Le premier James Bond des années 80, et le premier réalisé par John Glen, est un 007 exotique et clownesque qui abuse du spectaculaire et de l’humour sans finesse. Rien que pour vos yeux ne vaut que pour ceux de Carole Bouquet.
Synopsis : Un bateau espion du Royaume-Uni, sombre dans les eaux albanaises après avoir heurté une mine, engloutissant avec lui l’ATAC, système top secret de lancement de missiles. Les services secrets britanniques déclenchent une opération sous-marine discrète pour récupérer l’appareil. L’opération est conduite par un couple d’archéologues marins, Timothy et Iona Havelock. Mais le tueur cubain Hector Gonzalès interrompt brutalement les recherches en assassinant le couple sous les yeux de sa fille Mélina. James Bond entre alors en scène et s’en va enquêter, secondé de la séduisante et vengeresse Mélina, sur les liens de Gonzalès avec le système ATAC…
Critique : Retour sur Terre et sur mer pour James Bond après son périple spatial dans Moonraker. Ce dernier avait envoyé l’espion que l’on aimait dans l’espace, pour l’une de ses missions les plus kitsch. En dépit de son gros succès au box-office, une telle surenchère, si elle avait été poursuivie, aurait pu coûter cher à James et à ses producteurs. Aussi, Bond, recentré dans un monde connu de tous, revient sur Terre pour de l’action tous azimuts dans les coins les plus exotiques possibles. Avec ses paysages terrestres (les Alpes italiennes) ou marins (la Grèce et des vues sous-marines tournées en fait aux Bahamas), Rien que pour vos yeux est, avec Quantum of Solace, l’un des Bond les plus voyageurs. Chaque lieu devient le théâtre de courses-poursuites spectaculaires : avion, hélicoptère, 2CV, voiture de courses, moto, bateau, ski… Le blockbuster épuise tous les moyens de transport pour offrir aux spectateurs des scènes impressionnantes (et coûteuses pour l’époque). Si elles ont perdu, des décennies plus tard, de leur spectaculaire, elles n’en demeurent pas moins d’une grande efficacité de par leur succession effrénée qui ferait rougir de honte les deux Daniel Craig, pour le coup très statiques en comparaison.
Derrière la caméra, John Glen signe son premier film après avoir collaboré sur trois 007 en qualité de monteur. Cette force lui permet d’assurer le rythme et la tension. Malgré tout, en notre ère de cynisme qui favorise les tourments psychologiques des super-héros, le spectateur trouvera l’approche unilatérale de ce Bond un peu dépassée. Roger Moore semble figé dans des numéros loufoques et prisonnier des maladresses typiques de ce début des années 80 (les tics humoristiques, musicaux et visuels sont indigestes dans leur refus de finesse). Si le film eut en 1981 et a encore aujourd’hui des adeptes, pour notre part, on ne gardera le souvenir que de la plastique juvénile de la James Bond girl de service, Carole Bouquet, définitivement l’une des plus belles héroïnes croisées par 007. Si Rien que pour vos yeux de John Glen mérite le coup d’œil, c’est bien pour celle de son élégante héroïne.
La saga James Bond sur CinéDweller
Acheter le film en blu-ray
Voir le film en VOD
Sorties de la semaine du 14 octobre 1981
Le Blu-ray :
Proposé à l’occasion de la sortie de Quantum of Solace, l’intégrale James Bond réapparaissait en Blu-ray pour une sortie qui dépassait l’opportunisme et franchissait un grand pas en avant vers la qualité maximale. Rien que pour vos yeux était traité avec la même précision que les films précédents, malgré son caractère mineur dans la filmographie de 007.
Compléments : 5 / 5
La montagne de bonus proposés ici est vertigineuse. La jaquette annonce fièrement deux heures de compléments et le Blu-ray ne la trahit jamais, leur offrant une réelle qualité qui va bien au-delà du quantitatif. Commentaires audio précis de John Glen (réalisateur), Roger Moore (007 en personne) et Michael G. Wilson (scénariste), modules à foison sur les lieux de tournages, les intentions des producteurs, quelques scènes inédites ou rallongées commentées par le cinéaste, du multi-angle, des bandes-annonces d’époque, le clip de la chanson titre interprété par Sheena Easton… L’éventail de suppléments est complet et s’aventure à des années lumière de l’outil promotionnel, fourmillant d’anecdotes passionnantes. On est là pour instruire et satisfaire le fan aguerri, seul spectateur capable de digérer autant d’informations.
Le tout serait exemplaire si les menus ne rendaient pas l’aiguillage et l’accessibilité aux bonus fastidieux.
Image & son : 3.5 / 5
Le film a vieilli, mais pas son image. Nettement amélioré par rapport à la copie du DVD ultimate, pour justifier le nouvel investissement des fans purs et durs, le travail visuel est de toute beauté, bénéficiant d’un encodage AVC/MPEG4 de qualité. Couleurs vives et variées, textures des éléments palpables, profondeur de champ accentuée… Rien n’a été laissé au hasard.
La piste originale en DTS 5.1 HD est profuse en effets et décolle dès que possible, renforçant l’action omniprésente et le panache d’aventures un peu datées.