Premier long métrage de Lloyd Lee Choi, Les Lumières de New York est un drame social touchant qui évoque le néoréalisme italien jusque dans ses thématiques très sombres. A découvrir.
Synopsis : Lu, arrivé de Chine à New York avec le rêve d’ouvrir son restaurant, voit rapidement ses espoirs s’effondrer, le laissant enlisé dans les dettes et les petits boulots invisibles. Sa femme et sa fille, qu’il n’a pas vues depuis des années, viennent enfin le rejoindre, avec le désir de reconstruire une vie à ses côtés. Alors, le temps de quelques jours, Lu s’efforce de leur offrir un moment de bonheur et de raviver les lumières d’un avenir possible.
Un court métrage devenu un long
Critique : En 2022, le cinéaste canadien Lloyd Lee Choi a connu une certaine notoriété dans les festivals du monde entier – dont ceux de Cannes et de Toronto, tout de même – avec son court métrage Same Old qui suivait la nuit cauchemardesque d’un chauffeur-livreur dans la mégalopole de New York. L’idée de ce court métrage d’une durée de 15 minutes est venue au réalisateur lors de la pandémie de Covid-19 lorsqu’il s’est demandé quelle pouvait bien être la vie de ces gens qui venaient chaque soir lui livrer ses repas à domicile.

© 2025 Hisako, Significant Productions, Cedar Road, Big Buddha Pictures. Tous droits réservés.
Grâce au succès de ce court, Lloyd Lee Choi est encouragé à écrire une version longue de cet essai afin d’en faire son tout premier long format. Dès lors, Lloyd Lee Choi s’est mis à l’écriture de ce qui deviendra Les Lumières de New York (2025). Cette fois, il ne se concentre pas seulement sur le livreur asiatique, mais il ajoute une dimension familiale supplémentaire. Ainsi, le héros nommé Lu attend avec impatience l’arrivée à New York de sa femme et de sa petite fille qu’il n’a pas vu depuis cinq ans.
Le Voleur de bicyclette comme référence principale
Dans l’intervalle, l’homme a tenté de monter un restaurant qui a fait faillite et il a dégringolé progressivement les échelons sociaux, ne pouvant plus proposer un habitat décent à sa famille. Pire, dans les premiers instants du film, il perd son vélo, condition pour pouvoir être livreur, tandis qu’il se fait arnaquer par un compatriote chinois, ce qui l’oblige à courir durant tout le film après l’argent nécessaire à sa survie et à celle de ses proches.
Les cinéphiles pourront rapidement retrouver ici les fondements narratifs du classique du néoréalisme Le Voleur de bicyclette (Vittorio De Sica, 1948), référence évidente du cinéaste. Mais les spectateurs français penseront également beaucoup au très beau L’Histoire de Souleymane (Boris Lojkine, 2024) dont Les Lumières de New York partage à la fois l’intrigue, mais aussi l’esthétique assez sombre, ainsi que l’atmosphère de tension permanente. Malheureusement, ces références prestigieuses font un peu d’ombre au premier film de Lloyd Lee Choi qui manque encore quelque peu de personnalité.
Des acteurs dirigés avec une grande justesse
Certes, la vision d’un New York alternatif, bien loin des images d’Epinal, est marquée par une belle photographie contrastée, sublimée par un tournage en argentique. De même, le cinéaste évite systématiquement le piège du mélodrame en n’insistant jamais sur les moments tristes. Mais à force de demeurer à un niveau descriptif, il perd parfois en puissance, là où l’on attendait sans doute davantage d’émotion.
Toutefois, Les Lumières de New York bénéficie d’un casting parfaitement convaincant, avec notamment deux grandes vedettes asiatiques que sont Chang Chen et Fala Chen. Cette dernière a sans doute été amenée à travailler sur ce film grâce au coproducteur Destin Daniel Cretton qui l’a mis en scène dans son Marvel Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux (2021). Mais la véritable révélation du drame social vient assurément de la petite fille interprétée avec une grande justesse par Carabelle Manna Wei.
Mon père, ce héros du quotidien
La gamine pourtant très jeune et novice en la matière parvient à suggérer les sentiments profonds de son personnage en un seul regard. Le spectateur sait qu’elle est loin d’être naïve et qu’elle comprend parfaitement la situation de détresse financière dans laquelle se trouve son père. Là aussi, cette relation entre un père désœuvré et sa progéniture nous renvoie au fameux Voleur de bicyclette déjà cité.

© 2025 Hisako, Significant Productions, Cedar Road, Big Buddha Pictures. Tous droits réservés.
Tout ceci fait de Les Lumières de New York une première œuvre valeureuse et intéressante, mais le cinéaste va devoir s’affranchir de ses modèles pour parvenir à créer une œuvre authentiquement personnelle les prochaines fois. A noter au passage que le titre français et son affiche évoquent plutôt un film joyeux alors que la tonalité d’ensemble est plutôt sombre et désespérée.
Présenté au Festival de Cannes 2025 à la Quinzaine des Cinéastes (et en compétition pour la Caméra d’Or), Les Lumières de New York est reparti bredouille. Il a davantage séduit les critiques taïwanaises lors de la cérémonie des Golden Horse 2025 où il a remporté le prix du meilleur acteur pour Chang Chen, le prix du meilleur réalisateur pour Lloyd Lee Choi et le prix de la meilleure musique pour Charles Humenry.
Box-office français de Les Lumières de New York
En France, le distributeur KMBO a distribué le drame social dans nos salles à partir du 7 janvier 2026, soit une semaine très chargée en films d’auteurs comme Les Echos du passé (Mascha Schilinski), Father Mother Sister Brother (Jim Jarmusch), Ma frère (Lise Akoka, Romane Gueret) ou encore le documentaire Premières lunes (Mélanie Melot). La concurrence est donc rude et Les Lumières de New York n’attire que 7 168 spectateurs sur la France entière.
Faute d’un bouche-à-oreille favorable, le film sombre dès sa deuxième semaine avec seulement 2 613 retardataires. En troisième septaine, la catastrophe se confirme puisqu’ils ne sont plus que 529 à se présenter dans les 32 caisses de cinéma restantes. Le film franchit alors dans la douleur les 10 000 entrées France et succombe en sixième semaine avec seulement 11 767 entrées à son compteur. Le métrage en a été privé de sorti physique et n’est disponible qu’en VOD depuis le 24 avril 2026.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 7 janvier 2026
Voir le film en VOD

© 2025 Hisako, Significant Productions, Cedar Road, Big Buddha Pictures / Affiche : Les Aliens.com. Tous droits réservés.
Biographies +
Lloyd Lee Choi, Fala Chen, Chang Chen, Carabelle Manna Wei
Mots clés
Cinéma canadien, Cinéma indépendant américain, Les migrants au cinéma, La famille au cinéma, Les relations père-fille au cinéma, New York au cinéma, Quinzaine des Cinéastes 2025