov ; Meilleur scénario / Oscars 2025 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Iouri Borissov / British Academy Film Awards 2025 : Meilleur film ; Meilleure réalisation ; Meilleur acteur dans un second rôle pour Iouri Borissov ; Meilleur scénario original ; Meilleur montage / Critics' Choice Movie Awards 2025: Meilleure réalisation ; Meilleure actrice pour Mikey Madison ; Meilleur acteur dans un second rôle pour Iouri Borissov ; Meilleure distribution ; Meilleur scénario original / Satellite Awards 2025 : Meilleure réalisation ; Meilleure actrice dans un film musical ou une comédie pour Mikey Madison ; Meilleur acteur dans un second rôle pour Iouri Borissov ; Meilleur scénario original ; Meilleur montage / Screen Actors Guild Awards 2025 : Meilleure Actrice pour Mikey Madison ; Meilleur acteur dans un second rôle pour Iouri Borissov ; Meilleure distribution
  • Récompenses : Festival de Cannes 2024 : Palme d'or / British Academy Film Awards 2025 : Meilleure Actrice pour Mikey Madison ; Meilleur Casting / British Independent Film Awards 2025 : Meilleur film international / Critics' Choice Movie Awards 2025 : Meilleur film / David di Donatello 2025 : Meilleur film étranger / Directors Guild of America Awards 2025 : Meilleur réalisation pour un film / Oscars 2025 : Meilleur film ; Meilleur réalisateur ; Meilleure actrice pour Mikey Madison ; Meilleur scénario original ; Meilleur montage / Satellite Awards 2025 : Meilleur film musical ou comédie
  • Illustrateur/Création graphique : © GrandSon (affiche designer). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Cre Film, FilmNation Entertainment. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachée de presse : Marie Queysanne
  • Tagline : Une histoire d'amour de Sean Baker
  • Franchise :
Note des spectateurs :

A la fois Palme d’or et Oscar du meilleur film, Anora est une comédie dramatique bien interprétée, mais trop superficielle et étirée sans raison apparente. Un excès d’honneurs que l’on ne saisit pas vraiment.

Synopsis : Anora, jeune strip-teaseuse de Brooklyn, se transforme en Cendrillon des temps modernes lorsqu’elle rencontre le fils d’un oligarque russe. Sans réfléchir, elle épouse avec enthousiasme son prince charmant ; mais lorsque la nouvelle parvient en Russie, le conte de fées est vite menacé : les parents du jeune homme partent pour New York avec la ferme intention de faire annuler le mariage…

Sean Baker revient à la prostitution, son thème de prédilection

Critique : Cinéaste américain indépendant, Sean Baker a toujours eu à cœur de mettre en avant des protagonistes en marge de la société, comme les prostituées dans Tangerine (2015) et The Florida Project (2017) ou encore un ancien acteur porno dans Red Rocket (2021). Avec Anora (2024), il revient donc à ses premières amours avec un nouveau personnage de prostituée qui va se confronter à la communauté russo-américaine. Cette idée est venue à Sean Baker par l’intermédiaire de son ami, le comédien Karren Karagulian dont la femme est justement issue de cette souche.

Anora, photo 1

© Anora LLC. All Rights Reserved.

A partir de là, le scénariste et cinéaste a rédigé un script très librement inspiré du conte Cendrillon qui avait déjà servi de base à Tangerine (2015). Il s’agissait pour l’artiste de décrire une fois de plus l’ascension fulgurante d’une outsider qui croit vivre le rêve américain, avant d’être confrontée à une réalité bien plus cruelle. Pour cela, Sean Baker a inventé le destin de cette jeune prostituée qui fait la rencontre du fils d’un riche oligarque russe. Ce dernier semble tomber sous le charme de l’escort qui va l’accompagner durant une semaine où ils mènent grand train.

Anora, un conte de fées capitaliste ?

Ainsi, la première partie d’Anora décrit un milieu festif où l’argent coule à flot sans que personne ne se pose de questions. Le petit couple se défonce, danse jusqu’au bout de la nuit et ne cesse de s’envoyer en l’air, le tout sur des musiques actuelles endiablées. Ces séquences, filmées en 35mm avec des couleurs flashy qui rappellent le cinéma européen de genre des années 70, s’avèrent dynamiques, plutôt bien rythmées et les deux jeunes acteurs s’en donnent à cœur joie dans la fête et le délire. Ainsi, Mikey Madison et Mark Eydelshteyn forment un couple qui fonctionne plutôt bien à l’écran, même si leur odyssée dans les plus beaux palaces de Las Vegas peuvent laisser froid, tant l’étalage de fric peut donner la nausée.

En fait, le début donne véritablement l’impression d’assister à une version plus moderne et vaguement trash de Pretty Woman (Garry Marshall, 1990). Certes, ce n’est pas l’influence que cite le réalisateur, mais la structure même de l’intrigue rappelle furieusement cette comédie romantique inoffensive, au moins dans sa première partie.

