Film de la rédemption commerciale, Les Associés est la réponse de John Woo à l’échec effroyable du nihiliste Une balle dans la tête. Une comédie romantique d’action d’une efficacité remarquable, tournée notamment à Paris et sur la Côte d’Azur. A redécouvrir sans hésitation.
Synopsis : Joe, Jim et Cherie, trois as de la cambriole eleves ensemble a Hong Kong par un pere adoptif cruel, sont victimes lors d’un sejour en France d’un coup monte ou Joe perit. Inconsolables, Jim et Cherie retournent a Hong-Kong ou ils deviennent amants. Il se heurtent alors une nouvelle fois a leur pere adoptif, plus mechant que jamais.
John Woo féru de cinéma français livre son Jules et Jim
Critique : Les Associés a été voulu comme un hommage à Casablanca et Jules et Jim par John Woo, avec un récit romantique tissé autour d’une femme et deux hommes, en l’occurrence la star Cherie Chung au sommet de sa carrière après une décennie 80 magnifique, Leslie Cheung et le charismatique Chow Yun-Fat, mégastar que John Woo avait déjà dirigée dans les deux premiers Syndicat du crime et The Killer. Il est vrai que le cinéaste hongkongais était féru de cinéma français et en particulier épris de cette Nouvelle Vague qui avait donné tant de pouvoir aux auteurs. C’est donc logiquement en France qu’il va en grande partie filmer cette comédie d’action aux accents romantiques. Paris, Nice, Cannes… C’est que le génie du gunfight a également en tête La Main au collet d’Alfred Hitchcock, parangon de la carte postale française à destination des cinéphiles internationaux, et notamment asiatiques qui n’ont alors que peu l’occasion de voir la France en dehors des images iconiques qu’offre le 7e art.
Malgré cet amour prégnant pour la France, Les Associés demeure un John Woo méconnu des Français. Il a été originellement présenté en salle par le distributeur Metropolitan FilmExport, en juillet 1999, huit ans après sa sortie hongkongaise, lors d’un cycle John Woo qui a été acclamé par 9 007 spectateurs. Une apparition sur le grand écran très limitée en dépit du formidable capital de sympathie dont jouissait l’auteur en France pendant les années 90.

DVD © HK Vidéo, Metropolitan FilmExport. © 1991 Milestone Pictures Ltd. Tous droits réservés.
Quand les Français découvraient John Woo
En moins de 10 ans, Metro avait balancé sur les écrans français À toute épreuve (1993), Le Syndicat du crime 1 et 2 (1993), Une balle dans la tête (1993), et The Killer (1995), quand, parallèlement, la carrière américaine du cinéaste le propulsait en tête du box-office : Chasse à l’homme, avec Jean-Claude Van Damme, réalise 680 000 entrées en France via UIP en 1993, Broken Arrow, avec John Travolta et Christian Slater, rassemble 445 000 aficionados en 1996, puis, l’énorme Volte-Face, avec John Travolta et Nicolas Cage, déglingue 1 650 000 curieux, fort de la structure de distribution de Gaumont Buena Vista en 1997. Et tout cela, c’est avant le paroxysme de la carrière commerciale de John Woo, M:I-2 Mission: Impossible 2, en 2000, qui allait frôler les 4 millions de spectateurs dans les multiplexes français.
Le cycle estival John Woo parcourt l’été 1999 pendant quatre semaines, faisant le gros de ses entrées à Paname (6 464 contre 9 007 pour l’ensemble du territoire français). À la même époque, Metropolitan et Club TF1 Vidéo proposent la vidéocassette VHS comme vecteur principal de diffusion des Associés sur le territoire, avant une ressortie en DVD ultra-culte chez Metropolitan FilmExport et HK Vidéo. Depuis, le film traîne une réputation de John Woo sympathique, mais mineur, car il est vrai, tourné entre les monuments que sont Une balle dans la tête (1990) et surtout À toute épreuve (1992), dans lequel le cinéaste parait la carrière de Chow Yun-Fat d’un nouveau chef-d’œuvre.
2026 : une édition collector HK Vidéo / Metropolitan Vidéo
L’édition vidéo 2026 dont ont accouché Metropolitan FilmExport et HK Vidéo en Blu-ray et 4K Ultra HD est ultime, tant dans ses bonus profus que dans la qualité artistique de la restauration. Elle permet de largement réévaluer le film Les Associés sans pour autant lui accorder les mêmes qualificatifs que les sorties récentes de Metro et HK Vidéo, qui ont édité coup sur coup des monuments comme The Killer, À toute épreuve et la trilogie du Syndicat du crime. On n’oubliera pas de mentionner l’édition du coffret Une balle dans la tête, en mai 2026, puisqu’après tout, l’existence même des Associés s’explique par le flop monumental de ce dernier au box-office hongkongais, en 1990. Ce film de guerre, tragédie qui broie l’humain dans l’horreur des combats, est une fresque dépressive qui reflète bien le mental de la population hongkongaise de l’époque après la répression chinoise de Tiananmen à Pékin en 1989. L’anxiété de la population de Hong Kong était palpable alors que le transfert de souveraineté de l’enclave vers la Chine était planifié pour 1997.
