L’ibis rouge : la critique du film (1975)

Comédie noire, Policier | 1h30min
Note de la rédaction :
6/10
6
L'ibis rouge, l'affiche de Topor

Dans la plus pure tradition du cinéma de Mocky, L’ibis rouge est une comédie noire à la fois grinçante et caricaturale qui peint un portrait au vitriol de l’espèce humaine. Anar jusqu’au bout des ongles.

Synopsis : Tandis que rode un étrangleur, un homme tente de réunir le montant d’une dette de jeu mettant sa vie en péril.

Un Mocky avec trois monstres sacrés

Critique : Que l’on apprécie ou non le cinéma de Jean-Pierre Mocky, tout le monde sera d’accord pour dire qu’il ne ressemble qu’à lui-même et, dans la pléthore de productions plus ou moins bien ficelées se cache un certain nombre de navets, mais aussi de bonnes surprises. Parmi celles-ci, on distingue par exemple L’ibis rouge tourné en 1975 avec trois Michel, et pas n’importe lesquels puisqu’il s’agit de Serrault, Galabru et Simon.

A noter d’ailleurs que ce long-métrage marque la dernière apparition à l’écran de Michel Simon qui décède quelques jours seulement après la sortie du film. Si l’acteur apparaît quelque peu diminué physiquement, il compose une figure anarchiste particulièrement touchante et se révèle une fois de plus impérial, tirant ainsi sa révérence avec les honneurs.

Comédie grinçante, L’ibis rouge est librement adaptée d’un roman noir de Fredric Brown intitulé Ça ne se refuse pas publié en France dans la collection Série noire de Gallimard. Il n’est pas étonnant que Jean-Pierre Mocky croise l’univers de cet auteur de science-fiction qui injectait toujours une bonne dose d’humour noir dans ses œuvres. Son mauvais esprit naturel et son cynisme ne pouvaient laisser Mocky l’anar insensible.

L'ibis rouge, la jaquette du DVD ESC Editions

© 1975 Les Films de l’Epée – M. Films © 2019 ESC Editions. Tous droits réservés.

Le roman noir lui va si bien

N’oublions pas que le cinéaste n’a jamais été aussi bon que lorsqu’il s’est emparé d’un roman noir pour en tirer une œuvre personnelle (on se souvient entre autres de A mort l’arbitre et Agent trouble). Ici, il nous invite à suivre les pas d’un serial-killer qui étrangle les femmes par frustration sexuelle. Toutefois, il ne cherche à aucun moment à créer le suspense puisque le coupable – Michel Serrault – est désigné dès les premières minutes. Le reste du film tourne autour d’une galerie de personnages qui vivent tous aux abords du canal Saint-Martin et qui croisent à un moment ou un autre la route de l’assassin.

Comme à son habitude, les personnages sont tous croqués à la serpe par un Mocky qui pousse le curseur de la caricature très loin. Si certains lui reprocheront cette tendance à l’outrance facile, ses défenseurs pourront toujours arguer du fait qu’il s’agit là de la caractéristique la plus fameuse de son cinéma jusqu’au-boutiste.

De la caricature et de l’outrance, comme toujours

Ici, le méchant de service est un ancien militaire grimé comme Von Stroheim dans La grande illusion, affublé de tics et d’amis gueules cassées qui sont d’une raideur toute martiale. Les flics sont nécessairement tous des abrutis congénitaux, les femmes sont systématiquement traitées de salopes et un nombre conséquent de figurants sont incarnés par des gueules croisées fréquemment chez le cinéaste (on pense notamment à Antoine Mayor ou encore à Jean Abeillé). Et puis certains acteurs chevronnés profitent de l’occasion pour sortir le grand jeu et cabotiner à loisir, comme Jean Le Poulain en restaurateur grec originaire d’Auvergne ou encore Michel Galabru en mari éconduit passablement couard.

Une vision très noire de l’espèce humaine que le public a boudé

Derrière cette apparente désinvolture se profile pourtant une vision de l’humanité d’une noirceur absolue. Effectivement, pas un seul personnage n’est vraiment ce qu’il prétend être et le mensonge est au cœur du récit, à tel point que l’assassin apparaîtrait presque comme étant le seul protagoniste franc du collier. De fait, à l’issue de ces portraits croisés, l’être humain ne sort pas vraiment grandi : égoïste, veule, raciste, avide, l’Homme vit dans sa bulle et tente de soumettre l’autre à ses propres désirs sans jamais chercher à se mettre à la place de celui ou de celle qu’il offense.

Cette ronde finalement très noire et cynique emporte donc l’adhésion pour peu que l’on revendique soi-même une part de misanthropie. Le public de l’époque ne semble pas avoir été séduit par cette proposition quelque peu excessive et caricaturale puisque le film n’a intéressé que 146 863 spectateurs sur toute la France, soit un score très décevant pour Mocky, pourtant aidé ici par un casting impérial.

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Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 21 mai 1975

L'ibis rouge, l'affiche de Topor

© 1975 Les Films de l’Epée – M. Films / Illustrateur : Topor. Tous droits réservés.

 

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