Satyricon : la critique du film et le test blu-ray (1969)

Drame, Fantastique | 2h09min
Note de la rédaction :
8/10
8

Note des lecteurs

Malgré une absence de structure narrative ferme et de nombreuses libertés par rapport à l’œuvre adaptée, le Satyricon de Fellini s’impose par la maestria de sa réalisation et la puissance visionnaire de chaque image. Le blu-ray édité chez Potemkine lui rend justice.

Synopsis : Satyricon présente une société romaine en pleine décadence, où orgies et autres festins sont courants, la morale y étant absente. Loin des reconstitutions historiques et autres péplums, Federico Fellini nous raconte les pérégrinations de deux jeunes parasites de l’époque néronienne, Encolpe et Ascylte.

Critique : Arrivé au bout de sa démarche artistique de déconstruction du cinéma avec son chef d’œuvre Huit et demi (1963), Federico Fellini peine quelque peu à se renouveler au cours des années 60, avant de trouver sa voie personnelle avec ce Satyricon censé être adapté du premier roman à nous être parvenu, datant du premier siècle après Jésus Christ et attribué à un certain Pétrone. En réalité, nous ne disposons que de fragments de cette satire sociale, ce qui implique apparemment un gros travail d’adaptation pour combler les manques. Toutefois, c’est cet aspect parcellaire qui a sans aucun doute attiré Fellini y voyant l’opportunité de retranscrire sa vision de la décadence romaine (ou supposée telle, tant les historiens sont aujourd’hui critiques envers cette notion tenant davantage du cliché littéraire que de la réalité historique). Si Fellini conserve certains passages obligés comme le festin chez Trimalcion, il en invente aussi d’autres, en entremêlant notamment plusieurs mythes antiques qu’il se plaît à détourner.

Le spectateur comprendra bien ce qui a pu attirer le créateur de la Dolce Vita dans cette description sans filtre moral de la décadence d’une société romaine encore dénuée d’interdits sexuels explicites. Pourtant, le ton qui se voudrait festif au départ n’est finalement pas si enjoué que prévu. Effectivement, Fellini ne respecte aucunement le ton satirique de l’œuvre de Pétrone et préfère créer de toute pièce un cauchemar où il s’interroge sur la notion de masculinité et sur la difficulté pour un homme d’affronter le sexe opposé. Il nous invite à suivre les aventures épiques de quelques hommes invertis qui représentent à eux seuls l’apparente liberté sexuelle des sociétés antiques. On y cause possession d’autres êtres humains sans que le libre arbitre ne soit évoqué. Il semble également parfaitement naturel qu’un homme soit épris d’un jeune garçon à peine pubère. En cela, Fellini se love dans une tradition pré-chrétienne bien établie. Par la suite, les personnages en viendront à questionner leur propre sexualité, relevant le défi si complexe de satisfaire une femme. Dès lors, il s’agit de l’imaginaire torturé de Fellini, toujours travaillé par la présence féminine, entre sexualité débordante et maternité suggérée, qui s’exprime pleinement. Cette souffrance psychologique intense est clairement celle du réalisateur et non celle de Pétrone, qui est alors bien loin.

Crédits : Affiche de Guy Jouineau et Guy Bourduge – Affichistes césarisés en 1990

Conscient de ne pas pouvoir s’appuyer sur une structure narrative ferme, Fellini embrasse totalement l’aspect parcellaire de l’œuvre littéraire et se refuse à combler les manques. En cela, le dernier plan du film qui s’arrête en plein milieu d’une phrase est symptomatique de son audacieuse méthode : se débarrasser de la narration pour ne faire reposer son œuvre que sur la mise en scène. En cela, Satyricon est un pur bonheur de cinéphile. Le moindre plan est d’une beauté à couper le souffle grâce à la magnificence de l’éclairage de Giuseppe Rotunno, à la splendeur des décors et des costumes de Danilo Donati. D’ailleurs, les acteurs comptent moins pour leur jeu (parfois passable, sans plus) que pour leur prestance physique. Ainsi, Martin Potter nous séduit avant tout par sa beauté que par la profondeur de son interprétation. Même chose pour Hiram Keller et Max Born qui ne firent d’ailleurs pas de longues carrières par la suite.

Splendide livre d’images, perle esthétique de toute beauté, Satyricon annonce la naissance du Fellini tardif, celui qui bénéficiait de budgets conséquents pour donner libre cours à son génie créatif, sans aucune entrave, au risque de se perdre. Sa tentative fut en tout cas couronnée de succès en France où son exploration de la décadence romaine a attiré plus de 1,2 millions de spectateurs dans les salles, malgré un sujet casse-gueule.

© 2019 Potemkine Film © 1969 Alberto Grimaldi Productions/ Design © 2019 Metro-Goldwyn-Mayer Inc. Tous droits réservés.

Le test du combo DVD / Blu-ray :

Compléments & Packaging : 3,5/5

Le combo DVD / Blu-ray ne nous as pas été fourni et nous ne pouvons donc pas juger la beauté de l’objet. Sur la galette blu-ray, les suppléments disponibles sont au nombre de trois pour une durée de plus d’une heure. On commence d’abord par un entretien avec l’écrivain italien Italo Moscati (15min) qui replace le long-métrage dans la filmographie du maestro et le compare d’ailleurs à plusieurs reprises avec le Casanova de 1976, ce qui est effectivement très pertinent. Ensuite, le cinéaste français Dominique Delouche revient durant 35min sur l’époque où il fut assistant de Fellini, avant de nous détailler les méthodes de travail du maître. Il insiste beaucoup sur l’absence de script sur le plateau, mais aussi sur l’extrême bienveillance d’un artiste complet, désireux d’instaurer un climat de confiance sur le plateau. Ceci est d’ailleurs illustré par le reportage qu’il a tourné sur le Teatro Numero Cinque où il a pu montrer le génie au travail. Ce document exceptionnel de 15min nous est également offert par l’éditeur. Il s’agit du bonus le plus précieux.

L’image du blu-ray : 5/5

C’est assurément le point fort de cette édition avec une restauration absolument magnifique d’un long-métrage portant haut l’esthétisme. Les couleurs sont ici resplendissantes, les contrastes sont particulièrement bien gérés, tandis qu’un léger grain cinéma vient nous rappeler cette belle époque avec bonheur. Aucune impureté à signaler.

Le son du blu-ray : 3,5/5

Si la version originale est d’une pureté totale, avec un parfait équilibre entre les voix, la musique et l’habillage sonore, on ne peut en dire autant de la version française d’une qualité nettement moindre. Attention, cela n’est pas dû à la technique, mais bien à un doublage d’origine très moyen. De toute façon, les cinéphiles ont déjà choisi leur camp.

Critique et test du blu-ray : Virgile Dumez

x