Vortex : la critique du film (2021)

Drame, Drame psychologique, Film choc | 2h22min
Note de la rédaction :
9/10
9
Vortex, affiche du film de Gaspar Noé, Cannes 2021

  • Réalisateur : Gaspar Noé
  • Acteurs : Dario Argento, Alex Lutz, Françoise Lebrun
  • Date de sortie: 16 Juil 2021
  • Année de production : 2021
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Vortex
  • Titres alternatifs :
  • Scénaristes : Gaspar Noé
  • Directeur de la photographie : Benoît Debie
  • Monteur : Denis Bedlow, Gaspar Noé
  • Compositeur :
  • Producteurs : Edouard Weil, Vincent Maraval, Brahim Chioua
  • Sociétés de production : Rectangle Productions – Wild Bunch International, en coproduction avec : Les Cinémas De La Zone – Knmartemis Productions – Srab Films – Les Films Velvet – Kallouche Cinéma
  • Distributeur : Wild Bunch Distribution
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : -
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris-Périphérie : -
  • Box-office USA / Monde -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : -
  • Formats : 2.39 (split screen) / Couleur / 5.1
  • Festivals et récompenses : Sélection Officielle Cannes 2021 (Cannes Première)
  • Illustrateur / Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 2021 Rectangle Productions – Wild Bunch International – Les Cinémas De La Zone – Knmartemis Productions – Srab Films – Les Films Velvet – Kallouche Cinéma. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Vortex de Gaspar Noé est l’œuvre la plus mature et aboutie de l’auteur. Malaisante mais douloureusement humaine, un paroxysme dans une carrière choc. 

Synopsis : Un couple de personnes âgés sombre peu à peu dans la sénilité. Leur fils, impuissant, doit répondre à ses propres démons quand la situation dégénère.

Critique : Le synopsis cannois de Vortex en dit long :  «La vie est une courte fête qui sera vite oubliée.» Le ton est donné. Funeste, mais réaliste. Cruel, mais philosophe. Amer, mais réaliste.

Critique du film Vortex

© 2021 Rectangle Productions – Wild Bunch International – Les Cinémas De La Zone – Knmartemis Productions – Srab Films – Les Films Velvet – Kallouche Cinéma. Tous droits réservés / All rights reserved

Le nouveau vortex d’émotions fortes d’un Gaspar Noé inattendu

Exit le Gaspar Noé des provocations, des trips sous acide légendaires (Enter the Void), des dancefloors cannibales (Climax), du plan-séquence de viol insoutenable qui avait froissé la Croisette (Irréversible), ou des scènes crues et « sexplicites » de Love. Noé approche de la soixantaine. Après des expériences familiales et personnelles qui changent un homme (une hémorragie cérébrale lui a fait frôler la mort), le sujet et la tonalité de son nouvel objet cinématographique est grave, puissant, émouvant. Radical aussi. Son cinéma devient lucide quand son œuvre jusqu’à présent s’était inébranlablement bâtie sur une approche extralucide.

Assister au déclin d’un vieux couple d’intellectuels qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes dans un appartement qui croule sous les souvenirs chargés d’une vie qui n’est plus, est forcément lugubre. D’autant que Vortex n’épargne pas les détails d’un quotidien morne qu’il retrace avec une précision chirurgicale. Il évoque la dégénérescence mentale et corporelle, en balayant d’un revers de main l’originalité de ce qu’il raconte : «C’est juste l’histoire d’un effondrement génétique programmé», lâche-t-il pour résumer son œuvre qui fait suite au film à Oscars The Father ou à la Palme d’or cannoise Amour de Haneke. C’est magnifiquement dit, de façon clinique, mais sans pour autant être désabusé.

