Traquée (No One Will Save You) est le film de terreur extra-terrestre que l’on attendait tous en 2023. Une bombe lâchée sur l’espace de notre salon par Disney+.
Synopsis : Brynn Adams est une jeune femme créative et talentueuse rejetée par sa communauté. Solitaire et toujours optimiste, la jeune femme trouve son réconfort entre les murs de la maison où elle a grandi. Une nuit, elle est réveillée par d’étranges bruits provenant d’intrus manifestement non humains. Commence alors un éprouvant face-à-face entre Brynn et une foule de créatures extraterrestres qui, en plus de menacer son futur, l’amèneront à affronter son passé.
Critique : Un an après la bonne surprise que fut Barbare sur Disney+, la plateforme américaine propose aux États-Unis sur Hulu, et chez nous sur sa section Star (destinée aux jeunes adultes), un nouveau film d’épouvante particulièrement effroyable qui met tout le monde d’accord. Le film Traquée suscite dès le premier jour de sa diffusion de nombreuses réactions sur internet. Les spectateurs sont globalement emballés. Et ils ont raison.
On critiquera très volontiers le titre français, totalement impersonnel, qui renvoie vaguement au film éponyme de Ridley Scott, sorti en 1988 (Someone to Watch Over Me, avec Tom Berenger). En fait, en version originale, Traquée s’intitule No One will Save You, avec toute l’ambiguïté autour du pronom personnel « You ».
Pour une fois, le titre ne s’adresse pas directement aux spectateurs comme un simple argument marketing ; il peut se lire autrement. En effet, après le visionnage, on se rend compte qu’il s’adresse surtout à l’héroïne qui doit se battre seule contre tous, et notamment seule contre eux, les extraterrestres.

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Face à une créature lugubre qui scanne son domicile, personne ne vient l’aider dans ce qui s’apparente être un film de science-fiction dans toute la mythologie développée au début du XXe siècle. Au fil de la présentation psychologique d’un personnage opaque, aux secrets très lourds qui ont érigé toute la bourgade contre elle, on découvre l’horreur de la traque, l’abomination des actes commis et une mort sociale pesante, retranscrite par une histoire sans dialogues.
Ainsi, la première partie se développe comme un avatar diablement bien ficelé du genre du « home invasion ». La jeune femme apeurée, mais déterminée à survivre au cœur d’une grande maison, hors de notre modernité, se meut dans un décor typique des petites bourgades américaines que l’on introspectait dans les films des années 80. Cette mise à distance du monde moderne surmédiatisé permet à l’héroïne de prendre son fatum en main, lors d’une initiation à l’âge adulte pour le moins malmenée.
Traquée : chasse à l’humaine sans dialogues
Dès les cinq premières minutes, le personnage de Brynn est « traqué » par un extraterrestre qui est largement dévoilé dans ses formes canoniques. Des surprises viendront varier ce portrait d’alien qui s’adaptera aux différentes séquences à suivre, avec une certaine jubilation.
Le suspense est paradoxal. Il dévoile énormément, trahissant les injonctions narratives consistant à ne jamais trop en montrer, surtout dès la première partie. Thriller ostentatoire, Traquée n’en perd pas de son effroyable efficacité, L’exercice de style ne crée pas de faux suspense et se défend en étant plus qu’une chasse à l’humaine en huis clos démonstratif.

