Réalisateur, scénariste, producteur et acteur américano-hongrois, Michael Curtiz (de son vrai nom Manó Kertész Kaminer) est né en 1886 à Budapest, alors située dans l’empire d’Autriche-Hongrie. Issu d’une famille juive hongroise, il décide de quitter ses proches dès l’âge de 17 ans pour se produire dans un cirque, mais il préfère opter pour une formation universitaire en intégrant l’Académie royale d’art dramatique. Il en sort avec un diplôme en 1906 et va débuter comme comédien.
Mihály Kertész, pionnier du cinéma hongrois
C’est à partir de 1912 qu’il décide de pleinement se consacrer au cinéma, cette industrie en plein essor en Hongrie. Il va alors non seulement jouer dans quelques films muets, mais aussi entamer sa carrière de réalisateur dès 1912 avec un premier court métrage, puis dès l’année suivante avec son premier long format intitulé Le Dernier Bohême (1913). Dès lors, celui qui signe encore ses films du nom Mihály Kertész enchaîne les tournages à toute vitesse, se forgeant l’image d’un cinéaste intraitable et impitoyable, correspondant donc au cliché du réalisateur tyrannique. Durant sa période hongroise, il tourne notamment L’indésirable (1915), Farkas (1917) et Lulu (1918). Il peut ainsi être considéré comme l’un des pères fondateurs du cinéma hongrois.
L’exil en Autriche, puis en Allemagne
Pourtant, lors de la guerre civile s’abattant en Hongrie après le démantèlement de l’empire austro-hongrois, Michael Curtiz est contraint de fuir son pays à cause de nombreux pogroms qui touchent les juifs du pays. Il se réfugie tout d’abord en Autriche où il trouve à nouveau du travail.

© 1924 Sascha-Film / Affiche : Armand Rapeño. Tous droits réservés.
C’est dans ce pays qu’il commence à signer des films de plus grande ampleur comme Les chemins de la terreur (1921) et surtout l’excellent Le sixième commandement (1922), vaste fresque biblique de plus de 2h30 qui entend rivaliser avec le travail de Cecil B. DeMille. Dans la même veine, on lui doit aussi l’épopée L’Esclave Reine (1924). Cela le fait remarquer des producteurs allemands qui lui proposent de s’installer en Allemagne où il tourne trois films entre 1925 et 1926.
En partance pour Hollywood sur invitation de la Warner
Pourtant, son destin bascule lorsqu’il reçoit une invitation de la part de Jack Warner, fortement impressionné par ses deux fresques bibliques. En 1926, fort de plus d’une soixantaine de longs métrages, Mihály Kertész débarque donc à Hollywood où il change son nom en Michael Curtiz et intègre les rangs de la Warner dont il va contribuer à forger le style.
Dès ses débuts à Hollywood, l’attitude du cinéaste choque les habitudes américaines. Pour Michael Curtiz, seul le résultat compte, peu importe les moyens pour y arriver. Il est donc capable de martyriser un bébé pour le faire pleurer, d’injurier les acteurs pour avoir une réaction juste à l’écran. L’homme est assurément dur, mais il plait à Jack Warner car il tourne vite en respectant les budgets initiaux. De plus, c’est un excellent technicien qui apporte toujours une plus-value aux films qu’il accepte de réaliser.
Son premier fait d’armes à Hollywood intervient avec la fresque L’arche de Noé (1928), en partie sonore. Après ce premier gros succès, il ne va plus s’arrêter, réussissant même à signer quelques chefs d’œuvre au passage. Il fait jouer Al Jolson dans la comédie musicale Mammy (1930), puis Spencer Tracy dans un brillant film de gangsters intitulé Vingt mille ans sous les verrous (1932).
Acceptant toutes les propositions sans distinction, il signe un excellent film d’horreur avec Masques de cire (1933) où il emploie la Scream Queen Fay Wray. Dès 1934, il entame aussi une collaboration avec l’acteur James Cagney qu’il sublime dans Jimmy the Gent (1934), tandis qu’il rencontre un beau succès avec Furie noire (1935), interprété par Paul Muni. Désormais valeur sûre de la Warner, la compagnie va commencer à lui confier des budgets plus imposants. On lui impose notamment la tâche de faire du comédien Errol Flynn une star du film de cape et d’épée.
La fructueuse collaboration avec Errol Flynn
Même si les deux hommes ont du mal à se supporter, ils vont livrer des grands classiques de l’âge d’or hollywoodien. Ainsi ils débutent leur cycle avec Capitaine Blood (1935) qui est un triomphe mondial, faisant d’Errol Flynn une star instantanée. Ils enchaînent avec La charge de la brigade légère (1936), avant de passer à la couleur avec un éternel classique du film d’aventures : Les aventures de Robin des Bois (1938). Si William Keighley est crédité comme coréalisateur, il semble que Curtiz s’en soit vite débarrassé, peu habitué à être concurrencé sur son propre terrain. Le film demeure un classique, récompensé par trois Oscars techniques.

