Non ma fille, tu n’iras pas danser : la critique du film (2009)

Comédie dramatique, Chronique familiale | 1h45min
Note de la rédaction :
6.5/10
6.5
Non ma fille tu n'iras pas danser affiche

Note des spectateurs :

Avec Non ma fille, tu n’iras pas danser, Christophe Honoré s’éloigne de la Nouvelle Vague pour s’orienter vers le cinéma de Desplechin. Il embarque dans sa danse Chiara Mastroianni, brillante, pour un film qui n’est pas sans rappeler, en plus sérieux, Un chat un chat sorti la même année.

Synopsis : Depuis qu’elle s’est séparée de Nigel, Léna traverse la vie comme elle peut avec ses deux enfants. Elle triomphe avec vaillance des obstacles semés sur leur route. Mais il lui reste à affronter le pire : l’implacable bonté de sa famille qui a décidé de faire son bonheur.

Critique : Jadis provocateur décrié par la critique (Ma mère et à un moindre niveau 17 fois Cécile Cassard), Christophe Honoré a trouvé l’équilibre à travers un petit cinéma parisianiste aux réminiscences certaines de la Nouvelle Vague. Sa trilogie fantasque et fantaisiste (Dans Paris, Les chansons d’amour et La belle personne), teintée comme toujours d’une forme de dépression, et portée par son acteur fétiche, le truculent Louis Garrel, lui a apporté une forme de reconnaissance méritée, sans que l’auteur ne parvienne totalement à la maturité vers laquelle il semble vouloir tendre avec Non ma fille, tu n’iras pas danser.

Chiara Mastroianni dans Non ma fille tu n'iras pas danser

Copyright Le Pacte

Indéniablement plus profond car moins parasité par l’esprit libertaire et le jeunisme, ce virage n’est pas sans rappeler Un conte de Noël de Depleschin dans sa volonté de sonder les différentes strates de vécu d’une famille complexe. Davantage portée par les personnalités féminines qui dominent impitoyablement et royalement le casting (on parle tout de même de Chiara Mastroianni, Marina Foïs et Marie-Christine Barrault), la gravité est peut-être moindre que chez le réalisateur de Rois et reines, mais l’approche psychologique des caractères n’en est pas moins aussi fine que tourmentée.

Ma fille, tu n’iras pas danser ouvre le cinéma d’Honoré à un public plus large

En haut de l’affiche d’un métrage coécrit avec Geneviève Brisac (accessoirement la première éditrice de Honoré romancier), le personnage de Chiara (Léna) porte le métrage sur ses épaules de mère et jeune divorcée en proie au doute, à l’hésitation et à une forme refoulée de dépression. Chassant toute la sensualité de sa vie, ainsi que toute tentative de légèreté que pourrait lui apporter un certain satellite qui virevolte autour d’elle (Louis Garrel, dans un second rôle cocasse), elle fuit ses responsabilités et se replie sur l’agressivité verbale qu’elle ne contrôle pas. Elle devient aveugle face aux problèmes des autres, hermétique à toutes leurs misères patentes : le sentiment d’abandon et d’impuissance dont souffre son fils, le couple de sa sœur qui vacille, la maladie de son père dont elle ignore tout…

Chiara Mastroianni et Marina Fois dans Non ma fille tu n'iras pas danser

Copyright Le Pacte

Léna se construit paradoxalement sur l’antipathie et l’empathie. L’égoïsme dans lequel elle s’embourbe, cet égocentrisme malheureux né de déceptions (son ancien mari, joué par Jean-Marc Barr, très sobre, l’a trompée) attisent des sentiments contradictoires vis-à-vis d’un personnage qui a tout pour être heureux mais laisse tout filer entre ses doigts (boulot, mari, enfants). La fêlure prend le dessus sur le rationnel, alors que sa famille essaie d’être le ciment qui la sauvera.

Un film sobre et poignant

Sans pour autant virer dans le drame, le film d’Honoré se contente d’une introspection, à la fois tendre et douce, mais finalement austère, à laquelle Léna essaie constamment de se soustraire, comme pour fuir le rôle dans lequel tout le monde aimerait la cantonner. Celui d’épouse, de mère responsable et donc de femme active accomplie. Au final, l’aridité du personnage de Chiara, ses maladresses et ses tergiversations, réussissent à plomber nos sentiments à son égard. D’autant que le spectateur qui a eu la chance de voir la comédienne la même année dans Un chat, un chat de Sophie Fillière, y verra une proximité évidente entre ses deux rôles dépressifs, en faveur du Fillières, à la légèreté et à la bonne humeur salvatrices.

Au final, Christophe Honoré réussit un film sobre et parfois poignant, qui ne parvient pas à abattre toutes les distances entre son personnage central et le spectateur. Un défaut majeur dont on ne lui tiendra nullement rigueur au vu de l’honnêteté de sa démarche et de tous les talents mis en œuvre.

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Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 2 septembre 2009

 

Non ma fille tu n'iras pas danser affiche

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