Série B méconnue, Les entrailles de l’enfer est un petit film d’horreur complètement dingue qui mérite d’être redécouvert par les amateurs de cinéma bis.
Synopsis : Agressée et violée neuf mois plus tôt par une monstrueuse créature surgie de la nuit, Caroline McLeary donne naissance à un enfant qui, en dépit de ses origines, semble normal. À dix-sept ans cependant, Michael McLeary commence à ressentir des symptômes de plus en plus envahissants, de plus en plus violents, dont surtout des visions cauchemardesques. Hospitalisé, il s’enfuit, poussé par son instinct vers le lieu maudit de sa conception…

© 1982 Metro Goldwyn Mayer / Conception graphique : Dark Star, l’Etoile Graphique. Tous droits réservés.
Un script dingue du jeune Tom Holland
Critique : A la fin des années 70, le producteur Harvey Bernhard connaît un succès inattendu avec La malédiction (Donner, 1976) qu’il décline alors en trilogie. A la recherche de sujets horrifiques capables de rivaliser avec ses succès passés, il se porte acquéreur d’un synopsis écrit par le romancier Edward Levy. En réalité, l’écrivain n’a jamais été au-delà d’un simple pitch et le producteur a donc fait appel au jeune scénariste Tom Holland (futur réalisateur de Vampire, vous avez dit vampire ? et Jeu d’enfant, le premier Chucky) pour vraiment développer l’histoire afin d’en faire un scénario exploitable.
Ce qui deviendra Les entrailles de l’enfer (1982) est donc un mélange de plusieurs influences qui se télescopent au cœur d’une intrigue passablement fantaisiste. Si Tom Holland conserve l’idée d’un homme enfermé dans une cave et devant se nourrir de cadavres pour survivre, il y ajoute une malédiction indienne qui amène un jeune homme à se transformer en une créature géante avide de chair fraîche. Ajoutez à cela un viol inaugural par un être répugnant et un final du même ordre encore plus dégoûtant et vous aurez une vague idée de l’aspect complètement dingue du long-métrage.
Une atmosphère glauque du meilleur effet
Entre-temps, nous suivons les pas d’un jeune homme qui subit une métamorphose, tandis que ses parents tentent de lui venir en aide. Le canevas reprend ici la trame assez classique du film de loup-garou, même si aucun lycanthrope ne pointe ici le bout de son museau. Bien entendu, la métaphore sur la transformation corporelle de l’adolescent est un peu rebattue, mais elle intervient dans un cadre de malédiction familiale qui lui donne un poids supplémentaire, celui d’une forme d’atavisme.
Grâce à une ambiance assez glauque, voire franchement macabre lors de la découverte d’une trentaine de cadavres, Les entrailles de l’enfer (1982) propose un spectacle certes un peu foutraque, mais qui a le mérite d’être inédit dans sa folie. Tourné sans second degré par Philippe Mora, réalisateur franco-australien qui débute sur le sol américain, le métrage suscite toujours la curiosité du spectateur par le recours à des scènes chocs qui interviennent à intervalles réguliers. Au grand dam des acteurs Ronny Cox et Bibi Besch qui ont regretté l’ajout de nombreuses séquences sanglantes dans leur dos, le film s’avère plutôt généreux en matière d’hémoglobine.

© 1981 United Artist Corporation. © 1986 Conception graphique : Warner Home Video. © 1982 Metro Goldwyn Mayer
Les entrailles de l’enfer propose une séquence de transformation culte
Mieux, Les entrailles de l’enfer comporte une très bonne séquence de métamorphose portée par les effets spéciaux de Thomas Burman. Reprenant des techniques déjà vues sur Le loup-garou de Londres (Landis, 1981), Mora filme en plein cadre et pleine lumière la transformation du jeune héros en une cigale géante (ou plus exactement un monstre qui ne ressemble pas vraiment à l’insecte évoqué). La séquence, même imparfaite, fait son petit effet encore de nos jours, de même que la fin nihiliste qui ne laisse aucun espoir aux différents protagonistes.
Doté d’une jolie photographie de Jack L. Richards, de bons cadrages et d’une excellente musique de Les Baxter (compositeur à l’ancienne qui livre une partition orchestrale et non synthétique), Les entrailles de l’enfer bénéficie également d’une interprétation satisfaisante de la part d’acteurs rompus à l’exercice. Ronny Cox et Bibi Besch sont d’excellents professionnels, tandis que Philippe Mora a convoqué pour les seconds rôles des gueules issues des films de Sam Peckinpah comme R.G. Armstrong ou Luke Askew. Dans le rôle difficile du jeune héros victime, Paul Clemens s’en tire plutôt bien malgré une évidente inexpérience devant la caméra.
Une édition Blu-ray de toute beauté, à saisir d’urgence
Sorti aux États-Unis dans une certaine indifférence, Les entrailles de l’enfer a à peine remboursé sa mise de départ sur le sol nord-américain. La série B a donc été condamnée à sortir directement en VHS sur de nombreux territoires dont la France. Si le site Encyclociné cite une potentielle sortie en province, aucune autre trace n’est mentionnée ailleurs. Ressuscité par l’éditeur Sidonis Calysta, le métrage est désormais disponible dans un joli Mediabook agrémenté d’un entretien passionnant avec Olivier Père et d’un livret signé Marc Toullec. On notera que la copie proposée est de toute beauté.
Critique de Virgile Dumez
Acheter le Mediabook du film

© 1982 Metro Goldwyn Mayer / Conception graphique : Dark Star, l’Etoile Graphique. Tous droits réservés.