Avec Pendant ce temps sur Terre, Jérémy Clapin peine à retrouver l’inspiration de son premier film et déçoit en s’attachant davantage à la forme qu’au fond.
Synopsis : Elsa, 23 ans, a toujours été très proche de son frère aîné Franck, spationaute disparu mystérieusement 3 ans plus tôt au cours d’une mission spatiale. Un jour, elle est contactée depuis l’espace par une forme de vie inconnue qui prétend pouvoir ramener son frère sur terre. Mais il y a un prix à payer…
Jérémy Clapin se perd dans l’espace
Critique : Initialement réalisateur de films d’animation destinés aux adultes, Jérémy Clapin a mis quasiment tout le monde d’accord avec son premier long animé intitulé J’ai perdu mon corps (2019) qui a réussi à glaner 226 389 entrées sur toute la France, grâce à un formidable bouche à oreille. Bien mieux, ce premier essai a même eu l’honneur de concourir pour l’Oscar du meilleur film d’animation en 2020 et il a obtenu deux César la même année (meilleur film d’animation et meilleure musique pour Dan Levy).

© 2024 – One World Films, Carcadice, France 3 Cinéma, Auvergne- Rhône-Alpes-Cinéma / Photo © Manuel Moutier Tous droits réservés / All rights reserved.
Après autant d’honneurs, fort mérités par ailleurs, il était nécessairement compliqué de rebondir. Jérémy Clapin a donc opté pour une certaine rupture en abordant pour la première fois le film en live action avec Pendant ce temps sur Terre (2024). Toutefois, sans doute pour se rassurer, l’auteur intercale de temps à autre des passages animés qui permettent de suivre les aventures fantasmées de la jeune fille restée sur Terre tandis que son frère est porté disparu dans l’espace. Selon le cinéaste, cette idée lui est venue de sa fascination pour les grandes étendues célestes.
Un certain sens de l’atmosphère
Dès lors, il développe en parallèle une intrigue de pure science-fiction avec l’évocation de l’invasion prochaine d’extraterrestres, tout en traitant en réalité du deuil impossible d’une sœur pour son frère. Atteint du syndrome de la plupart de nos compatriotes, Jérémy Clapin se refuse donc à aborder un genre aussi codifié que celui de la SF sans y ajouter une touche métaphorique, comme s’il fallait s’excuser de se lancer dans un projet ayant un aspect commercial.
Ainsi, Pendant ce temps sur Terre nous plonge dans le morne quotidien d’une jeune fille embauchée dans un EHPAD tenu par sa mère. Visiblement à la dérive, elle ne parvient pas à faire le deuil de son frère qui a mystérieusement disparu lors d’une mission spatiale. Pourtant, une nuit, elle est contactée par son frangin et reçoit dès lors des instructions de la part d’extraterrestres qui la font chanter. Certes, le script peut sembler totalement incohérent de prime abord, mais Jérémy Clapin parvient à nous impliquer lors d’un début prometteur, d’autant que l’on retrouve ici son sens de l’atmosphère, une photographie travaillée et une musique synthétique fort appréciable de Dan Levy.
Deux voies qui débouchent nulle part
On peut aussi mettre au crédit du film la prestation plutôt convaincante de Megan Northam (déjà appréciée dans Les passagers de la nuit de Mikhael Hers et dans la série Salade grecque). Effectivement, celle-ci parvient à faire ressentir toutes les émotions de son personnage, sans cesse traversé de contradictions et de problèmes éthiques. Malheureusement, il s’agit du seul personnage véritablement développé dans ce second film qui déçoit en matière d’écriture.

© 2024 – One World Films, Carcadice, France 3 Cinéma, Auvergne- Rhône-Alpes-Cinéma / Photo © Manuel Moutier Tous droits réservés / All rights reserved.
Ainsi, les deux éléments principaux de l’œuvre n’arrivent jamais à s’intriquer de manière harmonieuse. Tantôt le cinéaste verse dans le pur film de genre, avec une histoire d’abduction somme toute très classique, tantôt il se dédouane en livrant un énième pensum sur la difficulté de faire son deuil et de grandir en harmonie avec soi-même. En réalité, en voulant suivre ces deux voies de manière conjointe, Jérémy Clapin n’en aboutit aucune de manière convaincante.
Un énième film sur le deuil impossible
En ce qui concerne le versant SF, il est proprement abandonné en cours de route, nous laissant orphelin d’un fil rouge pourtant intéressant à suivre. Finalement, le métrage propose un dernier quart d’heure totalement déceptif puisque Pendant ce temps sur Terre n’est plus qu’une métaphore peu finaude sur l’accomplissement de soi et la résilience après un terrible drame. Tout le reste semble donc avoir été plaqué de manière artificielle par un scénariste démiurge qui en oublie de conclure.
Frustrant, Pendant ce temps sur Terre l’est d’autant plus que son auteur n’est pas dépourvu de style et qu’il possède bien un univers qui lui est propre, bien aidé par les superbes compositions musicales de Dan Levy. Si l’ensemble est formellement probant, Jérémy Clapin a oublié d’écrire une intrigue vraiment originale et de s’appuyer sur plusieurs personnages forts. Sans cela, Pendant ce temps sur Terre apparaît surtout comme une belle coquille vide.
Pendant ce temps sur Terre projeté dans des salles vides
Ayant cette fois-ci davantage divisé la critique, Pendant ce temps sur Terre a tout de même été présenté au Festival de Berlin 2024 et a également reçu le Prix du jury du festival lyonnais Hallucinations collectives. Sa sortie au début du mois de juillet 2024 par Diaphana s’est pourtant soldé par un terrible échec commercial.
Proposé dans 89 salles sur toute la France, le film de SF poétique n’a convaincu que 9 035 spationautes lors de sa semaine d’investiture. Si dans l’espace, on ne vous entend pas crier, dans les salles vides projetant le film également. Après une telle raclée, le métrage est retiré de nombreux cinémas et se retrouve avec 3 371 retardataires en deuxième semaine. La messe est dite, mais quelques cinémas d’art et essai vont conserver le film jusqu’à la mi-août, amassant des miettes. La carrière du film se stoppe avec 13 981 voyageurs de l’espace à son bord. Un sacré revers !
Critique de Virgile Dumez
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Photo © Manuel Moutier © 2023 – One World Films, Carcadice, France 3 Cinéma, Auvergne- Rhône-Alpes-Cinéma. Tous droits réservés / All rights reserved
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