Avec La Voie du serpent, Kiyoshi Kurosawa signe un remake peu inspiré de l’un de ses films des années 90. Le tout manque de tension, malgré une thématique très sombre qui nous séduit encore.
Synopsis : Albert Bacheret est un père dévasté par la disparition inexplicable de sa fille de huit ans. Alors que la police semble incapable de résoudre l’affaire, il décide de mener sa propre enquête et reçoit l’aide inattendue de Sayoko, une énigmatique psychiatre japonaise. Ensemble, ils kidnappent des responsables du “Cercle”, une société secrète. Mais chaque nouvel indice mène à un nouveau suspect qui présente toujours une version différente des faits… Obsédé par la vérité, Albert va devoir naviguer entre sa soif aveugle de vengeance et une infinie spirale de mensonges.
Kiyoshi Kurosawa aux commandes du remake d’un de ses films
Critique : Au début des années 2020, la récente société de production Cinéfrance Studios créée en 2018 par David Gauquié et Julien Deris, propose au cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa de tourner un remake en français de son film Serpent’s Path (1998). Pour mémoire, ce long-métrage nippon a été initialement réalisé en 16mm, puis gonflé en 35mm pour pouvoir être diffusé dans les salles japonaises. Par ailleurs, ce thriller plutôt étrange est demeuré inédit en France, y compris en vidéo, alors même qu’il correspond à la période la plus faste du cinéaste sur le plan créatif (Cure et Charisma datent de cette époque).

© 2024 Cinefrance Studios, Kadokawa, Tarantula, Shelter Prod / Photo : Art House. Tous droits réservés.
Kurosawa, qui a déjà tourné en France Le Secret de la chambre noire (2016), accepte volontiers le défi et réécrit le scénario d’origine avec l’aide du critique Aurélien Ferenczi – qui décède d’une crise cardiaque avant la sortie du film en France. Parmi les modifications opérées, l’un des personnages qui était un homme devient ici une femme interprétée par la comédienne et chanteuse japonaise Kô Shibasaki. Ensuite, l’organisation yakuza qui était en cause dans la première version a été remplacée ici par une sorte de société secrète nommée Le Cercle.
On reconnaît le style de Kurosawa, l’inspiration en moins
Ainsi, dans La Voie du serpent, le spectateur est amené à suivre les pérégrinations de deux personnages, un père de famille qui vient de perdre sa fille dans des circonstances atroces et mystérieuses (Damien Bonnard) et une psychiatre elle aussi avare en explications (Kô Shibasaki, donc). Sans vraiment passer par une phase d’exposition, Kiyoshi Kurosawa nous convie à suivre l’enlèvement d’un homme interprété par Mathieu Amalric. Désormais, le film va multiplier les séquences de kidnapping puisque chaque personnage va guider l’enquête des deux vengeurs vers d’autres protagonistes.
Entre les deux, le cinéaste signe un nombre conséquent de scènes tournées dans des hangars désaffectés qui ressemblent à ceux de la saga Saw. L’univers de La Voie du serpent est donc rattaché à une esthétique industrielle froide et clinique. On y retrouve donc la marque de fabrique du réalisateur, mais cette fois sans y retrouver l’inspiration de ses plus grandes œuvres. Effectivement, le thriller s’avère d’une lenteur assez désespérante, donnant souvent l’impression de piétiner, tout en laissant le spectateur sur le bord du chemin par manque d’explications claires.
Retour aux ambiances poisseuses des années 90
Toutefois, tout n’est pas à jeter dans ce film qui se termine sur une notation particulièrement sombre, renvoyant le long métrage à des œuvres typiques des années 90 comme Tesis (Alejandro Amenábar, 1996) ou encore 8mm (Joel Schumacher, 1999). La thématique développée ici décrit un monde déshumanisé, uniquement préoccupé par le gain d’argent au détriment de toute forme de morale. Il se finit d’ailleurs sur un twist qui glace encore un peu plus les sangs.

© 2024 Cinefrance Studios, Kadokawa, Tarantula, Shelter Prod / Photo : Art House. Tous droits réservés.
Malheureusement, pour y parvenir, le cinéaste ne réussit que très partiellement à maintenir notre intérêt car son film manque de la tension nécessaire. Pire, il semble bien en peine de diriger nos comédiens français, visiblement peu à l’aise. Ainsi, ils n’arrivent pas à faire corps avec leurs confrères japonais dont les prestations paraissent bien plus sobres et maîtrisées. Très inégal, le résultat final n’est ni catastrophique, ni franchement enthousiasmant, ce qui explique sans doute le peu d’intérêt suscité par cette coproduction franco-japonaise.
Box-office de La Voie du serpent
Sélectionné en compétition au 72e Festival international du film de San Sebastián (2024), La Voie du serpent est repartie sans aucune récompense. D’ailleurs, le thriller pesant a mis du temps avant d’être programmé dans les salles françaises par le distributeur Art House au mois de septembre 2025. Il s’agissait du troisième film du réalisateur à être diffusé dans nos salles cette même année, après le moyen métrage Chime, puis le thriller Cloud.
Présent dans 138 salles à partir du mercredi 3 septembre 2025, La Voie du serpent et son affiche particulièrement repoussante n’a trouvé que 9 391 victimes lors de sa semaine d’investiture. Autant dire que les spectateurs ont assisté à la projection dans des salles désertes. La catastrophe est telle qu’en deuxième semaine, le film s’écroule à 2 819 retardataires, avant de perdre encore la moitié de ses entrées en troisième septaine avec seulement 1 221 tickets de plus. La Voie du serpent se mord donc la queue au bout d’un mois où il est carrément retiré de l’affiche avec un total de 14 217 entrées sur toute la France.
Finalement, le métrage est proposé par l’éditeur Hanabi dans un combo DVD / blu-ray au mois de décembre 2025. A la même date, il édite également un pack de trois blu-ray contenant notre film, ainsi que Cloud et Invasion, ce dernier datant de 2017.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 3 septembre 2025
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Affiche © Jeff Maunoury
Biographies +
Kiyoshi Kurosawa, Mathieu Amalric, Damien Bonnard, Grégoire Colin, Hidetoshi Nishijima, Vimala Pons, Kô Shibasaki
Mots clés
Cinéma français, Cinéma japonais, La torture au cinéma, La vengeance au cinéma, Le trafic d’organes au cinéma, Remake