Souvenirs d’en France : la critique du film (1975)

Comédie dramatique | 1h35min
Note de la rédaction :
9/10
9
affiche souvenirs d'en France

Souvenirs d’en France est le premier grand film d’André Téchiné. Cette fresque élégante et distancée est magnifiée par la photo de Bruno Nuytten et une interprétation au diapason.

Synopsis : Une petite ville du Sud-Ouest, dans les années 1930. Les Pedret, famille de notables à la tête de l’usine locale, marient leur fils cadet Prosper à Régina, une jeune femme de son rang. Bientôt c’est au tour de son frère Hector d’officialiser sa relation avec Berthe, la blanchisseuse du coin. Mme Pedret est contre ce mariage, mais son mari reconnaît en Berthe la personne qu’il fut autrefois : fils d’immigrés espagnols, il a épousé une Française et a acquis sa fortune par ses propres moyens. La jeune femme entre alors dans la famille et deviendra au fil du temps la véritable chef du clan grâce à son autorité et son charisme…

Jeanne Moreau dans Souvenirs d'en France d'André Téchiné

© 1975 Tigon Film Distributors – Impex Films – Tous droits réservés

Souvenirs d’en France est un must du cinéma français des années 70

Critique : Bien qu’il ait débuté dans la réalisation en 1969 (Paulina s’en va ne sortira qu’en mars 1975), Souvenirs d’en France peut être considéré comme le premier grand film d’André Téchiné, celui qui a fait sa réputation d’auteur exigeant et de grand styliste du cinéma français. Le sujet aurait pourtant pu déboucher sur des stéréotypes relatifs à la lutte des classes et au combat politique, ainsi qu’à un récit académique de tensions familiales, sur fond d’ambiance rétro : ces caractéristiques étaient en effet très tendance dans le cinéma français des années 70. Mais Téchiné les transcende, à l’instar d’un Louis Malle reconstituant avec recul l’Occupation dans Lacombe Lucien (1974), même si le futur auteur de Barocco privilégie la distance à l’efficacité émotionnelle et démonstrative.

L’on s’attache très vite à la destinée de Berthe, lingère émancipée et ambitieuse, qui passe progressivement du statut de femme du peuple à celui de dirigeante de société, sans renier toutefois ses valeurs, préférant négocier avec les syndicats plutôt que rompre avec ses principes, quitte à précipiter la chute de l’entreprise familiale dont elle aura la charge. « J’ai essayé de faire un travail critique sur un genre très classique issu du roman populaire et du roman bourgeois. Pour cela, je me suis efforcé de rapporter les crises particulières de tous les personnages à une crise plus générale afin d’en dégager le sens historique », avait déclaré Téchiné lors de la sortie du film.

Souvenirs d'en France, affiche originale réalisée par Ferracci

© 1975 Tigon Film Distributors – Impex Films – Tous droits réservés
Affiche : Ferracci

« Foutaises, foutaises ! »

Le résultat est fascinant, même si le réalisateur n’a pas disposé du budget d’un Bertolucci relatant l’ascension et la chute du fascisme italien à travers une galerie de personnages emblématiques dans 1900, tourné un an plus tard. Là n’est pas essentiel, car c’est précisément par son économie de moyens (aboutissant à d’élégantes ellipses) et son absence de surcharge technique que séduit Souvenirs d’en France. Ces qualités sont en harmonie avec un style lyrique et flamboyant (la musique de Philippe Sarde, la photo de Bruno Nuytten) combiné à une mise en scène sobre (le montage sans esbroufe). Ce mélange de baroque et de retenue s’apprécie aussi dans le jeu des comédiens, empreint d’une théâtralité néo-brechtienne : les silences alternent avec l’emphase, leur minimalisme se mêle à une diction de déclamation poétique. Et l’on appréciera les multiples ruptures de ton, la comédie légère (le fameuse réplique « Foutaises, foutaises ! » à la sortie d’une projection du Roman de Marguerite Gautier) alternant avec des moments plus graves.

Téchiné tente par ailleurs la synthèse entre l’héritage de la Nouvelle Vague (tendance Truffaut) et celui d’un certain cinéma populaire des années 30, porté par les acteurs fétiches de Renoir ou Grémillon. Il faut ici souligner le casting impérial : Jeanne Moreau trouve son premier grand rôle de maturité, quand Marie-France Pisier (récompensée par le César du meilleur second rôle) crève littéralement l’écran avec sa composition de bourgeoise fantasque et décalée. Les deux actrices sont bien entourées par des partenaires impeccables : le délicat Michel Auclair, les excellentes Michèle Moretti et Hélène Surgère, ou Orane Demazis en matriarche autoritaire, dont la frêle présence ravive le souvenir du cinéma de Pagnol. Souvenirs d’en France qui a fait l’objet d’une restauration en 4K ressort en salles, en 2019, à l’initiative de Carlotta France, et mérite d’être (re)découvert.

Critique : Gérard Crespo 

Retour sur sa sortie originelle

Sorti en salle le 3 septembre 1975, Souvenirs d’en France n’a disposé que de 5 écrans à Paris pour sa sortie, face au Chat et la souris (14 écrans), Il faut vivre dangereusement, comédie avec Annie Girardot et Claude Brasseur (13) ou encore La fille du garde-barrière, le film érotique des Martin Circus (10). Néanmoins, grâce à un bon bouche-à-oreille, le film réussira à tenir plus de trois mois sur la capitale pour finir au-dessus des 80 000 spectateurs.

Une VHS parue au début des années 80, chez l’éditeur RCV vidéo

Sorties de la semaine du 9 octobre 2019

affiche souvenirs d'en France

© 1975 Tigon Film Distributors – Impex Films – Tous droits réservés

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