J’ai perdu mon corps : la critique du film (2019)

Animation, Fantastique, Drame | 1h21min
Note de la rédaction :
10/10
10
J'ai perdu mon corps, l'affiche

  • Réalisateur : Jérémy Clapin
  • Date de sortie: 06 Nov 2019
  • Nationalité : Français
  • Avec les voix de : Hakim Faris, Victoria Du Bois, Patrick d'Assumçao
  • Scénario : Guillaume Laurant et Jérémy Clapin
  • Musique : Dan Levy
  • Distributeur : Rezo Films
  • Editeur vidéo : Sony Pictures
  • Sortie vidéo : 6 mars 2020
  • Box-office France / Paris-périphérie : : : 157 852 entrées / 65 225 entrées* (* chiffres non définitifs)
  • Festival & Prix Prix du public et Grand Prix au Festival d’animation d’Annecy / Grand Prix à la Semaine de la Critique de Cannes / César du Meilleur Film d'animation
  • Classification : Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Véritable petit bijou, J’ai perdu mon corps est un audacieux dessin animé fantastique pour adultes qui bouleverse par ses résonances très intimes, sa portée philosophique et poétique, ainsi que sa superbe musique. Une belle surprise à ne surtout pas rater.

Synopsis : A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire…

Un projet original et risqué qui représente de longues années de travail

Critique : En 2011, le producteur Marc du Pontavice tombe sur le roman Happy Hand de Guillaume Laurant qu’il trouve magnifique et dont il décide d’acquérir les droits d’adaptation pour le cinéma. Commence ensuite la quête du bon réalisateur car le producteur compte en faire un dessin animé pour adultes, ce qui limite le nombre de candidats potentiels. Il se tourne alors vers Jérémy Clapin qui a déjà à son actif plusieurs courts-métrages animés, dont le très primé Skhizein (2008). Jérémy Clapin, séduit par le projet, a été contraint de réinventer en grande partie le roman d’origine afin de le retranscrire à l’écran.

Le réalisateur, tout en conservant l’intrigue d’origine, a ajouté de très nombreux éléments qui viennent enrichir le script. L’idée d’une main autonome n’est certes aucunement une nouveauté dans le cinéma fantastique (on pense par exemple à celle des Mains d’Orlac, ou encore dans La famille Addams), mais le fait de confronter cet élément à une histoire intime très personnelle fait tout le sel du long-métrage.

J'ai perdu mon corps, photo d'exploitation

© 2019 – Xilam Animation – Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma. Tous droits réservés.

Une structure narrative éclatée, en mode impressionniste

Effectivement, adoptant une structure kaléidoscopique, Jérémy Clapin livre une œuvre audacieuse qui nous permet de découvrir une magnifique histoire uniquement constituée de fragments d’une vie. Tandis que nous suivons la quête assez surréaliste de cette main tranchée qui cherche à retrouver son corps, nous découvrons l’histoire bouleversante de Naoufel, jeune orphelin dont l’aventure amoureuse avec la jolie Gabrielle va réveiller des blessures enfouies depuis trop longtemps.

En s’affranchissant de toute forme de linéarité, Jérémy Clapin opte pour un montage qui fonctionne par associations d’idées ou de sensations. Ainsi, tel détail dans le décor nous entraîne plus de quinze ans en arrière, tel son nous ramène au réel ou nous propulse dans la dimension du rêve, faisant de J’ai perdu mon corps une expérience sensorielle unique en son genre.

J'ai perdu mon corps, photo d'exploitation 2

© 2019 – Xilam Animation – Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma. Tous droits réservés.

J’ai perdu mon corps, ou comment sublimer la poésie du quotidien

Fondé sur une ellipse narrative étonnante – et qui trouve sa résolution vers la fin, de manière brillante – le film est en réalité une gigantesque métaphore sur le sens de l’existence, mais aussi sur la liberté de l’individu face à une destinée qui paraît implacable. Naoufel, comme toute personne adulte, doit d’abord se confronter à ses démons intérieurs pour pouvoir s’en affranchir et finalement grandir. Cette thématique est portée par une superbe réalisation attentive aux moindres sensations. Grâce à une bande-son très travaillée, mais aussi à des éclairages splendides – qui compensent un graphisme un peu faible, seul vrai défaut du métrage – J’ai perdu mon corps finit par emporter le spectateur dans sa spirale sensorielle.

Mais l’ensemble ne serait pas aussi beau sans la musique atmosphérique de Dan Levy, musicien du groupe The Dø, qui compose ici de douces mélopées que l’on peut comparer à celles entendues dans des films comme Naissance des pieuvres (Sciamma, musique de Para One).

Jérémy Clapin signe un chef-d’œuvre à ne surtout pas rater

Cette association de talents aussi divers permet à ce dessin animé réservé aux adultes d’être une des plus belles surprises cinématographiques de ces derniers mois. A la fois Prix du public et Grand Prix au Festival d’animation d’Annecy, mais aussi Grand Prix à la Semaine de la Critique de Cannes, J’ai perdu mon corps est une œuvre audacieuse qui devrait vous cueillir par surprise, pour peu que vous fassiez abstraction de l’hideuse affiche lui servant de support promotionnel et qui n’entretient qu’un très lointain rapport avec l’esthétique générale d’un film bercé de poésie.

Le film sur le site du distributeur

Critique de  Virgile Dumez 

Les sorties de la semaine du 6 novembre 2019

J'ai perdu mon corps, l'affiche

© 2019 – Xilam Animation – Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma. Tous droits réservés.

Trailers & Vidéos

trailers
x
J'ai perdu mon corps, l'affiche

Bande-annonce de J'ai perdu mon corps

Animation, Fantastique, Drame

x