Pentagon Papers (The Post) : la critique du film (2018)

Historique, Biopic | 1h56min
Note de la rédaction :
8/10
8
Affiche définitive de Pentagon Papers

  • Réalisateur : Steven Spielberg
  • Acteurs : Meryl Streep, Tom Hanks, Bradley Whitford, Tracy Letts, Matthew Rhys, Alison Brie, Sarah Paulson, Bob Odenkirk
  • Date de sortie: 24 Jan 2018
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Post
  • Année de production : 2017
  • Scénariste(s) : Josh Singer, Liz Hannah
  • Directeur de la photographie : Janusz Kaminski
  • Compositeur : John Williams
  • Société(s) de production : Amblin Entertainment, Dreamworks, Star Thrower Entertainment
  • Distributeur (1ère sortie) : Universal Pictures International France
  • Éditeur(s) vidéo : Universal Vidéo
  • Date de sortie vidéo : 29 mai 2018 (DVD, blu-ray, VOD)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 1 338 048 / 418 605 entrées (35e annuel)
  • Box-office nord-américain 81 903 458 $
  • Budget : 50 000 000$
  • Classification : Tous Publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Dolby Digital / Dolby Surround 7.1 / SDDS / DTS (DTS: X)
  • Festivals et récompenses : 2 Nominations aux Oscars (Meilleur film, Meilleure actrice pour Meryl Streep), 6 nominations aux Golden Globes (film, acteur, actrice... pour un drame)
  • Illustrateur / Création graphique : InSync Plus - BLT Communications, LLC (affiche teaser US de l'escalier)
  • Crédits : Copyrights 2017 Twentieth Century Fox Corporation and Storyteller Distribution CO. LLC All Rights Reserved
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Pentagon Papers est un manifeste urgent pour la presse et la démocratie doublé d’un thriller épatant et d’une réflexion nécessaire sur la place des femmes dans la société. Le réalisateur de La Liste de Schindler qui redonne foi en l’Amérique. En deux mots, Spielberg président !

Synopsis : En 1971 éclate aux Etats-Unis l’affaire des « Pentangon Papers », vaste fuite de renseignements liés à la Guerre du Vietnam. Les documents rendus publics par le Washington Post éclaboussent alors la classe politique US de l’époque.

Steven Spielberg garant de la démocratie américaine

Critique : The Post (titre oiriginal) est sorti dans le contexte politique de l’élection de Donald Trump, populiste éhonté qui allait bousculer les conventions et l’ordre moral d’un pays polarisé. L’ogre de la télé-réalité commençait à flouer les valeurs intrinsèques à la Constitution du pays ; piétinant allègrement ses textes et idéaux, à force de vérités alternées, d’approximations, et de brimades destinées au garde-fou de la démocratie, le quatrième pouvoir.

 

Retour à l’Histoire pour Spielberg

Pentagon Papers (titre français qui s’éloigne de la référence culturelle au Washington Post que beaucoup de Français ne connaissent pas), ne pouvait pas trouver meilleur environnement politique pour exister. Il en devenait un miracle de bon sens. Le film historique de Steven Spielberg, peut-être l’un de ses plus importants avec La liste de Schindler et La couleur pourpre, revient à-propos en 2018, rappelant avec intelligence un épisode méconnu de l’histoire américaine.

La presse se rebelle

Une autre époque, un autre président, mais des menaces évidentes contre le premier amendement, garant de la liberté d’expression, notamment celle de la presse. Celle-ci était virulemment attaquée par l’administration Nixon qui avait tout à perdre des révélations du New York Times ayant mis la main sur des informations compromettantes concernant l’ingérence américaine au Vietnam.

 

Vietnam : un mensonge d’État

Un dossier confidentiel, remis au premier organe de la presse écrite américaine, confirmait que la guerre en Asie était sue par les dirigeants américains comme étant vouée à l’échec, depuis ses premiers jours. Et pourtant, elle fut perpétuée de façon irrationnelle, pendant plus d’une décennie, au prix du sang versé de la jeunesse américaine, faisant fi des manifestations de jeunes touchés dans leur chair.

Le pouvoir réussisant à museler le New York Times pendant quelques jours pour des raisons judiciaires, ce fut alors le moment pour le Washington Post, deuxième média local dans le district de Columbia, de prendre le risque de devenir l’un des leaders nationaux de l’information en publiant des documents interdits que le seul le Times avait pu parcourir.

