Salauds de pauvres : la critique du film (2019)

Comédie, Film à sketchs | 1h46min
Note de la rédaction :
6/10
6

Note des lecteurs

Sous ses petits airs de film à sketchs, Salauds de Pauvres est une comédie sociale tout désopilante et jubilatoire.

Synopsis : Un film à sketches, écrit par douze auteurs. Miroir ou projection, Salauds de pauvres s’amuse de faits de tous les jours et ne raconte pas une histoire, mais des histoires. À travers ces histoires courtes et amères, sont dévoilées toutes les fissures du genre humain, qui, dans un mouvement de mondialisation et de néolibéralisme de plus en plus affirmé, peuvent amener l’homme ordinaire à être un monstre de lâcheté, de cruauté, d’indifférence ou d’hypocrisie. Salauds de pauvres sous un angle décalé, retranscrit la réalité de façon provocante ou non, toujours avec la même ambition : faire réagir.

Critique : « Salauds de pauvres ! » était cette répartie écrite par Marcel Aymé et reprise par Michel Audiard pour Jean Gabin dans La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara, et qui trouve une résonance depuis la « nouvelle pauvreté » surgie à partir des années 80, et particulièrement depuis une dizaine d’années. Mais c’est plutôt à la comédie sociale italienne que se réfère le film. On songe en effet aux Monstres de Dino Risi (et pas seulement pour la structure en sketches), Affreux sales et méchants d’Ettore Scola ou L’Argent de la vieille de Luigi Comencini, pour la dénonciation acerbe des inégalités sociales et la description de la noirceur humaine qui surgit tant de la cupidité de la bourgeoisie que de l’indigence d’un certain sous-prolétariat. Le producteur Frédéric Marboeuf, qui a connu lui-même des périodes de pauvreté, d’ascension sociale et de déclassement, précise dans les notes d’intention : « Et si l’on faisait tout ce qu’il ne faut pas faire ? Un film à sketches sur la pauvreté, sans lien dans la forme, comme si on avait puisé des nouvelles dans des recueils différents, sans identification réelle aux personnages, une variation sur la pauvreté et la richesse dans tous ses états. En rajouter, en trouvant des liens sur la corde raide et qui, dans leur déséquilibre, dynamitent le formatage. Mais surtout, décider de faire confiance à l’humanité de la production, des auteurs, des réalisateurs, des comédiens, des techniciens, de l’industrie technique pour créer un ensemble ». Si le film séduit par son ton acerbe et son humour noir, le résultat est forcément inégal et certains segments en constituent les maillons faibles. C’est le cas du « Petit frère des riches » d’Albert Meslay, d’une ironie décapante, mais qui ne dépasse pas le niveau d’un stand-up télévisuel. De même, « Parlons-en » de Christophe Alévèque, parodie de débat télévisé opposant un philosophe réac à un sociologue de gauche, peine à se démarquer du bon numéro de chansonniers. Même Patrice Leconte n’assure que le minimum syndical avec « Casino du matin, chagrin », face-à-face entre une bourgeoise ruinée (Arielle Dombasle) et un sans-abri (Albert Delpy). Et « Regrets » de Sophie Forte, qui relate la misère affective d’un vieil homme, peine à éviter les écueils de la sensiblerie. Plus incisifs nous semblent « 115 bonsoir » de Giedré, qui relate l’ingratitude d’un autre SDF, raciste et méchant, « À l’ombre des vacances » de Nadia Kozlowski-Bourgade, « La Fuite » de Phil Marboeuf, « Mierda pobre ! » de Miguel Ange Sarmiento et Rémi Cotta, ou « Alice » de Jean-Claude Deret, dans lequel une cinéaste bobo réalisant un film citoyen (Zabou Breitman) se fait rouler par une actrice bénévole (Christine Murillo). Mais les deux parties les plus réussies sont indiscutablement « Le Cadeau » de Charles Dubois, sur un récit de Manuel Pratt, et « Le Greffé » de Brigitte Bousquet, sur un récit de Laurent Violet. Dans le premier, un riche couple loue pour une heure la présence d’un pauvre pour un entretien qui se terminera en safari : un petit bijou de causticité et de noirceur. Dans le second, le corps médical aide un patient fortuné à exploiter la misère des pays en développement : un sketch savoureux, complémentaire de tous les rapports des Nations Unies sur la concentration des richesses. Ajoutons à cela un fil rouge jubilatoire, satire de l’intervention des « experts » sur les plateaux télévisés, et nous obtenons une œuvre singulière qui malgré ses failles mérite le détour.

Critique de Gérard Crespo

Copyrights : Axxonfilms, Dix-Huit Jours Distribution

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