Evocation à la fois drôle et passionnante d’une période faste du cinéma français, Nouvelle Vague constitue une belle réussite au sein de la filmographie de Richard Linklater. Pour cinéphiles !
Synopsis : Ceci est l’histoire de Godard tournant À bout de souffle, racontée dans le style et l’esprit de Godard tournant À bout de souffle.
Le film d’un cinéphile !
Critique : Cinéphile acharné, le cinéaste Richard Linklater a toujours clamé son admiration pour le cinéma français, et notamment celui de la Nouvelle Vague. Son amour de la France l’a déjà amené à tourner dans notre pays le très bon Before Sunset (2004). Toutefois, le projet de raconter l’aventure de la création du film À bout de souffle (Jean-Luc Godard, 1960) a pris une dizaine d’années avant de se concrétiser.

© 2025 ARP Sélection / Photographie : Jean-Louis Fernandez. Tous droits réservés.
Pour écrire le script, Richard Linklater s’est entouré de ses collaborateurs habituels Holly Gent et Vincent Palmo Jr., mais il lui fallait également une expertise française pour écrire les dialogues et vérifier que tout soit conforme à la vérité historique. Pour cela, la réalisatrice Laetitia Masson a été requise, tandis qu’elle a été conseillée par Michèle Halberstadt qui a bien connu Jean-Luc Godard pour avoir joué dans certains de ses films, l’avoir interviewé, mais aussi avoir distribué son Eloge de l’amour. Ces contributions ont été essentielles pour capter l’ambiance qui régnait à l’époque des Cahiers du Cinéma, et notamment l’effervescence créatrice qui a émergé à cette époque en réaction au cinéma de papa en pleine déliquescence.
Un projet assez long à concrétiser pour Richard Linklater
Alors que Richard Linklater est connu pour tourner film sur film à toute vitesse, il a passé davantage de temps pour trouver un casting totalement original, fait essentiellement de nouvelles têtes qui pouvaient ressembler à leurs prestigieux modèles. Ainsi, son équipe de casting a déniché sur internet le photographe professionnel Guillaume Marbeck qui interprète ici Godard avec un mimétisme impressionnant. Pour Jean Seberg, Linklater a retrouvé sa complice Zoey Deutch qui a coupé ses cheveux longs et s’est teinte en blonde pour se transformer en un sosie quasiment parfait de la starlette des années 50-60.
En ce qui concerne Jean-Paul Belmondo, on pouvait s’attendre à voir Victor Belmondo endosser le rôle de son grand-père, mais Linklater a déniché un jeune comédien montpelliérain nommé Aubry Dullin. Ce choix apparaît comme une évidence dès les premières répliques de l’acteur, d’une justesse absolue en Bébel. Même constat pour tous les nombreux seconds rôles, tous parfaitement choisis pour leur ressemblance avec leurs modèles. De Bresson à Resnais, en passant par Beauregard ou encore Suzanne Schiffman, tous sont impeccablement ressemblants.
L’histoire passionnante d’une période d’effervescence créatrice
Ainsi, Nouvelle Vague commence au moment où la plupart des jeunes critiques des Cahiers du Cinéma viennent de réaliser leur premier film. Claude Chabrol a mis en scène Le Beau Serge (1958) et a attiré plus d’un million de spectateurs dans les salles, puis François Truffaut cartonne avec Les 400 coups (1959) qui est un raz-de-marée de plus de 4 millions de spectateurs. Autant dire qu’il existe un véritable phénomène autour de ce mouvement de jeunes loups aux dents longues.
Nous retrouvons donc ici Jean-Luc Godard frustré d’être le seul à n’avoir pas réalisé de long métrage. Pour se faire produire par Georges de Beauregard, il accepte d’adapter au grand écran un scénario de François Truffaut, tandis que Claude Chabrol est nommé conseiller technique – en réalité il ne mettra pas un pied sur le plateau. Grâce aux triomphes rencontrés par ses prédécesseurs, Godard bénéficie d’une grande liberté d’action afin de réaliser ce qui deviendra À bout de souffle.
Quand la seule règle était de n’en respecter aucune
Et c’est là que Richard Linklater remporte haut la main son pari puisqu’il hisse un simple making of rétrospectif en une œuvre de fiction enthousiasmante, du moins pour les cinéphiles. Il fait de Jean-Luc Godard un électron libre qui ne respecte aucune règle du cinéma traditionnel, entrainant à la fois l’admiration et la consternation de ceux qui travaillent avec lui. L’artiste est en lui-même un magnifique personnage de comédie, tant il se comporte de manière totalement inappropriée à chaque étape du processus.