Une commande commerciale pour le Nouvel An chinois
La réception décevante de The Killer en 1989 et le désastre d’Une balle dans la tête dépriment John Woo, qui se sent redevable envers la Golden Princess Film Production, avec laquelle il trouve un moyen de se racheter. En moins de trois mois, il va mettre en boîte pour la société qui lui accorde toujours sa confiance une superproduction très grand public destinée à la sacro-sainte date du Nouvel An chinois. Or, les fêtes de la fin d’année lunaire étaient propices aux plus gros succès populaires, avec leur mélange d’action, de comédie et de romance. Et évidemment, leur fin heureuse pour donner du baume au cœur à la population en liesse. Les Associés sera tout cela.
En moins de trois mois, entre novembre 1990 et février 1991, le script est plus ou moins improvisé, le film est tourné, avec de nombreuses séquences à l’étranger pour complexifier la logistique, car l’on ne travaille pas en France comme à Hong Kong. Le film est monté et dévoilé à la critique et au public local qui vont en raffoler ! En s’inscrivant dans la tradition des films du Nouvel An chinois, Les Associés rapporte 33,3 millions de dollars de Hong Kong durant son exploitation et s’octroie quatre belles nominations aux Hong Kong Film Awards, en 1992 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur pour Chow Yun-Fat, et Meilleur montage. Le marché chinois, alors complètement fermé, saura en 2026, lors de sa présentation en version restaurée 4K, en faire un triomphe à son tour.
Un film généreux calibré pour plaire au public le plus large
Il est vrai que Les Associés, dans sa générosité totale, offre beaucoup pour la délectation des spectateurs. Son cadre essentiellement européen pare le film d’une certaine beauté dont s’accommode bien le directeur de la photographie. Les scènes de romance y trouvent un écrin forcément favorable, quand les scènes d’action sont tout aussi plausibles. Avec le scénariste Clifton Ko Chi-Sum, entièrement dévoué à John Woo pour le remettre sur pied, inspiré par French Connection et l’exotisme des James Bond, les scènes d’action trouvent en Europe un certain équilibre. Il est vrai que la présence de Rémy Julienne pour les cascades sur roues offre de l’esbroufe et une maestria complémentaire à celle des équipes hongkongaises, toujours au firmament en matière d’arts martiaux et de gunfights.
Malgré son passé dans la comédie dans les années 70 (Money Crazy, Follow the Star, From Riches to Rags…), John Woo, qui n’est pas un comique né, a laissé son monteur David Wu tourner quelques scènes loufoques et burlesques pour accentuer la légèreté du divertissement et se rapprocher des standards du film de Nouvel An chinois. Ces saynètes qui pourraient engendrer des ruptures de ton passent plutôt bien à l’écran grâce au talent réel de nos trois orphelins devenus voleurs de tableaux et d’œuvres d’art de haut vol. Entre l’insouciance du personnage de Chow Yun-Fat, l’élégance de Leslie Cheung et la touche glamour qu’apporte la star féminine Cherie Chung, l’équilibre est travaillé avec minutie pour faire de ce spectacle enthousiasmant une réussite que n’aurait pas reniée Tom Cruise aux États-Unis ou Jean-Paul Belmondo en France.

Coffret © HK Vidéo, Metropolitan FilmExport. © 1991 Milestone Pictures Ltd. Tous droits réservés.
Le test Blu-ray de Les Associés
2026. La restauration 4K effectuée à partir du négatif original des Associés s’est vite répandue comme de la poudre. Shout! Factory aux USA en janvier, Imprint Asia en Australie en juin, Arrow Video au Royaume-Uni en août, parallèlement à l’édition française chez Metropolitan Vidéo et HK Vidéo. Les collectors sont énormes et l’édition collector française est tout aussi remarquable que ses petites sœurs anglo-saxonnes, malgré un marché francophone forcément plus limité.
Compléments & packaging : 5 / 5
À l’image des autres titres de leur récente collaboration, HK Vidéo et Metropolitan FilmExport proposent un coffret rigide et épais, au packaging particulièrement solide. On trouve à l’intérieur cinq reproductions de photos d’exploitation, une affiche recto-verso reprenant les visuels américain et français de 2026, ainsi qu’un livret de 20 pages agrémenté de nombreuses photos en couleur et surtout d’un texte de Nicolas Rioult, qui disserte sur la place de l’art et des œuvres d’art, dans leur diversité, au sein de cette œuvre de John Woo. Un angle original qui ne se retrouve nullement dans les nombreux bonus audiovisuels présents sur la galette.