L’horreur est humaine

Pour relater la fin de vie du couple magnifique que forment Dario Argento et Françoise Lebrun, deux figures que le cinéaste vénère et qu’il pousse dans des retranchements psychologiques qui forcent le respect, le cinéaste argentin n’a pas abandonné la virtuosité technique. Il utilise la technique narrative du split-screen pour isoler l’errance de ses protagonistes, que l’on suit en parallèle dans leur combat quotidien contre la maladie. Le procédé n’est nullement tape-à-l’œil ou gratuit, il construit toute une psychologie et un sentiment palpable de peur et d’isolement chez ses êtres déclassés de la société, totalement vulnérables, qui ne peuvent plus s’assurer dans un cas de la bienveillance de leur corps ou dans l’autre de leur mental. La déchéance s’installe, mais chacun dans le couple se voit offrir un traitement identique, un poids similaire. Leur déambulation double accentue la détresse et rend la projection lourde, pesante, voire anxiogène. Et pourtant, poétique et poignante, avec des touches de lumière.

Affiche teaser, Vortex de Gaspar Noé

© 2021 Rectangle Productions – Wild Bunch International – Les Cinémas De La Zone – Knmartemis Productions – Srab Films – Les Films Velvet – Kallouche Cinéma. Tous droits réservés / All rights reserved

Vortex, une mise en abyme radicale

Dans Vortex, Gaspar Noé remplit doublement l’image par ses personnages sublimes, au sens gothique et romantique de l’adjectif, car au bord du précipice qui va les happer à jamais. La grandeur passée de ces deux êtres, lui critique émérite de cinéma, elle médecin, femme de science, obsédée par les médicaments qu’elle s’autoprescrit encore au risque de sa vie (l’addiction est l’un des grands thèmes de Vortex, comme souvent chez Noé), devient un théâtre absurde, celui d’une fin de vie que l’on prend forcément avec la dévastation de la mise en abyme, tant l’universalité de ce qui est décrit, rend l’expérience cinématographique difficile, mais nécessaire.

La puissance narrative et la construction du récit ne sont rien sans le mérite des acteurs. Au-delà des deux vétérans qui sont dans une perfection égale, on n’omettra pas de souligner l’incroyable jeu d’Alex Lutz. Le comédien caméléon de Guy et Cinquième set se transforme à l’écran dans sa vulnérabilité ; il s’approprie les angoisses et le désespoir de situations, avec une infinie justesse. Habile dans l’improvisation, physiquement époustouflant dans sa présence, il se pose au bord de son propre précipice et force le respect.

Gaspar Noé et la diversité du talent

Malgré sa thématique (Alzheimer, la dégénérescence, la perte de la dignité dans ses derniers instants, la souffrance du fils quadragénaire incapable de gérer l’insupportable et sa propre déchéance), Vortex n’est pas une œuvre qui suscite le regret. Elle interpelle dans sa capacité cathartique à nous replacer dans notre propre expérience. Elle n’est jamais une épreuve que l’on ne souhaiterait voir qu’une seule fois dans sa vie de cinéphile et ne plus jamais revenir dessus. Gaspar Noé et sa minutie de peintre, sa dextérité de technicien, sa poésie d’allumé, délivre un objet de fascination qui occupe une part importante du spectateur que l’on devient après la projection. La dualité du traitement du récit singularise l’expérience. L’unicité expérimentale nous fait pénétrer dans une famille dont la douleur, la panique et le désarroi devient nôtre.

Et c’est avec incompréhension que l’on constate la présence du film sur la Croisette, dans la sélection « Cannes Première ». Ce monument d’un cinéma de fiction, à la fois personnel et documentaire, atteint les hauteurs de la Compétition 2021 ; il écrase bien des choix plus incongrus. Il aurait  probablement mérité une place au palmarès. Aussi, les César, même si Noé et ses provocations ne sont pas leur tasse de thé, devront ne pas l’oublier. Car en matière de diversité, avant la couleur et le genre, le septième art ne devrait surtout pas oublier celle plus iconoclaste qui devrait être première, celle des talents.

Wild Bunch distribuera le film en salle, probablement en 2022. La date ne semble pas encore déterminée.

Frédéric Mignard

Vortex, affiche du film de Gaspar Noé, Cannes 2021

Copyrights Wild Bunch Distribution

Trailers & Vidéos

trailers
x
Vortex, affiche du film de Gaspar Noé, Cannes 2021

Bande-annonce de Vortex

Drame, Drame psychologique, Film choc

x