Les Nuits de Mashhad (Cannes 2022) : la critique du film (2022)

Thriller, Policier, Drame | 1h57min
Note de la rédaction :
8/10
8
Les nuits de Mashhad, affiche du film d'Ali Abbasi

  • Réalisateur : Ali Abbasi
  • Acteurs : Zar Amir Ebrahimi, Mehdi Bajestani, Arash Ashtiani
  • Date de sortie: 13 Juil 2022
  • Année de production : 2022
  • Nationalité : Danois, Allemand, Suédois, Français, Jordanien, Italien
  • Titre original : Holy Spider
  • Autres acteurs : Forouzan Jamshidnejad, Alice Rahimi, Sina Parvaneh, Sara Fazilat, Firouz Agheli, Nima Akbarpour, Mesbah Taleb
  • Scénaristes : Ali Abbasi, Afshin Kamran Bahrami
  • Directeur de la photographie : Nadim Carlsen
  • Compositeur : Martin Dirkov
  • Monteur : Olivia Neergaard-Holm
  • Producteurs : Sol Bondy, Jacob Jarek
  • Sociétés de production Profile Pictures, ONE TWO Films, Nordisk Film Production, Wild Bunch, Why Not Productions, Arte France Cinéma, Film i Väst
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie vidéo : 9 décembre 2022
  • Editeur vidéo : Metropolitan Vidéo (DVD et blu-ray, 2022)
  • Format : 2.39 : 1 / Couleur (DCP, 4K)
  • Budget : -
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 98 672 entrées / 38 227 entrées
  • Box-office nord américain : 307 188 $
  • Classification : Interdiction aux -12 ans
  • Cannes 2022 : En Compétition Officielle au Festival de Cannes 2022, Prix d'interprétation féminine pour Zar Amir Ebrahimi
  • Autres festivals et récompenses :
  • Illustrateur/Création graphique : Crédits photos : Nadim Carlsen © Profile Pictures / One Two Films Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Profile Pictures / One Two Films. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attaché de presse : Michel Burstein
  • Tagline : Prix d'interprétation féminine, Festival de Cannes.
Note des spectateurs :

Thriller politique glaçant, Les nuits de Mashhad offre une description sans concession des dérives de la société iranienne marquée par une terrible misogynie, suscitée par l’extrémisme religieux.

Synopsis : Iran 2001, une journaliste de Téhéran plonge dans les faubourgs les plus mal famés de la ville sainte de Mashhad pour enquêter sur une série de féminicides. Elle va s’apercevoir rapidement que les autorités locales ne sont pas pressées de voir l’affaire résolue. Ces crimes seraient l’œuvre d’un seul homme, qui prétend purifier la ville de ses péchés, en s’attaquant la nuit aux prostituées.

A l’origine, un terrible fait divers

Critique : Cinéaste d’origine iranienne qui travaille en Europe et notamment au Danemark, Ali Abbasi s’est fait remarquer des cinéphiles par le très étrange Border (2018) qui mélangeait constat social et film fantastique dans une atmosphère particulière. Pour parvenir à la finalisation de son thriller Les nuits de Mashhad (2022), la route fut longue et sinueuse. Tout d’abord, Ali Abbasi vivait encore en Iran lorsque le fait divers qu’il décrit ici s’est déroulé. Ainsi, en 2001, un certain Saeed Hanaei a étranglé une quinzaine de prostituées, avant d’être arrêté et condamné à mort par le pouvoir islamique.

Si la destinée du serial killer n’a pas frappé le cinéaste de prime abord, c’est surtout le soutien reçu par celui-ci de la part d’une partie de la population iranienne qui l’a étonné. Effectivement, le tueur fou s’en prenait exclusivement aux prostituées et se targuait d’effectuer une mission divine au cœur de la cité sacrée de Mashhad. Cet aspect du personnage, ainsi que la relative sympathie que le coupable pouvait inspirer, ont motivé la création d’un scénario qui a mis plus de dix ans à éclore.

Refusé par l’Iran, le thriller a été tourné en Jordanie

Ali Abbasi a mené de nombreuses recherches tout en essayant d’obtenir l’autorisation de tourner en Iran. Le refus du pouvoir n’est guère étonnant et le tournage a donc été effectué en Jordanie où la ville de Mashhad a donc été reconstituée à l’aide d’accessoires iraniens et de cadrages savants qui laissent une grande partie de la ville dans l’ombre. Cette esthétique sombre convient d’ailleurs parfaitement à l’atmosphère de ce film noir qui entend surtout dénoncer la misogynie intrinsèque au pouvoir islamique.

Pour cela, le cinéaste a pris la liberté de mettre en scène une femme journaliste qui enquête sur la mort de plusieurs prostituées dans la ville sainte de Mashhad. Dès l’entame, le long métrage ne pouvait aucunement plaire au pouvoir iranien puisque la prostitution n’existe officiellement pas dans le pays. Or, Les nuits de Mashhad s’attache à suivre les pas de quelques femmes considérées comme dépravées, mais qui sont avant tout des victimes d’une société iranienne intolérante et entièrement dominée par les hommes. Dans cette échappée nocturne, le cinéaste n’oublie pas le spectateur qui assiste à un nombre conséquent de meurtres – puisque l’identité du serial killer est dévoilée dès les cinq premières minutes.

Les nuits de Mashhad, une coproduction européenne efficace

L’ambiance est d’autant plus tendue que le montage alterne l’enquête de la journaliste à qui les autorités religieuses mettent des bâtons dans les roues et le destin du tueur fou qui se croit élu de Dieu pour nettoyer la ville des pécheresses. La traque est menée à l’aide d’un montage habile, d’une réalisation efficace et moderne, soutenue par une ambiance musicale stressante orchestrée par le danois Martin Dirkov. Loin de correspondre à l’esthétique réaliste et crue généralement associée au cinéma iranien, Les nuits de Mashhad ne se départit pas d’une forme très étudiée qui correspond davantage aux canons européens.

