Poker : la critique du film (1988)

Drame, Thriller | 1h25min
Note de la rédaction :
4,5/10
4,5
Poker, l'affiche grand format

  • Réalisateur : Catherine Corsini
  • Acteurs : Pierre Arditi, François Berléand, Caroline Cellier, Catherine Corsini, Jacques Mathou, Jean-Philippe Écoffey, Charlie Nelson
  • Date de sortie: 13 Jan 1988
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Poker
  • Titres alternatifs : -
  • Année de production : 1987
  • Scénariste(s) : Catherine Corsini
  • Directeur de la photographie : Yves Dahan
  • Compositeur : Hubert Rostaing
  • Société(s) de production : Sara Films, Canal+ Productions, Centre National du Cinéma et de l'Image Animée
  • Distributeur (1ère sortie) : Sara Films - CDF Films
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Ciné + Première (VHS, 1988)
  • Date de sortie vidéo : 1988 (VHS)
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Box-office nord-américain : Inconnu / 10 997 entrées
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : Michel Landi
  • Crédits : Sara Films
Note des spectateurs :

Premier film de Catherine Corsini, Poker décrit le Paris interlope avec rigueur, mais échoue à développer son intrigue policière. Malgré de très bons acteurs, l’ensemble est assez ennuyeux.

Synopsis : Hélène, fanatique de jeu, et particulièrement de poker, perd la somme de 50 000 francs, qu’elle va devoir rembourser en moins de 24 heures. Ses amis refusent de l’aider et le temps presse…

La passion du jeu selon Catherine Corsini

Critique : Initialement passionnée par l’art dramatique et le jeu, Catherine Corsini découvre finalement les joies de l’écriture et de la réalisation au début des années 80. Elle tourne notamment trois courts-métrages qui lui permettent d’affirmer sa personnalité et de rassurer d’éventuels investisseurs sur sa capacité à mener à bien un projet. Elle écrit ainsi son premier long-métrage Poker (1987) en s’inspirant de sa propre passion du jeu. Toutefois, elle y injecte aussi son goût pour le cinéma noir américain et cherche donc à s’inscrire dans un genre assez codifié, dont elle ne maîtrise pourtant pas toutes les règles.

Produit par Alain Sarde et Philippe Guez, ce premier film bénéficie d’un casting de bonne tenue, avec notamment Caroline Cellier qui sortait de succès comme L’année des méduses (Frank, 1984) et Poulet au vinaigre (Chabrol, 1985). Pierre Arditi, quant à lui, était une tête d’affiche moins populaire auprès du grand public, car systématiquement associé au cinéma intellectuel d’Alain Resnais.

Des acteurs solides au service de personnages mal définis

Avec de tels interprètes, Catherine Corsini pouvait en tout cas s’appuyer sur de grands professionnels, capables d’imposer leurs personnages en seulement quelques minutes. On peut d’ailleurs en dire autant des acteurs plus novices comme Jean-Philippe Écoffey qui compose une figure fraternelle troublante, à la lisière de l’inceste. Jacques Mathou n’a guère de difficultés à interpréter le petit truand menaçant, tandis que François Berléand fait un deus ex machina plutôt crédible.

Pourtant, malgré cette qualité générale de l’interprétation, Poker déçoit grandement les attentes par un manque évident d’écriture. Ainsi, les personnages principaux manquent de caractérisation et d’approfondissement. On ne saura finalement pas grand-chose du personnage joué par Pierre Arditi, si ce n’est qu’il traîne la même solitude que celle de la protagoniste. De même, les malfrats et autres joueurs ne sont définis que par leurs actions et tombent un peu trop souvent dans l’archétype facile.

Poker : thriller mou, mais bon document sur le Paris interlope

Comme l’a reconnu bien plus tard Catherine Corsini au cours d’entretiens, Poker n’est pas une œuvre aboutie car la réalisatrice a succombé au désir de s’inscrire dans un genre précis alors que son histoire ne le nécessitait finalement pas. Il aurait sans doute fallu se concentrer sur la psyché chahutée de cette femme qui arpente un milieu terriblement masculin, à la recherche du grand frisson procuré par le jeu. On ne sent que trop rarement le vertige qui peut s’emparer des joueurs compulsifs dans le film. Par contre, la cinéaste s’attarde parfois trop sur des sous-intrigues destinées à faire de Poker un thriller noir. Ces éléments sont peu convaincants et parasitent l’aspect documentaire sur un monde interlope.

Thriller faiblard, Poker aurait donc gagné à rester plus proche du réel. Car les séquences les plus réussies du long-métrage sont assurément celles qui plongent le spectateur dans ces cercles privés, au cœur d’un Paris nocturne où l’on sent poindre le goût de la réalisatrice pour la vie noctambule. Entre les prostituées, les travestis, les camés et autres marginaux, Caroline Cellier trimbale sa solitude, ne sachant pas bien quoi espérer de l’existence. Si le personnage est plutôt fascinant, le long-métrage échoue à l’approfondir réellement.

Un gros échec commercial pour un film tombé dans l’oubli

Sur une musique jazzy d’Hubert Rostaing, Poker cherche donc à concilier film noir américain et description réaliste d’un milieu particulier sans y parvenir tout à fait. Le résultat, très inégal, n’a guère obtenu la clémence des critiques à l’époque. Sorti au mois de janvier 1988, le long-métrage n’a pas laissé une trace impérissable au box-office national, d’autant que la période était difficile pour le cinéma français. Catherine Corsini a d’ailleurs choisi de travailler un temps pour la télévision, avant de connaître une sorte de renaissance artistique grâce au très bon Les amoureux (1994). Elle a finalement connu son premier vrai succès public avec La nouvelle Eve (1999), porté par l’excellente Karin Viard.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 13 janvier 1988

La fiche du film sur Unifrance

Poker, l'affiche grand format

© 1988. Sara Films / Affiche : Michel Landi. Tous droits réservés.

Les affiches de Michel Landi

Box-office :

Distribué par l’indépendant Sara Films, Poker n’a pas joui d’un bel écho critique. Le distributeur trouve à peine 5 écrans sur Paris, seulement en intra-muros et le premier jour est terrifiant (840 spectateurs). Le George V et le Paramount Opéra sont au moins des cinémas clés où il réalisera 4 000 des 6 000 entrées que le polar engrange dans la douleur. Le Forum Cinémas, le St. Germain Studio, et les Parnassiens font ce qu’ils peuvent pour permettre au duo Arditi Cellier d’atteindre les 5 995 spectateurs en première semaine parisienne. Génération perdue de Schumacher, Cobra Verde d’Herzog, Les gens de Dublin de  John Huston, Pacte avec un tueur de John Flynn et Dragnet avec Tom Hanks et Dan Akroyd étaient les autres sorties d’une semaine dominée par les continuations de Le proviseur et Le dernier empereur.

En 2e semaine, le film NOIR français garde la même combinaison et réagit à 3 527 spectateurs (donc moins de 10 000 tickets en 15 jours).

En semaine 3, le premier long de Catherine Corsini n’est plus qu’au George V, au Paramount Opéra et aux Parnassiens, et dégringole à 1 475 spectateurs pour un total ahurissant de 10 997 joueurs. Il s’agira de l’ultime semaine du film dans les salles.

Au total, Poker restera 2 semaines dans le top 30 à l’échelle nationale, avec une présence qui n’excèdera pas les 5 villes simultanées, avant une éventuelle micro tournée des derniers petits cinéma de village? Si oui, nous n’en avons pas de trace.

Frédéric Mignard

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