© 2025 ARP Sélection / Photographie : Jean-Louis Fernandez. Tous droits réservés.
Persuadé de son génie, mais butant toujours sur l’écriture qu’il repousse jusqu’au dernier moment, Jean-Luc Godard avait une si haute idée du cinéma qu’il en refusait tous les cadres normatifs et donc forcément réducteurs. Pour lui, la narration classique n’avait aucun intérêt par rapport à l’intrusion du réel dans le cadre. Peu importaient les faux raccords, la mauvaise lumière ou les hésitations des comédiens, tout ceci offrant au spectateur une expérience inédite d’un cinéma en roue libre et en totale liberté.
D’un petit film à un phénomène mondial
On adore les moments où Godard annonce à son équipe que le tournage du jour est achevé alors qu’il n’est même pas midi. Cette attitude est attestée par de nombreux documents et certains plans-séquences du film ont été réalisés afin de compenser les pertes de temps d’autres journées. De même, le cinéaste se contente souvent de la première prise, sans même vérifier le résultat à la caméra.
Cette nonchalance, qui pouvait passer pour de l’incompétence à la Ed Wood, a pourtant débouché sur un des films les plus importants de l’histoire du cinéma mondial. Si ses camarades ont ouvert le bal avec des œuvres finalement assez proches du néoréalisme italien, Godard, lui, a créé une nouvelle forme de cinéma qui a inspiré des cinéastes du monde entier, que ce soit en Europe, en Asie ou même aux Etats-Unis, comme en témoigne le film de Linklater.
La résurrection d’un mouvement essentiel de l’histoire du cinéma
Grâce à un noir et blanc parfaitement adapté à son sujet, à une ressemblance manifeste des comédiens avec leurs modèles et l’extrême justesse de sa reconstitution d’époque, Nouvelle Vague est assurément une grande réussite artistique doublée d’un témoignage précieux sur la création lorsque celle-ci ose s’affranchir des règles imposées. Certes, on pourra reprocher à Richard Linklater d’avoir filmé tout ceci de manière très appliquée, mais il évite justement le pastiche de l’œuvre de Godard, ce qui est d’une plus grande honnêteté.
Cette très belle réussite, supérieure au Redoutable (Michel Hazanavicius, 2017) qui évoquait aussi la vie de Godard, a été présentée au Festival de Cannes 2025 et a reçu un bel accueil de la critique, même s’il n’a obtenu aucun prix. Début 2026, Nouvelle Vague a davantage cartonné aux César où il a décroché quatre statuettes dont celles de la meilleure réalisation, des meilleurs costumes, de la meilleure photographie et du meilleur montage.
Box-office français de Nouvelle Vague
Proposé en salles par ARP Sélection à partir du 8 octobre 2025, Nouvelle Vague a posé ses valises dans 202 cinémas pour une première semaine à 55 220 cinéphiles et une 11ème place hebdomadaire. Cela est globalement décevant, même si le réalisateur est un habitué des petits scores en France. En deuxième semaine, le film perd déjà 40 % de ses entrées avec seulement 33 125 retardataires. Donc, il faut patienter jusqu’en semaine 3 pour voir le film franchir la barre symbolique des 100 000 entrées grâce à 21 342 passionnés de plus. Au bout du premier mois, le métrage commence à stagner autour des 10 000 entrées par semaine et finit sa course avec 132 368 cinéphiles dans les salles.

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Ce score décevant n’est pourtant pas très grave puisque le film a été vendu à la firme Netflix pour une diffusion sur sa plateforme aux Etats-Unis. Or, le chiffre de 4 millions de dollars a fuité, ce qui en fait la vente la plus importante à ce jour pour un film en langue française. Si l’on ajoute le parcours en salles dans les autres pays, Nouvelle Vague est finalement une bonne affaire pour tout le monde. Les cinéphiles que nous sommes ne s’en plaindront pas.
Critique de Virgile Dumez
Les films sur le cinéma
Notes cannoises
Le film : Quelques mois après avoir été nominé à Berlin avec Blue Moon, Richard Linklater est déjà de retour en compétition, à Cannes, avec son premier film en français, Nouvelle Vague.
L’auteur qui n’avait pas été en compétition cannoise depuis 2006 et Fast Food Fast Nation, revient sur l’origine de la révolution du langage cinématographique, en revisitant le tournage d’A Bout de souffle de Godard, en noir et blanc.
Le réalisateur de Before Sunrise, Boyhood et Hit Man sur Netflix, y dirige Guillaume Marbeck dans le rôle du cinéaste suisse, Zoey Deutch dans le rôle de l’Américaine Jean Seberg, et le jeune Aubry Dullin dans le rôle de Jean-Paul Belmondo.
Nouvelle Vague de Godard (1990), Nouvelle Vague de Richard Linklater (2025)
Co-écrit par la cinéaste Laetitia Masson, Michèle Petin (anciennement Michèle Halberstadt), et ses scénaristes potes Holly Gent Palmo et Vincent Palmo Jr. avec lesquels il a collaboré sur Orson Welles & Moi et Where’d You Go Bernadette, Nouvelle Vague est distribué et produit par ARP, société de Laurent et Michèle Pétin.
L’un des événements du Festival de Cannes où un certain Nouvelle Vague d’un certain Jean-Luc Godard avait été en compétition en 1990. Le film mettait en scène un certain Alain Delon dans un rôle iconique.
Notes cannoises de Frédéric Mignard
Les sorties de la semaine du 8 octobre 2025
Les films du Festival de Cannes 2025

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Biographies +
Richard Linklater, Guillaume Marbeck, Aubry Dullin, Adrien Rouyard, Iliana Zabeth, Tom Novembre, Zoey Deutch
Mots clés
Cinéma français, Films de la Nouvelle Vague, Film sur le cinéma, Cannes 2025 : en compétition, César 2026