Les deux disques (Blu-ray et Ultra HD 4K) sont disposés dans un étui digipack qui célèbre le charisme du trio d’acteurs.
Au niveau des suppléments, on pourra reprocher à l’éditeur de ne pas avoir inclus la moindre intervention de spécialistes français. Il est vrai que les 5 interviews dont dispose la section suppléments, issues de la galette de Shout! Factory, font entièrement le job en nous présentant le film de façon plus qu’approfondie.
Pendant près de 24 minutes, John Woo expose ainsi le contexte de création de ce long-métrage, sa situation au lendemain de l’échec d’Une balle dans la tête, sa relation avec la Golden Princess, et le film qu’il avait en tête pour s’amender. Il passe en revue les formules utilisées, ses références, jusqu’à sa volonté de faire de Chow Yun-Fat un Cary Grant contemporain. Il évoque ainsi sa détermination à faire de son long-métrage un divertissement moderne et international, et non uniquement dévoué aux canons des comédies hongkongaises.
Le directeur de la photo Poon Hang-Sang propose l’une des interviews les plus passionnantes (27 min). Il décortique le rôle spécifique de directeur de la photographie, avec un travail de repérage pour bien préparer les tournages aux aléas, notamment climatiques. Son exploration du tournage français, des différences de climat et de législation sur place, complète parfaitement notre vision du film. Il y va aussi de ses informations sur les acteurs et de l’expérience qu’il avait pu avoir avec deux d’entre eux auparavant. Passionnant.
L’entretien avec Clifton Ko est l’un des plus longs (21 minutes), durant lequel le scénariste-réalisateur évoque l’honneur que cela a été pour lui de travailler sur un tel projet. Il n’était pas scénariste de plateau et n’a donc pas suivi le réalisateur en tournage, mais il insiste sur son processus, à savoir écrire un film à la James Bond pour stimuler le cinéaste à chaque scène. Il revient sur la disparition de certaines scènes d’action prévues lors de l’écriture en raison de limites dans le savoir-faire de la production… Bref, il pare les bonus d’un point de vue essentiel.
Pendant 17 minutes, Frank Djeng, historien du cinéma hongkongais, théorise sur la carrière de Leslie Cheung, chanteur et acteur, dont il reprend l’ascension dans la musique, le cinéma, et son goût pour le drame. Il n’était pas un acteur de comédies et de films d’action, contrairement à ce que peut laisser transparaître sa présence au casting des Associés. D’ailleurs, il trouvera peu après des rôles remarquables dans Adieu ma concubine, Temptress Moon et surtout Happy Together, où il expose sa sexualité dans un Hong Kong conservateur. Évidemment, Frank Djeng revient sur la mort de l’acteur, un suicide par défenestration en 2003, qui a traumatisé ses fans.
Quelques entretiens plus courts, mais tout aussi riches, sont à mettre au crédit de cette édition, comme celui du monteur David Wu (10 minutes) ou du producteur Terence Chang (8 minutes) qui revient sur cette époque très particulière dans la carrière de John Woo où Hollywood lui faisait du pied. Les échanges entre l’Amérique curieuse et le maître du cinéma d’action hongkongais sont drôles. On y mentionne un certain Sam Raimi. On est heureux.
Sous l’appellation « Hong Kong Confidential » se cache une présentation très synthétique et particulièrement enthousiasmante du film en 8 minutes par Grady Hendrix, un spécialiste qui sait résumer en quelques minutes ce que cette section suppléments de deux heures a développé avec une belle approche historique pour les archivistes du cinéma que nous sommes.
La bande-annonce du film est également proposée dans sa version originale, puis dans sa version restaurée.
L’image du Blu-ray : 4,5 / 5
Proposée en HDR10 et Dolby Vision, la copie des Associés est de toute beauté, conservant un grain argentique au plus près de sa réalité de tournage. Globalement très propre, le master bénéficie d’un étalonnage et d’une colorimétrie soignés. On peut oublier toutes les copies passées, totalement obsolètes.
Le son du Blu-ray : 4,5 / 5
La galette dispose de 4 pistes, deux originales et deux françaises, en DTS-HD 2.0 ou 5.1.
Pour le jeu des langues, la version originale est plus recommandable. Le doublage est loin d’être défaillant, mais il demeure anecdotique.
La piste 5.1 bénéficie d’une spatialisation remarquable malgré l’âge du film, dynamisant la projection. Les voix sont nettes, illustrant l’acuité du travail de restauration déjà à l’œuvre au niveau des images.

Coffret © HK Vidéo, Metropolitan FilmExport. © 1991 Milestone Pictures Ltd. Tous droits réservés.