Œuvre sombre et particulièrement effrayante, Smile est un film coup de poing qui révèle le talent d’un jeune cinéaste à suivre. Il fait preuve d’un réel savoir-faire pour nous faire peur sans faire la moindre concession.
Synopsis : Après avoir été témoin d’un incident traumatisant impliquant l’une de ses patientes, la vie de la psychiatre Rose Cotter tourne au cauchemar. Terrassée par une force mystérieuse, Rose va devoir se confronter à son passé pour tenter de survivre…
Un court-métrage devenu un long soutenu par le studio Paramount
Critique : En 2020, le jeune réalisateur américain Parker Finn a signé un second court-métrage horrifique qui a obtenu un beau succès dans les festivals du monde entier : Laura Hasn’t Slept. Auréolé de plusieurs récompenses, ce court d’une petite dizaine de minutes a marqué les esprits et a permis de mettre en lumière le talent naissant d’un réalisateur à qui le studio Paramount a proposé d’étendre son court en long-métrage. Après sa phase d’écriture, Smile a pu être tourné dans des conditions de production correctes et avec un recours massif aux effets spéciaux réalisés en plateau, devant la caméra. Effectivement, Parker Finn n’est pas un adepte des effets numériques, même si certains passages ont nécessité leur apport.
Fan absolu de Stephen King, Parker Finn a mis en place une intrigue inquiétante entièrement basée sur la psychologie des protagonistes principaux. Il s’est notamment servi de la notion de trauma pour créer un croquemitaine qui se nourrit des failles psychologiques de ses victimes. Certains passages du film font ainsi songer à Ça, tandis que le trauma initial de l’héroïne renvoie à un passage de Simetierre. Si l’influence du maître de l’horreur est manifeste, on peut également rapprocher le long-métrage de It Follows (Mitchell, 2014) par son ambiance vaporeuse et son concept, ou encore du japonais Ring (Nakata, 1998) pour sa malédiction dont les protagonistes cherchent à se débarrasser.
Smile pénètre dans l’antre de la folie
Toutes ces références prestigieuses ne sont aucunement un poids lourd à porter tant Smile est un modèle d’efficacité qui devrait mettre tous les amateurs de frissons d’accord. Cela commence très fort dès la séquence introductive qui déclenche déjà un certain malaise. Le cinéaste y annonce son style de manière programmatique : il privilégie des ambiances feutrées au cours desquelles il fait surgir des éléments sonores assourdissants et une musique bruitiste particulièrement étrange et angoissante. Puisqu’il cherche à déstabiliser la raison de son personnage principal – excellente Sosie Bacon dans un rôle difficile à fleur de nerfs – le cinéaste en profite pour jouer avec les sens des spectateurs. Il ose briser la logique du montage à plusieurs reprises pour nous déboussoler, filme parfois certains passages avec une caméra placée à l’envers et utilise surtout la bande sonore comme un terrain d’expérimentation afin de faire surgir la peur des enceintes et non de l’écran.
Smile, un film où le spectateur n’est pas là pour rire!
Dominé par l’interprétation très juste de Sosie Bacon, la fille de Kevin Bacon, Smile est aussi correctement joué par Kyle Gallner. Le reste du casting est un peu plus faible, avec quelques comédiens que l’on verrait davantage dans des séries télé que sur grand écran, mais Parker Finn réussit par la grâce de sa réalisation à faire oublier ces quelques faiblesses.
Remettant à l’honneur une horreur qui évoque aussi bien les ambiances lugubres d’un Sinister (Derrickson, 2012) que les introspections psychologico-horrifiques d’un Roman Polanski (époque Le locataire), Smile fait vraiment plaisir à voir, en étant à la fois intelligent et diablement efficace. L’autre grande qualité du film est de ne jamais succomber à la tentation de l’humour et d’aller jusqu’au bout de son concept, sans avoir recours à la moindre concession. Malgré son titre souriant, Smile est définitivement une œuvre sombre qui ne peut laisser indemne. En fait, cela faisait même longtemps qu’on n’avait pas eu autant la frousse au cinéma.
Sorti en France une semaine avant les Etats-Unis, Smile semble rencontrer un bel écho auprès du grand public et des critiques, ce qui est fort mérité. Laissez-vous donc tenter par cette proposition de cinéma franchement anxiogène. On vous le dit sans rire !
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 28 septembre 2022
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