Les cannibales : la critique du film (1972)

Drame | 1h28min
Note de la rédaction :
7/10
7
Les cannibales, jaquette dvd

  • Réalisateur : Liliana Cavani
  • Acteurs : Tomás Milián, Delia Boccardo, Britt Ekland, Pierre Clémenti
  • Date de sortie: 12 Avr 1972
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : I cannibali
  • Titres alternatifs : The Year of the Cannibals (USA) / Los caníbales (Espagne) / Os Canibais (Brésil)
  • Année de production : 1969-1970
  • Scénariste(s) : Italo Moscati, Liliana Cavani
  • Directeur de la photographie : Giulio Albonico
  • Compositeur : Ennio Morricone
  • Société(s) de production : Doria, San Marco
  • Distributeur (1ère sortie) : Planfilm
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : M6 Vidéo (DVD)
  • Date de sortie vidéo : 5 septembre 2018 (DVD)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 11 184 entrées (Paris : 3 premières semaines uniquement)
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs durant le Festival de Cannes 1970
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : SNC (Groupe M6)
Note des spectateurs :
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Dystopie politique, Les cannibales appartient aux grandes œuvres contestataires des années 60-70 en dénonçant les dérives fascistes du capitalisme. Le tout baigne dans une atmosphère libertaire très appréciable.

Synopsis : Dans une société totalitaire, un jeune couple transgresse la loi qui interdit d’enterrer les corps des opposants tués par la police.

Une version moderne d’Antigone

Critique : Versée dans la culture antique par sa formation littéraire classique au sein de l’université de Bologne, Liliana Cavani, après avoir signé de nombreux documentaires historiques pour la RAI et avoir connu des problèmes de censure pour son Galileo (1968), décide de s’emparer d’un classique de la tragédie et de l’adapter à l’époque contemporaine. Elle choisit donc de reprendre l’argument principal d’Antigone, la tragédie de Sophocle écrite au 5ème siècle avant Jésus-Christ. La pièce d’origine évoque la tyrannie qui sévit dans la cité de Thèbes où le roi Créon interdit d’accomplir les rites funéraires pour le frère d’Antigone. Celle-ci s’oppose à cette décision et encourt donc la mort pour oser défier l’autorité de son oncle.

Liliana Cavani transpose donc cet argument à une époque et un lieu tous deux indéterminés que l’on pourrait qualifier d’univers dystopique. Elle nous y plonge sans prendre de gants dès la première séquence, totalement hallucinante. Sur une plage apparemment déserte, des gamins recueillent un corps inanimé qui s’avère être celui d’un étranger incarné avec charisme par Pierre Clémenti. Tout à coup, des soldats débarquent et tuent tous les enfants dont les corps sans vie restent exposés au soleil. Commence alors un magnifique générique où la réalisatrice filme des espaces urbains modernes au milieu desquels gisent des corps sans vie. On apprend assez rapidement que ces cadavres sont ainsi exposés à la vue de tous par le pouvoir en place qui tient à affermir son autorité en montrant à la populace ce qui arrive aux opposants.

Les cannibales ou le prototype du film contestataire post-68

Dès lors, la réalisatrice nous met en présence du personnage d’Antigone, incarnée avec fraîcheur par Britt Ekland. Celle-ci ne veut pas obéir à la loi et tient à enterrer son frère. La suite du film sert avant tout à décrire un système politique totalitaire où toute forme d’opposition semble vouée à l’échec. Cela rejoint bien entendu la thématique centrale des documentaires de Liliana Cavani sur le fascisme et le nazisme, mais également une certaine contre-culture européenne qui accuse les forces conservatrices au pouvoir d’autoritarisme.

En cela, Les cannibales (1970) peut être vu comme un modèle typique d’un cinéma d’auteur très critique envers le capitalisme. Outre les coiffures et vêtements des protagonistes qui nous renvoient directement à la contestation de mai 68, Les cannibales a pour ambition de dénoncer toute forme d’autorité, d’où qu’elle vienne. Dans ce grand vent de contestation, la réalisatrice s’en prend donc à l’armée (une scène se moque du niveau intellectuel requis pour entrer dans la grande muette), à l’Eglise, à l’Etat et à toutes les forces réactionnaires. Elle s’inscrit donc dans un discours de gauche très virulent, que l’on peut aisément rapprocher du communisme.

Un cinéma politique soutenu par un point de vue esthétique affirmé

Puisque son film est avant tout un commentaire politico-social, Liliana Cavani se soucie peu de la structure narrative et propose plutôt un cinéma libertaire qui se joue des conventions à l’œuvre dans un cinéma plus bourgeois. Elle se laisse parfois aller au goût de la provocation sans qu’aucune justification théorique ne soit à l’œuvre. On songe notamment à l’hallucinante scène se déroulant dans un sauna – totalement absurde et indescriptible sans en perdre l’essence. Au moins la réalisatrice propose une vision parfaitement originale du monde qui l’entoure ; et même si l’on n’adhère pas toujours à son point de vue très radical, elle le fait assurément avec conviction.

Proposant parfois de superbes plans sur des artères urbaines désertes, mais jonchées de cadavres, Les cannibales alterne plans rigoureux avec travellings et passages plus heurtés réalisés caméra à l’épaule pour saisir l’urgence du moment. Cavani fait sans cesse preuve d’inventivité, notamment lors de la scène de torture effectuée sur des chaises de bureau à roulettes, ce qui rend la séquence très dynamique et mobile puisque tous les protagonistes bougent comme dans un ballet aussi chaotique que violent.

Du cinéma subversif passé relativement inaperçu

Enfin, il est important de revenir sur la qualité de la bande originale composée par Ennio Morricone. Le maestro livre encore une composition exemplaire qui ajoute une sacrée plus-value aux images de Liliana Cavani. Tout ceci concourt au plaisir ressenti par le cinéphile devant une œuvre typique d’une époque libertaire qui entendait lutter contre toute forme d’autoritarisme par le cinéma, considéré comme outil politique subversif.

Les cannibales a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs lors du Festival de Cannes en 1970, mais n’a trouvé place au cinéma qu’en avril 1972 en France, pour une carrière très discrète. Par la suite, le long-métrage sera oublié, malgré le retentissement de Portier de nuit (1974), le film le plus connu et réputé de Liliana Cavani. Aujourd’hui, Les cannibales est disponible dans une édition DVD de bonne qualité, bénéficiant d’une image correcte et surtout d’un entretien d’une heure avec la réalisatrice. Un élément qui fait de son acquisition une nécessité pour tous les amoureux du cinéma italien.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 12 avril 1972

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