Thriller politique, Une affaire de principe dénonce l’influence des lobbies sur les politiques européennes sans tomber dans le populisme. Le résultat est assez efficace grâce à un montage resserré.
Synopsis : Bruxelles, 2012. Quand le commissaire à la santé est limogé du jour au lendemain, dans la plus grande opacité, le député européen José Bové et ses assistants parlementaires décident de mener l’enquête. Ils vont alors découvrir un véritable complot menaçant de déstabiliser les instances européennes, jusqu’à leur sommet.
A l’origine, un scandale européen de 2012
Critique : Durant des recherches pour un autre projet qui ne s’est pas concrétisé, le cinéaste Antoine Raimbault (Une intime conviction en 2018) est tombé par hasard sur l’affaire du licenciement abusif du commissaire européen de la santé John Dalli en 2012, alors qu’il s’apprêtait à faire passer une loi anti-tabac. Au passage, il découvre que l’ancien syndicaliste et désormais député européen José Bové a joué un rôle central au cœur de ce scandale mettant en lumière l’influence des lobbies au sein de l’institution européenne. Mieux, il a décrit son action dans son livre Hold-up à Bruxelles, les lobbies au cœur de l’Europe datant de 2014.

© 2024 Agat Films & Cie, Memento Films, Panache Productions, La Compagnie Cinématographique, France 3 Cinéma, VOO, BE TV, Radio Télévision Belge Francophone (RTBF), Proximus / Photo : Pascal Chantier. Tous droits réservés.
Après avoir rencontré José Bové par l’intermédiaire de Robert Guédiguian (patron d’Agat Films, qui produit le film), Antoine Raimbault est persuadé qu’il tient là un sujet idéal pour un thriller politique en terre inconnue. Pour pouvoir rendre Une affaire de principe intelligible pour le plus grand nombre, Raimbault et son coscénariste Marc Syrigas embrassent la fiction en inventant par exemple le personnage de la jeune stagiaire jouée par Céleste Brunnquell qui constitue un parfait guide pour le spectateur peu renseigné sur la complexité des institutions européennes. C’est à travers les yeux candides de son personnage que le spectateur peut entrer dans l’intrigue, particulièrement touffue et aux multiples ramifications.
Faire évoluer le système de l’intérieur
Antoine Raimbault s’éloigne également de l’image publique de José Bové, toujours rattaché à ses actions coup de poing en tant que syndicaliste lorsqu’il a démonté un McDonald’s ou fauché des champs plantés en OGM. En fait, le cinéaste prend l’homme à un autre moment de son parcours personnel, lorsqu’il est devenu député européen durant une dizaine d’années et qu’il continue à se battre, mais à l’intérieur de l’institution qu’il combattait avant de l’extérieur. Par principe, il opte pour la défense du commissaire à la santé limogé injustement alors qu’il s’agissait d’un opposant politique. Avec l’aide de ses assistants parlementaires, il met alors à jour une vaste conspiration du lobby du tabac pour mettre en échec une loi anti-tabac visant à rendre anonyme les paquets en les affublant de photos dissuasives.
C’est donc cette affaire que le cinéaste s’emploie à nous expliquer, sans jamais tomber dans le piège du populisme qui viserait à déclarer que tous les politiques sont corrompus et pourris. Au contraire, il dénonce à juste titre les députés qui pratiquent le conflit d’intérêt, tout en valorisant le travail de ceux qui luttent contre cette dérive anti-démocratique. Pour cela, Antoine Raimbault prend exemple sur des films-dossiers comme on pouvait en voir dans les années 70 comme les œuvres de Costa-Gavras, mais aussi dans le cinéma américain. On pense bien sûr aux classiques du genre comme Les hommes du président (Alan J. Pakula, 1976), mais aussi au plus récent Spotlight (Tom McCarthy, 2015).
Au cœur des institutions européennes, aux rouages complexes
En assumant parfaitement l’aspect « thriller de bureau », le réalisateur dynamise l’ensemble par des dialogues pointus, mais non dénués d’humour. Certes, il peut parfois se laisser aller au didactisme, mais cela était nécessaire pour que le spectateur ne soit pas perdu dans les arcanes complexes du pouvoir européen.

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Au final, il livre un thriller politique intéressant qui suit trois générations différentes pour qui l’engagement citoyen est un véritable mode de vie. Le plus âgé est interprété par un Bouli Lanners immédiatement sympathique en José Bové. Son premier assistant est joué par Thomas Vandenberghe dans un contre-emploi total qui lui va bien. Enfin, la jeune Céleste Brunnquell apporte un sang neuf au duo et relance la machine du militantisme lorsqu’elle paraît grippée.
Au niveau de la réalisation, Antoine Raimbault s’est beaucoup servi de drones pour livrer des plans aériens qui évitent d’étouffer dans les bureaux, principaux lieux de l’action. Ensuite, il a travaillé son montage afin de resserrer au maximum l’intrigue, tandis que les dialogues sont débités à toute vitesse afin de rendre l’ensemble plus prenant. Enfin, la musique de Grégoire Auger enrobe le tout de manière efficace.
Box-office d’Une affaire de principe
Malgré des critiques plutôt positives, Une affaire de principe a été une sacrée déconvenue lors de sa sortie le 1er mai 2024. Peu aidé par une affiche hideuse dont on se demande comment elle a pu être validée, le métrage au coût de 6,79 millions d’euros a été proposé par Memento Films dans 206 salles pour une première semaine à 54 678 entrées, soit une arrivée en 16ème place hebdomadaire. Le camouflet est donc immédiat et malgré l’ajout d’écrans supplémentaires en deuxième instance (249 copies), Une affaire de principe perd 58 % de ses entrées et ne compte que 22 614 retardataires.
Ce n’est qu’au bout d’un mois de présence en salles que le thriller franchit la barre symbolique des 100 000 entrées. Si le film a été tenu à bout de bras par son distributeur qui a espéré un bouche à oreille favorable, il termine avec seulement 116 064 rescapés de l’altermondialisme dans les salles obscures. Preuve que José Bové – qui s’est retiré de la vie publique depuis quelques années – est bien une figure du passé qui n’intéresse plus le grand public.
Critique de Virgile Dumez
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© 2024 Agat Films & Cie, Memento Films, Panache Productions, La Compagnie Cinématographique, France 3 Cinéma, VOO, BE TV, Radio Télévision Belge Francophone (RTBF), Proximus / Affiche : Pascal Chantier (photos) ; Brutes / Troïka (création). Tous droits réservés.
Biographies +
Antoine Raimbault, Bouli Lanners, Thomas Vandenberghe, Bernard Blancan, Céleste Brunnquell, Maria de Medeiros, Nicolas Vaude, Joaquim de Almeida, Vincenzo Amato
Mots clés
Cinéma français, Cinéma belge, La politique au cinéma, La corruption au cinéma, Les grandes enquêtes au cinéma