Ode féministe qui tutoie la misandrie, Les Femmes au balcon est sauvé par son humour décalé, son goût pour le trash et son esthétique travaillée. Les actrices, elles, sont toutes excellentes.
Synopsis : Trois femmes, dans un appartement à Marseille en pleine canicule. En face, leur mystérieux voisin, objet de tous les fantasmes. Elles se retrouvent coincées dans une affaire terrifiante et délirante avec comme seule quête, leur liberté.
Une histoire très personnelle à la base d’une comédie déjantée
Critique : Lorsque Noémie Merlant a connu un moment difficile dans sa vie personnelle, elle a pu compter sur son amie, la comédienne Sanda Codreanu, chez qui elle a vécu pendant de longs mois. Durant cette période de sa vie, elle a ressenti le besoin d’écrire une comédie horrifique et trash qui lui offrirait l’occasion d’extérioriser ses propres traumas à travers une œuvre drôle, colorée et pleine d’espoir. Ainsi est né Les Femmes au balcon dont le script a été rédigé durant près de trois ans, avant d’être retravaillé avec l’aide de la réalisatrice Céline Sciamma – que Noémie Merlant connaît bien pour avoir joué dans Portrait de la jeune fille en feu (2019).

© 2024 Nord-Ouest Films, France 2 Cinéma. Tous droits réservés.
Si le long métrage apparaît de prime abord comme une comédie sur trois femmes qui vont être entrainées dans une aventure rocambolesque à cause de l’attitude des hommes, Noémie Merlant a avoué lors d’entretiens donnés lors de la sortie du film qu’elle a elle-même été victime d’abus sexuel de la part d’un photographe lors de son arrivée à Paris en tant que mannequin à l’âge de 17 ans. Enfin, elle a confirmé qu’elle a également connu le viol conjugal comme elle le montre dans le film lorsque le prétendant de son personnage nommé Elise s’impose lors d’une relation clairement non consentie. Autant d’éléments personnels qui sont inclus dans une œuvre pourtant souvent drôle et déjantée.
Trois femmes au bord de la crise de nerfs
Ainsi, dans un appartement marseillais, trois amies vont flasher sur le voisin d’en face, alors que la ville est plongée dans une canicule qui échauffe les esprits et les corps. Nous faisons donc la connaissance d’Elise, comédienne qui est en couple avec un amant un peu trop envahissant, mais aussi avec Ruby – excellente Souheila Yacoub – qui est une femme libre et fière d’exposer son corps à qui le veut, tandis que leur hôte Nicole – très juste Sanda Codreanu – est davantage coincée. Cette dernière fantasme sur son voisin d’en face – très correct Lucas Bravo, l’amant d’Emily dans la série Emily in Paris – et les sœurs de cœur décident de passer un bon moment avec ce beau gosse. Bien entendu, tout ne va pas se passer aussi bien que prévu et la situation dérape très rapidement.
Avec Les Femmes au balcon, Noémie Merlant préfère aborder son sujet féministe en poussant tous les curseurs au maximum. Ainsi, son propos qui pourrait tenir pour de la misandrie passe plutôt bien grâce à un délire généralisé qui fait de la projection un moment plutôt revigorant. On n’est pas si loin que cela des délires des années 80 de Pedro Almodóvar, le tout assaisonné à la sauce horrifique dans le style d’un Serial Lover (James Huth, 1998). Après un début qui embrasse volontairement l’érotisme des corps, la comédie vire au jeu de massacre, avec quelques passages bien sanglants, voire carrément gore.
De l’outrance à tous les étages
Bien entendu, les hommes en prennent pour leur grade car ils sont décrits comme des prédateurs, toujours prêts à satisfaire leur désir sans tenir compte de l’avis de leur partenaire. Ici, le point de vue féministe est affirmé dès le départ, clamé haut et fort par une réalisatrice qui n’épargne jamais les hommes. Dans Les Femmes au balcon, aucun n’est à sauver. Toutefois, comme le film propose un ton décalé, voire parfois punk, le message passe nettement mieux car l’outrance est de mise à tous les niveaux.

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Grâce à un budget nettement plus cossu que celui de son premier long Mi iubita, mon amour (2021), Noémie Merlant en profite pour prouver ses capacités de réalisatrice. Ainsi, elle ne se contente pas d’une forme naturaliste, habituelle avec ce genre de production. Elle préfère avoir recours à une esthétique colorée, notamment grâce à la belle photographie d’Evgenia Alexandrova, mais aussi à des mouvements de caméra travaillés et parfois audacieux. Enfin, on signalera la grande qualité de la direction des actrices, vraiment toutes formidables, avec une petite préférence pour la prestation de Souheila Yacoub, aussi crédible en femme libérée qu’en victime traumatisée.
Une comédie fofolle et finalement très personnelle
Comédie drôle, enlevée et plutôt originale lorsqu’elle dérive vers le fantastique dans le dernier tiers, Les Femmes au balcon est donc une réussite, même si certains dialogues s’avèrent un peu trop explicites dans leur dénonciation féministe.
Présenté en séance de minuit au Festival de Cannes 2024, le métrage est loin d’avoir fait l’unanimité puisque ses délires trash n’ont pas été du goût de tout le monde. C’est pourtant cela qui le distingue du tout-venant de la comédie française actuelle, si fade et impersonnelle. Au moins, on sent que Noémie Merlant a mis tout son cœur et toute son âme dans ce projet éminemment personnel.
Box-office des Femmes au balcon
Proposé dans un parc très raisonnable de 164 salles par le distributeur Tandem Films à partir du 11 décembre 2024, la comédie trash n’a séduit que 45 741 spectatrices sur toute la France. Ainsi, la nouveauté n’entre qu’en 16ème place du box-office hebdomadaire. Une sacrée contre-performance, donc. La semaine suivante confirme la catastrophe avec une perte de plus de 50% des entrées et seulement 19 082 retardataires dans des salles désespérément vides.
Comme le film n’avait rien pour constituer une sortie familiale idéale pour les fêtes, sa contre-programmation en fait un échec encore plus grand durant les semaines de vacances. En fin de carrière, Les Femmes au balcon rentrent chez elles avec 86 010 tickets vendus. Dès lors, seul un DVD a été édité et il faut donc se ruer sur la VOD pour visionner le film en HD.
Critique de Virgile Dumez
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Noémie Merlant, Christophe Montenez, Souheila Yacoub, Sanda Codreanu, Lucas Bravo
Mots clés
Cinéma français, Comédies trash, La revanche des femmes au cinéma, Le viol au cinéma, La violence faite aux femmes au cinéma