Des scènes souvent improvisées qui tournent parfois en rond

Une fois que le couple se marie sur un coup de tête et que la communauté russe s’implique pour faire annuler leur union, Anora se transforme en une comédie parfois drôle, parfois énervante et surtout bien trop longue par rapport à ce que Sean Baker a à raconter. Ainsi, la scène où les deux malabars interprétés par Karren Karagulian et Yuri Borisov pénètrent dans la demeure des jeunes époux pour les forcer à divorcer dure pas moins de 25 minutes. Cette extension maximale du temps vient de la méthode du cinéaste qui aime particulièrement l’improvisation sur le plateau. Dès lors, certains ressorts narratifs qui prendraient en principe cinq minutes dans un film classique s’étirent ici de manière dangereuse, parfois à la limite du point de rupture pour le spectateur.

En fait, on se demande vraiment pourquoi avoir consacré près de 2h20min à une intrigue qui pouvait largement être concentrée en 1h30min. Car Sean Baker n’a pas grand-chose à dire si ce n’est que le rêve américain est un fantasme. Même son approche de la communauté russe n’est pas exempte de clichés. Finalement, à part le personnage d’Anora, aucun rôle secondaire n’est véritablement approfondi, un comble pour une durée si étalée. D’ailleurs, à la fin de la projection, on ne retient pas grand-chose du film, si ce n’est la bonne prestation de Mikey Madison et un talent évident en matière de réalisation. Anora n’est assurément pas un mauvais bougre, mais le long métrage laisse quand même un arrière-goût de superficialité qui s’accorde d’ailleurs parfaitement avec notre époque.

Pourquoi tant de récompenses ?

En réalité, la description de cette jeune génération uniquement préoccupée par l’argent, le paraître, la fête et les réseaux sociaux ne nous intéresse pas vraiment tant elle représente le sommet de la vacuité. Même la scène finale censée nous émouvoir ne provoque qu’un regard poli, mais plutôt indifférent. Face à une telle œuvre, on est en droit de se demander ce qui a pu séduire autant de jurys à travers le monde.

Anora, photo 2

© Anora LLC. All Rights Reserved.

Clairement, Anora n’a pas du tout la stature pour être considérée comme une Palme d’or enthousiasmante. Rappelons que la même année concourrait le bijou iranien Les Graines du figuier sauvage (Mohammad Rasoulof, 2024) qui, lui, avait tout pour être une Palme méritante. On se demande vraiment ce qui a pris le jury dirigé par Greta Gerwig. Mais l’excès de récompenses ne s’est pas arrêté là car Anora a aussi décroché cinq Oscars dont ceux du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice, meilleur scénario et meilleur montage. Certes, le cinéma américain est dans un tel état de délabrement que le choix n’est pas évident pour l’Académie. Cette avalanche de récompenses paraît assez surréaliste par rapport au rendu final.

Anora, un succès international

Visiblement, les critiques et le public ont été d’accord puisque la comédie dramatique a performé aux States en cumulant 20 474 295 $ pour un budget très limité de 6 millions de dollars (auquel il faut ajouter les frais publicitaires et ceux de la campagne pour les Oscars). Dans le monde, le métrage est encore une bonne affaire avec 57 395 612 $ cumulés.

D’ailleurs, la France constitue son deuxième meilleur résultat mondial avec un gain de 5,1 M$, bien loin devant le Royaume-Uni et les autres pays européens. L’effet Cannes a parfaitement fonctionné chez nous, avec une première semaine (à partir du 30 octobre 2024) à 212 504 entrées sur 366 sites. Cela amène le long métrage à la 6ème place du classement hebdomadaire national. Face à ce beau résultat, le distributeur Le Pacte ajoute 70 copies supplémentaires, ce qui permet au film de se maintenir (chute modérée de 28 %) avec 150 965 retardataires. En troisième semaine, le film perd 42 % de ses entrées, mais parvient à franchir la barre des 450 000 spectatrices.

Un box-office français enthousiasmant

Finalement, conscient d’un léger essoufflement, Le Pacte injecte cette fois-ci le double de copies pour atteindre le chiffre impressionnant de 837 salles – combinaison peu ordinaire pour un film indépendant. Grâce à cela, le distributeur voit une chute modérée des entrées (à nouveau 28%) et Anora franchit aisément la barre des 500 000 entrées. La stratégie a été payante et la Palme d’or va continuer sa carrière à bas bruit jusqu’au mois de mars où son sacre aux Oscars lui rapporte à nouveau 25 540 spectateurs de plus, menant le score final à un très beau 653 546 entrées.

Si le conte n’a pas fonctionné pour la prostituée du film, les fées, elles, se sont penchées sur le berceau d’Anora.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 30 octobre 2024

Acheter le film en DVD

Voir le film en VOD

Affiche d'Anora de Sean Baker (2024)

Affiche d’Anora de Sean Baker (2024) © Anora LLC. All Rights Reserved

Biographies +

Sean Baker, Darya Ekamasova, Alexeï Serebriakov, Mikey Madison, Ella Rubin, Mark Eydelshteyn (Mark Eidelstein), Yuri Borisov (Iouri Borissov)

Mots clés

Cinéma indépendant américain, Palme d’or, Oscar du meilleur film, Festival de Cannes 2024, Oscars 2025, César 2025

Trailers & Vidéos

trailers
x
Affiche d'Anora de Sean Baker (2024)

Bande-annonce d'Anora (VOstf)

Comédie dramatique, Romance

x