Les Yeux bleus de la poupée cassée est un giallo espagnol de bonne facture grâce à la réalisation correcte de Carlos Aured et aux comédiens, bien dirigés. L’intrigue tortueuse s’avère intéressante à suivre.
Synopsis : Récemment sorti de prison, Gilles est engagé comme à tout faire dans un domaine français tenu par trois sœurs. Claude (Diana Lorys) cache sa main atrophiée sous une prothèse, tandis que Nicole est nymphomane, et Yvette en fauteuil roulant. Alors que Gilles est en proie à d’horribles cauchemars dans lesquels il étrangle des femmes, un mystérieux assassin s’en prend aux femmes blondes du canton. Elles sont énucléées, et leurs yeux déposés dans un bol.
Le Mystère des yeux bleus ou Les Yeux bleus de la poupée cassée ?
Critique : Lorsque le comédien et scénariste espagnol Paul Naschy travaille sur La Furie des vampires (León Klimovsky, 1971), il fait la connaissance de Carlos Aured qui est alors l’assistant du réalisateur. Le courant passe bien entre les deux hommes et Paul Naschy pousse même son poulain à devenir réalisateur à part entière sur L’empreinte de Dracula (1973) qui, comme son titre français ne l’indique pas, appartient à la saga du loup-garou Waldemar Daninsky. Par la suite, les deux hommes ont poursuivi une fructueuse collaboration.
Toutefois, dans ce corpus de films bis, leur plus grande réussite est certainement Les Yeux bleus de la poupée cassée (1974), traduction littérale du titre original espagnol. On notera que lors de son exploitation cinéma en province, le thriller a été titré Le Mystère des yeux bleus, même s’il est difficile de retrouver la trace de sa sortie, peut-être intervenue au cours de l’année 1976.
Trois sœurs pour un homme à tout faire
Tourné au cours de l’année 1973 et sorti en Espagne au mois d’août 1974, Les Yeux bleus de la poupée cassée se veut une réponse espagnole au succès du giallo italien. Pourtant, le métrage débute plutôt sous le signe de l’érotisme soft en proposant de suivre l’arrivée d’un ancien taulard plutôt perturbé dans une demeure tenue par trois sœurs qui ont toutes des problèmes psychologiques ou un handicap. Ainsi, la maîtresse de maison possède un bras entièrement brûlé (excellente Diana Lorys), tandis que l’une est clouée dans un fauteuil roulant (charismatique Maria Perschy) et que la dernière est une nymphomane (très drôle Eva León).

© Artus Films, Mercury Films / Jaquette : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.
Comme toujours avec les scripts écrits par Paul Naschy, son personnage parvient à séduire toutes ces donzelles qui semblent bien isolées, et donc frustrées sexuellement. Pourtant, durant ces quarante premières minutes, la réalisation de Carlos Aured parvient à maintenir l’intérêt du spectateur grâce à une bonne gestion de l’espace et un soin apporté au jeu des comédiens. Ainsi, Paul Naschy est tout à fait crédible en homme à tout faire travaillé par un passé criminel qui apparaît lors de courts flashbacks.
Une deuxième partie qui bascule dans le giallo et le fantastique
Mais le plus intéressant intervient dans la deuxième partie du film qui évolue vers le pur giallo, avec de nombreux crimes qui se terminent invariablement par l’extraction des yeux bleus des victimes féminines. On retrouve également des éléments typiques du giallo comme l’assassin mystérieux ganté de noir, ainsi que la ritournelle (ici Frère Jacques) entonnée à chaque meurtre. Il faut dire que le long métrage est censé se dérouler en France, alors que le tournage a bien eu lieu en Espagne. Le but était comme d’habitude d’éviter la censure franquiste.
L’aspect gore est plutôt correctement rendu, même si on se serait bien passé de l’égorgement très réel d’un pauvre cochon devant la caméra. L’animal n’avait rien demandé et ce procédé typique des années 70 s’avère aujourd’hui aussi dérangeant qu’inutile dans la progression dramatique. Il s’agissait seulement de faire du gore à peu de frais. Si Eva León se retrouve quant à elle souvent la poitrine nue, le long métrage demeure relativement soft en matière de nudité féminine et Carlos Aured évite ainsi le reproche habituel de gratuité dans l’exposition des corps.
Trois twists successifs plutôt inattendus
Dans sa seconde partie, le film s’inspire clairement des gialli à la mode, même si on note aussi une inspiration issue des Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955) et des Yeux sans visage (Georges Franju, 1960), notamment sur la toute fin. Ainsi, le dernier quart d’heure propose au moins trois twists, dont deux sont clairement inattendus. Dès lors, le long métrage n’hésite pas à verser également dans le fantastique, sans que cela paraisse totalement absurde. On retrouve là le goût du scénariste Paul Naschy (sous son vrai nom de Jacinto Molina) pour l’hybridation des genres.
Subrepticement, Les Yeux bleus de la poupée cassée évolue donc du film vaguement érotique au giallo, puis au thriller à machination, pour se terminer sur une pointe de fantastique. Pourtant, l’ensemble fonctionne ici plutôt bien et octroie justement au thriller son originalité propre. Réalisé avec un certain talent par Carlos Aured, ce giallo espagnol est donc plutôt une bonne surprise, à réserver toutefois aux amateurs de cinéma bis des années 70.
Comme dit précédemment, le métrage ne serait sorti que dans le sud-ouest de la France sous le titre Le Mystère des yeux bleus, selon le site Encyclociné. Par la suite, il n’a pas été exploité en VHS en France et il a donc fallu attendre 2026 pour le découvrir en HD grâce à Artus Films.
Critique de Virgile Dumez
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Carlos Aured, Pilar Bardem, Diana Lorys, Paul Naschy, Sandra Mozarowsky, Eduardo Calvo, Eva León
Mots clés
Cinéma espagnol, Films distribués uniquement en province, La violence faite aux femmes, Giallo, Les tueurs fous au cinéma , Les handicapés au cinéma, Artus Films