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Le film sans dialogues halète, pantèle, maltraite son héroïne en la coupant des mots et de toute communication autre que des onomatopées de survie. L’instinct et l’intériorité priment. Il faut, pour l’héroïne, échafauder des plans, dans le mutisme de l’entre soi – elle et elle-même.
Pendant 1h30, le procédé confronte la proie à un monde vide de mots et de solutions, du moins provenant des autres. De ce mutisme surgit le sens, puisque cette jeune femme doit se soumettre aux conséquences de ce qu’elle a commis (l’un des fils conducteur de la narration sans paroles) et ainsi redonner un sens à cette existence marginale, sans amis. Maintenant que sa mère est décédée, la menace extra-terrestre qui frappe via une succession de plans esthétiquement élaborés, tous de sons et de lumières, intervient comme un châtiment divin.
L’infiniment grand la pourchasse dans son espace à elle, fait de maison de poupées, comme pour forcer la rédemption de la pécheresse via cet exercice de terreur brute. Cela ne sera pas aussi simple. Dans les non-dits se brassent des pistes passionnantes qui épaississent une trame originale faussement famélique.
La découverte d’un auteur majeur : Brian Duffield
Cette production Twentieth Century Studios est réalisée par Brian Duffield. Il l’a également écrite et produite. Le cinéaste qui est ici à sa 2e réalisation de long-métrage, est clairement l’une des valeurs montantes à Hollywood. Très récemment, il a produit des films comme The Babysitter, mais également Crazy Bear. Il a également écrit des scénarios dont celui très sombre de Jane Got a Gun, western féministe tourmenté, et évidemment celui de The Babysitter.
Plus récemment, l’auteur s’est démarqué avec le scénario de Love and Monsters que les amateurs de niaiseries netflixiennes ont applaudi, mais qui, pour notre part, ne nous avait absolument pas convaincus. Euphémisme.
Au moins, cet artisan du cinéma de « monstre » démontre des capacités d’adaptation, même si ses scripts initiaux peuvent être malmenés par des tâcherons sans le pouvoir de dire non aux pontes du cinéma marchand. En parfait control-freak, il fallait forcément que Duffield le tout-puissant, prennent la caméra en main, jusqu’à la réalisation dont la narration passe par la vision. Et de vision, Duffield, il n’en manque pas.

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Le cinéaste qui a le vent en poupe, a même développé en 2023 un nouveau projet sur Netflix, pour Legendary Pictures, autour de Skull Island. Une série d’animation qu’il a créée, écrite et produite, autour de Kong, King Kong, réintroduit au cinéma par Legendary et Warner, durant les années 2010.
Indubitablement, le cinéaste est un auteur, dans tous recoins et sous-entendus de l’étiquette tant galvaudée. Il visualise son concept dans l’espace, il multiplie les dimensions sensorielles autour de l’intrigue ; il ébauche toute une cosmogonie qui rend son approche aussi méticuleuse qu’impressionnante.
Véritable maître des horloges, le cinéaste sublime cette histoire somme toute assez banale au premier abord, respectueuse des références, mais nettement plus satisfaisante qu’un Super 8 de J.J. Abrams, qui ne sera jamais qu’un simple hommage au genre, aux productions Amblin des années 80.
Brian Duffield nous renvoie à des situations connues et à des classiques de la science-fiction, notamment celles de Steven Spielberg et son Rencontres du 3e type, mais également au projet de science-fiction que Steven Spielberg destinait à Tobe Hooper, et qu’il a abandonné pour réaliser E.T. et produire Poltergeist de ce même Hooper. Impossible également de ne pas penser à L’Invasion des profanateurs de sépultures, puisqu’il y a effectivement usurpation d’identité, et, de par la présence d’un parasite qui se transmet quasiment de bouche en bouche, Hidden de Jack Sholder. On garde en tête, également, d’autres réjouissances plus récentes comme Signes (Shyamalan), Dark Skies (Jason Blum), et plus récemment au film de Nope de Jordan Peele.
Traquée : hommage respectueux, mythologie clichetone ou date dans le genre ?
Traquée ne sera pas une photocopie paresseuse de ce catalogue de films d’abductions extraterrestres. Sa narration est trop élaborée pour s’y soumettre. Et la technicité insémine à cette ambition un ADN authentique. Par une photographie impressionnante, des éclairages envoûtants et surtout un système sonore 7.1 éloquent, No One will Save You fascine, capte et établit une proximité sensorielle avec le spectateurs qui voyage dans univers aux portes de la folie, notamment celle du personnage incarné par Kaitlyn Dever dont on ne fait pas le tour si facilement.
Particulièrement efficace, Traquée légitime la volonté sensorielle de susciter l’effroi par l’image et le son, tout en nous éloignant de la rationalité des mots. L’apparat technique, le peu de personnages, et l’absence quasi-totale de dialogues (les deux mots lâchés viennent éclairer le passé choc de la jeune femme et son évolution quant à ce drama), ne rendent jamais la projection fastidieuse et répétitive, contrairement au faux buzz construit autour de The House (Skinamarink) qui s’est avéré être uniquement un exercice de style qui n’aurait jamais dû s’éloigner du format court.
Au final. Traquée est l’un des rares films découverts sur une plateforme en 2023 qui peut s’enorgueillir d’émerger en tant qu’œuvre d’un auteur à suivre et de ce fait survivra à l’environnement congestionné de son époque. Peu adepte des suites, Brian Duffield devra sûrement faire une entorse à sa philosophie. Pour notre part, on ne lui souhaite pas.
Voir le film sur Disney+
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