Ennuyeux, lisse et dépourvu du moindre frisson, Passenger prouve une fois de plus le déclin de la carrière du cinéaste André Øvredal, devenu un simple tâcheron de l’industrie hollywoodienne.
Synopsis : Après avoir été témoin d’un terrible accident de la route, un jeune couple réalise qu’il n’a pas quitté les lieux du drame sans être suivi. Une présence démoniaque, le Passager, se joint à leur voyage en van et transforme leur aventure en un véritable cauchemar, déterminée à ne s’arrêter qu’une fois qu’elle les aura tous les deux emportés.
Passenger entend créer un nouveau croquemitaine
Critique : En 2024, les sociétés de production 18Hz Productions et Coin Operated, toutes deux aux mains de Walter Hamada (Primate de Johannes Roberts) et Gary Dauberman (producteur et réalisateur d’Annabelle, la maison du mal) ont fait l’acquisition d’un scénario original de T.W. Burgess et Zachary Donohue qui ont surtout œuvré à la télévision sur des séries. Intitulé Passenger, le script entend créer un nouveau boogeyman qui pourrait ainsi être décliné en franchise en cas de succès.

© Paramount Pictures. All Rights Reserved.
Le duo engage alors le cinéaste norvégien André Øvredal, connu pour son efficacité et sa capacité à livrer un produit potable en respectant le budget initial. Toutefois, depuis son excellent The Jane Doe Identity (2016), le réalisateur semble avoir perdu de son inspiration puisqu’aucun de ses films n’a été vraiment marquant. Il est notamment l’auteur du très ennuyeux Le Dernier voyage du Demeter (2023) qui ressemblait un peu trop à un énième produit pour plateforme.
Un film d’horreur lisse pour plateforme ?
C’est malheureusement l’impression assez désagréable que laisse Passenger malgré un effort certain pour dynamiser l’ensemble à coup de caméra virevoltante. La plupart du temps, cette tentative de donner une impulsion au long métrage se heurte à la dure réalité d’une œuvre qui ne compte que trois victimes en tout, dont deux dans les dix premières minutes. Autant dire qu’après l’efficace scène pré-générique, le spectateur risque de trouver le temps bien long en suivant l’escapade routière du jeune couple formé par Lou Llobell et Jacob Scipio, deux comédiens peu charismatiques qui plairont sans aucun doute aux jeunes générations et laisseront les plus âgés de marbre.
En fait, on se contrefiche assez rapidement des atermoiements de ce jeune couple qui envisage de se marier mais qui hésite sur la façon d’appréhender leur avenir en commun. Les futurs époux doivent-ils se laisser porter par le goût de l’aventure et vivre au jour le jour, ou sont-ils amenés à terme à se poser à un endroit fixe ? On note tout de suite l’ampleur de cet enjeu pour le spectateur. D’autant que le fameux boogeyman qui s’attache à leurs pas semble particulièrement maladroit et terriblement patient. Alors qu’il est capable de tuer un personnage secondaire en moins d’une minute, il va mettre plusieurs jours et nuits pour traquer le couple, sans d’ailleurs parvenir à ses fins. On se demande bien où est la crédibilité d’une telle intrigue ?
Plongée dans l’Amérique de Trump pétrie de religiosité
Pire, le film d’horreur baigne dans une ambiance redneck qui nous met en présence de l’Amérique de Trump sans qu’aucune critique n’affleure. En réalité, selon les scénaristes, la religion est bien le seul remède contre le Mal qui sévit le long des routes, tandis que la présence du médaillon de Saint Christophe va forcément protéger du fameux Passager les voyageurs égarés.

© Paramount Pictures. All Rights Reserved.
Sans grand rebondissement, Passenger ne se rattrape jamais par une ambiance qui serait réellement efficace. Dès lors, André Øvredal use et abuse des jump scares qui font effectivement sursauter, sans que cela implique une quelconque chair de poule puisque l’on se doute dès le début que le couple survivra à l’aventure. On retrouve donc ici tous les défauts inhérents aux récentes productions Blumhouse avec des personnages insipides, une intrigue en roue libre et surtout une absence totale de scène vraiment marquante. On est donc très loin du soufre qui émanait de Jeepers Creepers (Victor Salva, 2001).
Pur produit de consommation prémâché qui aurait aussi bien pu atterrir directement sur une plateforme de streaming (Paramount + au hasard!), Passenger n’a décidément que bien peu d’atouts dans sa manche. Il est tout cas inutile de faire le déplacement tant l’ennui sera le seul compagnon de route de votre projection.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 20 mai 2026

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Biographies +
André Øvredal, Melissa Leo, Lou Llobell, Jacob Scipio
Mots clés
Cinéma américain, Epouvante-horreur, Road-movie, L’Amérique profonde au cinéma, Films sur le couple, Films d’horreur religieux