Médecin de nuit : la critique du film (2021)

Thriller | 1h22min
Note de la rédaction :
6,5/10
6,5
Médecin de nuit, affiche portrait du film d'Elie Wajeman

  • Réalisateur : Élie Wajeman
  • Acteurs : Pio Marmaï, Florence Janas, Vincent Macaigne, Guillaume Verdier, Sara Giraudeau, Sarah Le Picard
  • Date de sortie: 16 Juin 2021
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Médecin de nuit
  • Titres alternatifs : The Night Doctor / A Night Doctor / Nocny lekarz (Pologne)
  • Année de production : 2020
  • Scénariste(s) : Elie Wajeman, Agnès Feuvre
  • Directeur de la photographie : David Chizallet
  • Compositeur : Evgueni Galperine, Sacha Galperine
  • Producteur : Georges Bermann
  • Société(s) de production : Partizan Films
  • Distributeur : Diaphana Distribution
  • Éditeur(s) vidéo : -
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Box-office nord-américain -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics avec avertissement : " Le climat angoissant et les nombreuses scènes de violence et de prises de drogue sont susceptibles de heurter les spectateurs sensibles"
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : Dolby 5.1
  • Festivals et récompenses : Label Cannes 2020, Sélection Officielle / Festival d'Angoulême (Les Flamboyants), Grand Prix Cinéma Elle (Prix d'Interprétation Masculine pour Vincent Macaigne)
  • Illustrateur / Création graphique / Photo : : © Le Cercle Noir pour Fidelio / Photo Guy Ferrandis
  • Crédits : Partizan Films, OCS, Ciné+
Note des spectateurs :

Vincent Macaigne porte Médecin de nuit sur ses épaules et entraîne le spectateur dans un Paris nocturne sombre et désespéré. Le thriller urbain, bien qu’inégal, est assurément une bonne surprise.

Synopsis : Mikaël est médecin de nuit. Il soigne des patients de quartiers difficiles, mais aussi ceux que personne ne veut voir : les toxicomanes.
Tiraillé entre sa femme et sa maîtresse, entraîné par son cousin pharmacien dans un dangereux trafic de fausses ordonnances de Subutex, sa vie est un chaos. Mikaël n’a plus le choix : cette nuit, il doit reprendre son destin en main.

Un thriller richement documenté

Critique : Avec ses précédents longs-métrages (Alyah en 2012 et Les anarchistes en 2015), Élie Wajeman étudiait déjà la fine frontière qui sépare l’illégalité de la loi établie. Avec Médecin de nuit, il approfondit encore un peu plus cette thématique en suivant les traces d’un médecin qui prescrit du Subutex (produit de substitution de la drogue) à des toxicomanes. Si le praticien souhaite ainsi venir en aide à un public que les autorités délaissent, il franchit ainsi régulièrement la limite entre prescription d’un médicament et deal, d’autant plus qu’il alimente un trafic pour venir en aide à son cousin pharmacien (Pio Marmaï) écrasé de dettes.

Médecin de nuit, photo 1

© Partizan Films. Tous droits réservés.

Écrit avec l’aide d’Agnès Feuvre, le scénario a été long à trouver sa forme actuelle, bénéficiant des nombreuses heures passées aux côtés d’un médecin de nuit, ami de Wajeman. L’auteur s’est également renseigné sur les trafics de Subutex, assistant à des procès liés à cette pratique devenue de plus en plus courante. Fondé sur des éléments documentaires appréciables, Médecin de nuit adopte finalement la structure de la tragédie classique en respectant la règle des trois unités (de lieu, de temps et d’action). Conscient d’être arrivé au bout de ses réserves, le personnage incarné avec beaucoup de force par Vincent Macaigne va devoir opérer des choix au cours d’une seule nuit où il doit à la fois choisir entre son boulot et sa vie privée, mais aussi entre la légalité ou les trafics.

Dealer par ordonnance

Élie Wajeman, passionné de thrillers urbains américains des années 70, a voulu non seulement décrire de manière documentée le Paris nocturne contemporain, mais aussi tourner un polar classique avec des éclairs de violence et une certaine forme de mélancolie. Si le mélange des deux n’est pas toujours totalement abouti, donnant parfois l’impression d’ouvrir des pistes sans les suivre, Médecin de nuit bénéficie d’une durée suffisamment resserrée pour lui permettre de ne pas trop s’éparpiller. Alors que l’intrigue liée au trafic est parfaitement construite, on peut également être plus réservés sur la sous-intrigue sentimentale mettant en scène Sara Giraudeau, dont le personnage manque de caractérisation.

Par contre, cela offre au réalisateur l’occasion de nuancer le personnage principal. Capable d’une forte altérité dans son métier, considéré même comme un saint par ceux qu’il sauve d’une mort programmée par la came, le médecin est incapable de mener une vie privée équilibrée. Il se comporte même de manière indécise avec les deux femmes qui hantent son existence (son épouse et sa maîtresse). En réalité, la plupart des protagonistes possèdent bien deux visages et cette ambiguïté est assurément une qualité majeure du long-métrage, même si cela bouscule parfois les archétypes du genre abordé.

Médecin de nuit ou la confirmation de l’immense talent de Vincent Macaigne

Doté d’une réalisation nerveuse, mais pas hystérique, Médecin de nuit bénéficie aussi d’une très belle musique composée par Evgueni et Sacha Galperine. Celle-ci enveloppe les images assez brutes de David Chizallet et donne au film une ambiance à la fois sombre et mélancolique qui touche. Mais rien n’aurait été possible sans l’interprétation totalement habitée de Vincent Macaigne, dans un contre-emploi total. L’acteur plutôt connu pour ses rôles lunaires et décalés s’est taillé un physique de circonstance, afin d’être crédible lors des affrontements à main nue. Malgré sa voix douce parfaitement crédible lors des consultations avec les patients, l’acteur parvient à imposer une présence physique menaçante qu’on ne lui connaissait pas jusque-là. C’est le privilège des plus grands d’arriver à nous étonner en sortant de leur zone de confort. Macaigne est assurément de cette trempe.

Médecin de nuit, photo 2

© Partizan Films. Tous droits réservés.

Face à lui, Pio Marmaï est également en contre-emploi dans un rôle de salaud, mais la sympathie immédiate dégagée par l’acteur sert justement le long-métrage en en faisant un personnage ambigu. Comme dit précédemment, Sara Giraudeau est un peu moins bien servie par un rôle moins bien défini, tandis que Sarah Le Picard s’en sort bien en tant qu’épouse du médecin anti-héros.

Notre prescription : aller découvrir le film en salles !

Avec sa progression dramatique allant vers davantage de violence, Médecin de nuit nous laisse orphelin d’une fin qui reste ouverte, au risque de frustrer une partie des spectateurs. Cette absence de choix vise à la participation active du spectateur qui y projettera soit son optimisme, soit son pessimisme, en fonction des goûts de chacun. Il s’agit en tout état de cause du meilleur film de son auteur à ce jour.

Initialement retenu en sélection du Festival de Cannes 2020, Médecin de nuit n’a finalement pas pu être présenté lors de cette manifestation annulée pour cause de pandémie. Sa sortie a finalement été décalée au mois de juin 2021. On vous encourage à faire le déplacement en salles.

Critique de Virgile Dumez

Sorties de la semaine du 16 juin 2021

Médecin de nuit, affiche du film d'Elie Wajeman

© Le Cercle Noir pour Fidelio / Photo Guy Ferrandis

Trailers & Vidéos

trailers
x
Médecin de nuit, affiche portrait du film d'Elie Wajeman

Bande-annonce de Médecin de nuit

Thriller

x