Copyright 1938 Warner Bros. / Illustrateur : Mascii. Tous droits réservés.
Très en forme, Curtiz réalise la même année le classique Les Anges aux figures sales (1938) avec James Cagney, ainsi que Rêves de jeunesse (1938) avec Claude Rains. Encore deux beaux films. L’année suivante, il retrouve Errol Flynn pour Les Conquérants (1939), un western, avant d’opposer l’acteur à la grande Bette Davis dans La Vie privée d’Élisabeth d’Angleterre (1940). Alors que les deux stars doivent jouer les amoureux éperdus, elles se détestent sur le plateau où chacun y va de sa petite vacherie. Le drame historique n’en demeure pas moins remarquable tant Bette Davis capte l’écran.
Toujours en 1940, Errol Flynn et Michael Curtiz livrent aussi La caravane héroïque (1940), un autre western, et surtout le magnifique film de pirates L’aigle des mers (1940), classique du film maritime. Après le western La piste de Santa Fé (1940) et le film de guerre Bombardiers en piqué (1941), les deux hommes cessent leur collaboration qui fut aussi houleuse que fructueuse.
Et s’il n’en restait qu’un ? : Casablanca
En 1942, Michael Curtiz retrouve James Cagney pour un film de propagande intitulé Les Chevaliers du ciel (1942), mais l’année reste surtout marquée par la réussite absolument remarquable de Casablanca (1942) où Humphrey Bogart rencontre Ingrid Bergman. Le film est un classique indémodable, un pur chef d’œuvre récompensé par trois Oscars majeurs en 1944 : ceux du meilleur film, du meilleur scénario et surtout du meilleur réalisateur pour Michael Curtiz. Une consécration pour cet artisan au talent indéniable. Ce drame romanesque constitue assurément l’apogée de la carrière du cinéaste hongrois.

© 1945 Warner Bros. / Affiche : Roger Rojac. Tous droits réservés.
Après quelques autres films de propagande mineurs, il revient en grande forme avec Le Roman de Mildred Pierce (1945) qui s’appuie sur la belle prestation de Joan Crawford qui décroche un Oscar de la meilleure actrice. La suite de sa carrière est nettement moins marquante, même si on note encore quelques belles réussites.
Une fin de carrière plus anecdotique
Il signe notamment le biopic sur Cole Porter intitulé Nuit et jour (1946) interprété par Cary Grant, le film noir Le crime était presque parfait (1947) avec Claude Rains et le drame musical La femme aux chimères (1950) avec Kirk Douglas. Finalement, en 1954, il est prêté à la Fox par la Warner pour réaliser la fresque épique L’égyptien (1954) avec Victor Mature et Jean Simmons. Par la suite, il fait jouer Elvis Presley dans une kitscherie intitulée Bagarres au King Creole (1958), mais l’ensemble de sa carrière prend un tour de moins en moins intéressant.

© 1961 Twentieth Century Fox / Affiche : Boris Grinsson. Tous droits réservés.
Son tout dernier film est le western Les Comancheros (1961) avec John Wayne. Atteint d’un cancer, Michael Curtiz décède en avril 1962 à l’âge de 75 ans. Outre le fait d’avoir été un pionnier du cinéma hongrois, on lui doit un nombre important de classiques de l’âge d’or hollywoodien des années 30-40, et ceci malgré son extraordinaire prolixité.