Au prix du scoop, celui de la démocratie

Mais se pose alors la question du prix du scoop : tomber à son tour sous la pression judiciaire sans avoir la solidité financière du Times ? Mettre au chômage des dizaines d’employés et détruire l’accomplissement d’une famille? Se retrouver en prison pour ses convictions ?

Les interrogations sont d’autant plus légitimes que tout se passe quelques jours après l’arrivée en Bourse du journal bien connu qui doit donc présenter des garanties à ses investisseurs.

 

Un film de grandes décisions

Spielberg évoque les choix d’une vie d’un homme, ou plutôt ceux d’une femme, Katharine Graham, veuve et donc dirigeante du Post : prise soudainement dans l’étau, entre le copinage de salon, très BFM, avec les politiques, et les décisions déontologiques, et l’avenir de sa société. Dans un imbroglio de contradictions inextricables, elle doit trouver où se situer. Pour affronter le plus grand combat de sa vie, elle doit aussi s’interroger sur les raisons éthiques d’une rédaction. Pour qui l’exécutif gouverne-t-il ? Lui-même ou le peuple, et donc, pour quoi les médias travaillent-ils ? Pour arranger les amis aux affaires ou, au contraire, informer les citoyens des limites du système ? Publier ou ne pas publier ?

Le présent est femme

Le personnage joué par Meryl Streep, désormais aux premières lignes contre l’autorité d’un Nixon coriace et vindicatif, est surtout l’héroïne d’une œuvre féministe. La femme se retrouve aux plus hautes sphères de décision dans le monde patriarcal des années 60 et du début des années 70. Les conventions la voudraient épouse, mère, femme au foyer, d’un tempérament docile, sotte en politique. Il faut alors le prétendre pour satisfaire l’ego de ces messieurs.

Pentagon Papers est doublement visionnaire

Outre l’urgence politique, Pentagon Papers est doublement visionnaire dans son traitement de la femme, puisqu’il sort quand le monde du cinéma est éclaboussé par l’affaire #MeToo. Spielberg vient rappeler aux politiques leurs devoirs, rappelle aussi à l’ordre des citoyens qui ont voté pour le mauvais homme, en leur remémorant la grandeur des valeurs démocratiques prônées par les pères fondateurs dans la Constitution de 1787. Mais, surtout le film se glisse dans les débats féministes de son époque, non pas en exhortant la délation sur les réseaux sociaux, mais en combattant, avec les grands moyens du cinéma, les inégalités de traitement faites aux femmes, les humiliations quotidiennes qu’elles subissent, en affirmant leur esprit fort, combatif, leur intelligence et perspicacité, y compris dans les décisions historiques de la nation.

 

Des propos aux armes artistiques épatantes

Les armes de Spielberg pour laver les femmes des affronts socioculturels se déploient en atouts artistiques majeurs : des acteurs épatants – Meryl Streep, qui passe par toutes les gammes d’émotion est magnifique -, des dialogues ciselés, un recul historique essentiel et un sens du divertissement qui ne rend jamais le pamphlet présomptueux, puisque cette page d’histoire est traitée en thriller palpitant.

Dans sa grande intelligence, cette plongée dans l’intensité des rédactions des plus grands canards américains parlera autant aux jeunes, qui y verront matière à s’interroger sur le pouvoir et le progrès, qu’aux adultes, qu’ils soient exigeants dans leurs choix cinématographiques ou qu’ils ne cherchent en Spielberg qu’une vulgarisation rythmée de l’histoire américaine.

Pentagon Papers, le prequel assumé des Hommes du président

En thriller journalistique et politique, Pentagon Papers est une leçon de démocratie universelle, doublée d’un suspense haletant malgré la conclusion déjà connue par tous. Car oui, on vous le rappelle, il ne s’agit ni plus ni moins que du prequel politique des Hommes du président (1976) d’Alan J. Pakula, et du scandale du Watergate qui allait mener à la destitution du président Nixon.

La séquence finale, en forme d’ouverture vers une suite rocambolesque à la Marvel prête à sourire dans sa forme, mais elle nous impose de nous replonger urgemment dans le film de Pakula avec Dustin Hoffman et Robert Redford, peut-être l’une des plus grandes pierres angulaires du cinéma politique américain.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 24 janvier 2018

Affiche teaser de Pentagon Papers

Design : BLT Communications, LLC

Affiche définitive de Pentagon Papers

Design : InSync Plus

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Affiche définitive de Pentagon Papers

Bande-annonce de Pentagon Papers

Historique, Biopic

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