Les nuits de Mashhad, photo du film d'Ali Abbasi

© Profile Pictures, ONE TWO Films, Nordisk Film Production, Wild Bunch, Why Not Productions, Arte France Cinéma, Film i Väst

Pour autant, cela ne retire rien à l’efficacité de la dénonciation d’un pouvoir religieux qui finit par influencer les esprits au point de créer ses propres monstres. A force de dénigrer les femmes et de vanter la pureté divine, les mollahs ont créé une nouvelle race d’hommes qui se croient tout permis envers le sexe opposé, jusqu’à l’élimination pure et simple, avec approbation de la foule hystérique. Car le plus glaçant dans Les nuits de Mashhad n’est pas la partie décrivant l’odyssée meurtrière du malade mental, mais bien celle qui montre que la foule a pris fait et cause pour l’assassin, au point que son propre fils envisage de prendre la relève de son martyr de père.

Une actrice célébrée, mais menacée de mort

Outre l’excellence de sa réalisation, Les nuits de Mashhad profite d’une très belle interprétation de Zar Amir Ebrahimi dans le rôle de la journaliste en butte avec le pouvoir en place. La propre histoire tragique de cette comédienne contrainte de quitter son pays en 2006 après une sombre affaire de sextape vient donner un éclairage encore plus troublant au thriller. Si sa prestation a été saluée par le Prix d’interprétation à Cannes en 2022, cet honneur lui a valu un nombre incalculable de menaces de mort suscitées par le pouvoir iranien, furieux de l’image donnée par l’actrice de la République islamique.

Face à elle, le grand acteur de théâtre Mehdi Bajestani a pris un risque majeur en acceptant de jouer le serial killer connu en Iran sous le nom de l’Araignée (d’où le titre original Holy Spider). Il y est absolument renversant par son jeu naturel et inquiétant à la fois. Pas certain que sa carrière iranienne ne s’en remette puisque Les nuits de Mashhad a été clairement condamné par les autorités islamiques du pays.

Très belle réussite dans le domaine du thriller à dimension politique, Les nuits de Mashhad a fait son petit effet à Cannes en 2022, puis a été programmé par Metropolitan Filmexport au mois de juillet 2022 afin de réitérer l’exploit de La loi de Téhéran (Saeed Roustayi, 2019) qui avait rassemblé 164 845 spectateurs tout au long de l’été 2021. Pour son démarrage, le film d’Ali Abbasi n’a pas suscité le même engouement et a dû se contenter de 536 spectateurs dans 20 cinémas à Paris 14h le mercredi 13 juillet 2022. Il n’entre ainsi qu’à la 5ème place des nouveautés du jour. Pour son premier week-end dans une France marquée par la canicule, le thriller européen peine à se démarquer avec seulement 22 187 spectateurs dans 123 cinémas.

Pour sa seconde semaine, le film atteint les 51 430 entrées et va continuer à être programmé dans les salles d’art et essai durant tout l’été, preuve d’un bon bouche à oreille. Si le film ne se relève pas vraiment de son mauvais démarrage, ses chiffres plutôt réguliers vont lui permettre de tripler ses entrées de la première semaine pour terminer sa longue carrière juste sous la barre des 100 000 tickets. Il s’agit toutefois d’une déception au vu de son prix cannois et de son excellent écho dans la presse.

Critique de Virgile Dumez

Notes cannoises

Ali Abbasi, cinéaste danois et iranien, nous avait épatés en 2018, lors de son passage à Cannes, dans la Section Un Certain Regard, avec la production totalement inattendue Border. Le film glauque relatait une histoire farfelue de trolls répugnants qui nous reste encore à l’esprit tant son originalité de ton et de forme nous avait sauté aux yeux.

En 2022, le cinéaste se retrouve en compétition avec Les nuits de Mashhad, un thriller sur fond de traque au psychopathe situé en Iran.

Le sujet est controversé, puisque basé sur l’histoire vraie d’un tueur en série local. Saeed Hanaei est la source d’inspiration du film ; il a sévi entre 2000 et 2001 à Mashhad, assassinant de jeunes prostituées et droguées. Il était évidemment persuadé d’accomplir une mission divine.

Dans Les nuits de Mashhad, toute la misogynie de la société iranienne sera passée au crible par un cinéaste aussi talentueux que provocateur qui pourrait provoquer l’un des scandales de la Compétition officielle.

Metropolitan FilmExport, déjà en compétition avec Les crimes du futur de David Cronenberg, distribuera le pamphlet probablement sombre et tortueux en juillet. Le distributeur avait surpris en 2019, en proposant Border dans les salles, avec un petit succès culte (91 000 entrées).

La date de sortie choisie par Metro n’est en rien surprenante puisqu’elle correspond, à quinze jours près, à celle de La loi de Téhéran, succès d’art et essai puissant, qui avait duré pendant tout l’été 2021, pourtant sous covid-19 et sur fond de polémique sur le passe sanitaire.

L’un des films les plus attendus de la compétition qui démontre une volonté de renouvellement de la part de l’équipe de sélection.

Notes cannoises de Frédéric Mignard

Tous les films de Cannes 2022

Compétition officielle au Festival de Cannes 2022

Sorties de la semaine du 13 juillet 2022

Les nuits de Mashhad, affiche du film d'Ali Abbasi

Design : Benjamin Seznec, Troika

Trailers & Vidéos

trailers
x
Les nuits de Mashhad, affiche du film d'Ali Abbasi

Bande-annonce de Les nuits de Mashhad (VOstf)

Thriller, Policier, Drame

x