Vieille canaille : la critique du film (1993)

Comédie, Policier | 1h40min
Note de la rédaction :
6/10
6
Vieille canaille, l'affiche

  • Réalisateur : Gérard Jourd’hui
  • Acteurs : Michel Serrault, Catherine Frot, Pierre Richard, Anna Galiena, Jean-Pierre Bouvier, Laurent Gamelon
  • Date de sortie: 06 Jan 1993
  • Nationalité : Français
  • Année de production : 1992
  • Scénariste(s) : Gérard Jourd'hui, Dominique Roulet d'après le roman His Names Was Death de Fredric Brown
  • Directeur de la photographie : Georges Barsky
  • Compositeur : Bruno Coulais
  • Société(s) de production : Centre Européen Cinématographique Rhône-Alpes, France 3 Cinéma, J.M. Productions
  • Distributeur : AFMD
  • Éditeur(s) vidéo : Film Office (VHS) / StudioCanal (DVD)
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris-périphérie : 161 370 entrées / 66 411 entrées
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : Couleurs
  • Festivals et récompenses : Nominé pour le Meilleur film au Mystfest (Festival italien du polar) en 1993
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : StudioCanal
Note des spectateurs :
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Comédie noire vulgaire et amusante, Vieille canaille permet à Michel Serrault de faire son numéro de cabotin avec une jubilation communicative. Agréable, malgré une réalisation anodine.

Synopsis : Darius Caunes, petit artisan graveur et patron d’une petite imprimerie, mène une vie au-dessus de tout soupçon. En réalité, il est l’auteur d’un crime parfait, celui de sa femme, deux ans auparavant, et le créateur de faux billets de cinq cents francs. Mais le jour où un grain de sable va enrayer la machine, ce père tranquille de l’escroquerie va devoir s’adapter à sa nouvelle profession : vieille canaille et artisan meurtrier.

Une comédie noire par l’équipe de La vieille qui marchait dans la mer

Critique : En 1991, le producteur de télévision Gérard Jourd’hui a monté l’adaptation haute en couleur d’un livre de San Antonio intitulé La vieille qui marchait dans la mer qu’il a confié à Dominique Roulet au scénario et Laurent Heynemann pour la réalisation. Le long-métrage a connu un certain succès dans les salles, tout en confortant un peu plus son duo vedette Michel Serrault et Jeanne Moreau.

Dans la foulée de ce beau coup, Gérard Jourd’hui convoque à nouveau son complice Dominique Roulet pour adapter un roman noir américain de Fredric Brown intitulé Meurtres en filigrane en France lors de sa publication en 1963. Les compères lui préféreront le titre de Vieille canaille pour la sortie cinéma au mois de janvier 1993, ce qui indique davantage l’option humoristique choisie par le duo. Effectivement, Gérard Jourd’hui est parvenu à convaincre Michel Serrault d’interpréter le rôle de cet imprimeur à la double vie : celle d’un honnête artisan le jour, et de criminel et faussaire la nuit.

Michel Serrault toujours aussi cabotin

D’un commun accord, Gérard Jourd’hui et Serrault ont tiré progressivement le film vers un versant plus bouffon et comique. C’est ce dont témoigne Michel Serrault dans son autobiographie Vous avez dit Serrault ? (2001) :

J’aime beaucoup ce film qui m’offrait un rôle à double face dans un bain d’humour noir. […] Ce qui me plaît avec ces personnages de comédie décalées, c’est qu’on peut les faire décoller du réalisme, les rendre burlesques, forcer le trait à la manière des Marx ou de Laurel et Hardy. Et avec la complicité du metteur en scène – c’était bien le cas ici – inventer pour les enrichir. Comme cet imprimeur avait une double vie, et qu’il était en quelque sorte contraint d’en jouer une, je proposai à Jourd’hui d’en faire un amateur et connaisseur de théâtre. Gérard me répondit : – Un cabot ? C’est parfait. Tu vas faire ça sans difficulté !

Et de fait, si Vieille canaille est bien un film policier avec une intrigue plutôt sombre à base de manipulation et de meurtre, les auteurs ont tiré l’ensemble vers la comédie noire. Cela démarre très fort avec une scène d’engueulade entre Serrault et sa femme où la verdeur du langage rappelle fortement celle de La vieille qui marchait dans la mer. Par la suite, cette tendance à la vulgarité s’atténue quelque peu, sans disparaître tout à fait. En réalité, la seule présence de Michel Serrault permet au film de se maintenir à flot, puisqu’il cabotine effectivement beaucoup, pour notre plus grand plaisir.

Une réalisation trop sage, mais les acteurs sauvent les meubles

On peut sans doute regretter le manque d’imagination de la réalisation de Gérard Jourd’hui, plutôt habitué aux plateaux de télévision. Certes, il soigne sa photographie grâce à l’apport de Georges Barsky et tente à plusieurs reprises de magnifier les paysages nocturnes de Lyon, mais tout ceci reste tout de même un peu plat. En réalité, Jourd’hui préfère laisser ses comédiens animer l’écran. Il s’appuie ici sur un maître du genre avec Michel Serrault qui forme un duo plutôt intéressant avec Pierre Richard, un peu plus sobre que d’habitude. On apprécie également la présence discrète, mais essentielle de la jolie Anna Galiena qui venait de nous séduire dans le superbe Mari de la coiffeuse (1990) de Patrice Leconte.

Avec son intrigue plutôt bien ficelée, ses dialogues vachards et son ambiance de comédie noire, Vieille canaille parvient donc à séduire malgré ses limites formelles et un dangereux trou d’air narratif au bout d’une heure de projection.

Un échec commercial qui a condamné le film à l’oubli

Sorti dans l’indifférence générale au mois de janvier 1993, Vieille canaille n’arrive à percer la première semaine de son exploitation qu’à la neuvième place du box-office parisien, loin derrière l’outsider Arizona Dream (Kusturica) qui était pourtant diffusé sur moins d’écrans. Au final, Vieille canaille n’a convaincu que 161 370 spectateurs sur tout le territoire national. Depuis, le film est largement tombé dans l’oubli, même si ceux qui l’ont vu ont généralement un avis plutôt positif. Quasiment introuvable sur support physique, le long-métrage est désormais visible sur les plates-formes de VOD.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 6 janvier 1993

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Vieille canaille, l'affiche

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